« Gaze », revue féministe au poing levé et au regard multicolore

ENGAGEE Une revue féministe, « Gaze », se lance avec un premier numéro riche d’idées originales et de photos étonnantes, le tout en innovant sur les formats  

Aude Lorriaux

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La couverture de la revue féministe « Gaze »
La couverture de la revue féministe « Gaze » — Aude Lorriaux / 20 Minutes

L’idée d’un regard féminin, ou de regards féminins au pluriel, a progressé ces dernières années. Après le livre d’Iris Brey, une revue a décidé de célébrer ces regards, en choisissant pour nom sa traduction en anglais : Gaze. Lancée par Clarence Edgard-Rosa, l’ancienne rédactrice en chef digital de Marie Claire, l’ouvrage aligne plus de 150 pages passionnantes, pour apprendre, réfléchir, admirer. Contempler la beauté du regard féminin mais aussi changer de point de vue en adoptant les lunettes du genre, tel est le credo de ce magazine féministe sans publicité, en français et anglais, bien campé dans ses engagements.

Un exemple d'articles de la revue féministe « Gaze »
Un exemple d'articles de la revue féministe « Gaze » - Gaze

Se plonger dans la lecture de Gaze risque fort d’accaparer votre attention pour un bout de temps, tant les articles sont riches, inventifs, permettant aux féministes en herbe et aux master ès études de genre d’y trouver leur compte. La revue s’ouvre par exemple sur le couple de « bad environnemntalists », comme elles se désignent (qu’on pourrait traduire par « mauvaises militantes écolo »), Annie Sprinkle et Beth Stephens. L’une est une ancienne hardeuse et thésarde en sexologie, l’autre une artiste issue de la culture queer, qui développent depuis les années 2000 la « posture écosexuelle ». « Ou, pour le dire simplement, comment rendre l’écologie sexy grâce à l’art et à la performance ».

Lettre d’amour à soi-même

Gaze est riche de nouveaux formats, d’inventions conceptuelles. Comme ces trois femmes qui plongent dans une archive de leur vie, une photo d’elle plus jeune, qu’elles commentent. Ou cette « lettre d’amour à soi-même », qu’on retrouvera à chaque numéro, ici brillamment écrite par l’écrivaine Scholastique Mukasonga. On apprécie particulièrement les petits feuillets insérés au fil des pages, qui reprennent des textes classiques ou importants du féminisme, comme dans l’exemple ci-dessous :

L'intérieur de la revue Gaze, avec des pages plus petites consacrées à des grands textes du féminisme.
L'intérieur de la revue Gaze, avec des pages plus petites consacrées à des grands textes du féminisme. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

L’originalité ne tient pas qu’aux mots, mais aussi aux idées, qui n’hésitent pas à prendre le courant à l’envers, à s’interroger en toute honnêteté. Comme ce texte d’Ovidie, « Pièje », qui pointe les limites de l’utilisation du « je ». Un pronom personnel qui a inondé ces dernières années podcasts, documentaires, pratiques journalistiques : « Dire “je” quand on est une femme est devenu une évidence », dit-elle. Mais « dire “je”, n’est-ce pas exactement la place où l’on veut nous ranger ? ». Et n’est-on pas aussi « condamnée à perpétuité » une fois qu’on a commencé à l’employer ? Contrainte au rôle de témoin, jamais à celui d’experte ?

L'intérieur de la revue « Gaze »
L'intérieur de la revue « Gaze » - Aude Lorriaux / 20 Minutes

Les amateurs et amatrices de beauté étrange et de clichés percutants en auront aussi pour leur argent, de nombreux portfolios d’artistes engagées peuplant la revue.

  • Prix de vente : 18 euros. Disponible dans une sélection de librairies et sur gaze-magazine.com.