Europe 1: La réintégration d'un ex-salarié condamné pour harcèlement suscite la colère

POLEMIQUE Des employés et employées de la radio étaient mobilisées mercredi matin et ont reçu le soutien de la présidente du pôle news de Lagardère

20 Minutes avec AFP

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Un micro aux couleurs de la radio Europe 1.
Un micro aux couleurs de la radio Europe 1. — FRED DUFOUR / AFP

Condamné en mars pour harcèlement moral et sexuel, un ex-salarié et délégué syndical d'Europe 1 a vu son licenciement annulé par la justice en juin 2019, poussant la direction de la radio à le réintégrer.

Cet ex-responsable des jeux de l’antenne, membre CFTC du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et secrétaire du comité d’entreprise, Kamel A., avait été condamné à 10 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour harcèlement moral   envers trois collègues et harcèlement sexuel sur une quatrième. Ce jugement, dont il a fait appel, faisait suite à des plaintes déposées deux ans plus tôt.

Une « irrégularité » dans la procédure de licenciement

En décembre 2018, la direction d’Europe 1 avait soumis une demande de licenciement pour motif disciplinaire à l’inspection du travail, procédure prévue pour les salariés protégés comme Kamel A., délégué par leurs mandats syndicaux. Face au rejet formulé par l’instance deux mois plus tard, notamment pour vice de forme, elle s’était tournée vers la ministre du Travail de l’époque, Muriel Pénicaud, qui avait, elle, autorisé le renvoi, en juin 2019.

Mais le tribunal administratif de Paris a décidé d’annuler la décision de la ministre, pointant une « irrégularité » dans la procédure de l’entreprise, selon son jugement du 1er décembre. C’est pour cette raison que la demande de réintégration formulée vendredi dernier a dû être acceptée par la direction d’Europe 1, qui a fait appel. « Nous mettrons en oeuvre tous les moyens juridiques possibles pour protéger les collaborateurs et collaboratrices », a ajouté un porte-parole de la direction.

« Le sentiment de choc et d’outrage est unanime »

Chez les employés de la radio, l’heure est à l’indignation. « Si c’est son droit de revenir, devons-nous pour autant subir sa présence ? », s’est interrogée l’animatrice Emilie Mazoyer dans une lettre ouverte publiée sur Twitter. « Le sentiment de choc et d’outrage est unanime », a assuré un journaliste, alors qu’un rassemblement avait lieu mercredi matin devant les locaux de la radio, où doit être reçu Kamel A.

La direction ne « peut pas faire l’économie d’un premier rendez-vous », explique le porte-parole. Les élus du CSE (comité social et économique) de l’UES (unité économique et sociale) d’Europe 1 ont demandé à la direction de « dispenser » Kamel A. de se rendre physiquement dans leur entreprise.

Dans une réponse adressée à Emilie Mazoyer et à l’ensemble des salariés d’Europe 1, la présidente du pôle news de Lagardère, dont dépend la radio, Constance Benqué, a promis un soutien « total et sans faille à toutes les femmes victimes des agissements » de Kamel. A. Il a choisi « de demander sa réintégration » plutôt qu’une « indemnisation via le conseil des prud’hommes. C’est son droit, mais il n’est pas sans limite, a-t-elle écrit. Ma réponse sera ferme et sans équivoque. »