Mort de Valéry Giscard d’Estaing : Ces cinq moments où l’homme politique a maîtrisé l’art du buzz

COMMUNICATION L’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, décédé ce mercredi, a filé un sacré coup de jeune à la communication politique

Anne Demoulin

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Valéry Giscard D’Estaing, alors ministre de l'Economie et des Finances, est assailli par les journalistes en 1971.
Valéry Giscard D’Estaing, alors ministre de l'Economie et des Finances, est assailli par les journalistes en 1971. — UNIVERSAL PHOTO/SIPA
  • Valéry Giscard d’Estaing est décédé mercredi à l’âge de 94 ans des suites du Covid-19.
  • Lors de sa campagne électorale de 1974, le jeune candidat joue avec son image avec des techniques de communication importées des Etats-Unis.
  • Ces cinq moments où il a eu le sens du coup médiatique.

Valéry Giscard D’Estaing avait le sens du coup médiatique. Malgré son allure qui semble aujourd’hui guindée, l’ancien président de République, décédé mercredi soir du Covid-19 à l’âge de 94 ans, a filé un sacré coup de jeune à la communication politique. Lors de sa campagne présidentielle en 1974, celui qui allait devenir le plus jeune président la Ve République (jusqu’à Emmanuel Macron) innove en intégrant deux publicitaires dans son équipe de communication.

20 Minutes revient sur ces moments où Valéry Giscard D’Estaing a maîtrisé l’art du buzz avant l'heure.

Quand Giscard faisait du sport

Valéry Giscard d’Estaing est probablement le premier homme politique français à comprendre tout le potentiel du sport en termes de communication. En juin 1973, un an avant d’être élu président, le Ministre de l’Économie et des Finances en pleine campagne chausse les crampons pour un match de foot du côté de Chamalières en Auvergne. La presse a été conviée.

A la fin de la rencontre, Valéry Giscard d’Estaing n’hésite pas à répondre dans les vestiaires, torse nu aux questions des journalistes. « Les ministres des Finances, il ne faut pas considérer que ce sont des personnages à part. Ce sont des gens, des hommes comme les autres », déclare-t-il. Le candidat à l’élection présidentielle a saisi que le foot, sport populaire par excellence, peut atténuer son côté huppé.

Moins d’un an après son élection, en février 1975, il convie les journalistes à le suivre sur les pistes de ski de Courchevel. En août 1978, le Président de la République tape la balle en Une de Tennis Magazine.

Quand Giscard mêlait fantasme et réalité

Lady Di parmi les conquêtes de VGE ? Une folle rumeur lancée par le roman de l’ancien Président de la République La Princesse et le Président, sorti en 2009 aux éditions Fallois, qui raconte la passion amoureuse entre un homme d’Etat français, Jacques-Henri Lambertye, et la princesse de Cardiff, une Britannique prénommée Patricia, dont l’époux est épris de sa maîtresse. Il n’en faut pas plus pour que les tabloïds britanniques s’emballent et les spéculations vont bon train. La rumeur de la liaison sulfureuse fait les gros titres de la presse britannique et française.

Qualifié par la presse britannique de « Latin Lover », Valéry Giscard D’Estaing dément le jour de la sortie du roman dans une interview accordée au Point : « J’ai inventé les faits, mais pas les lieux ni les décors, que j’essaie de peindre avec une écriture très visuelle. ». Et d’expliquer : « C’est un roman dont la princesse Diana est le personnage principal. J’ai essayé de la faire revivre, telle qu’elle apparaissait quand on la rencontrait. » Pourtant, le Daily Mail titre au lendemain de l'annonce de sa mort sur une liaison avec Lady Diana…

Quand Giscard disait « Au revoir » aux Français

Une séquence culte ! Le 19 mai 1981, battu aux élections par François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing fait un discours d’adieu en direct sur TF1 et Antenne 2. Dans un silence plombant, il lance un théâtral « Au revoir », se lève et marche au son de la Marseillaise durant 45 secondes vers la sortie d’un décor qu’il ne semble pas trouver. « Je n’avais pas réalisé que la porte était si loin, ce qui m’a obligé à tourner le dos longtemps aux téléspectateurs », dira-t-il en 2006 à L’Express.

Cette mise en scène de son départ du champ de la caméra est entrée dans la postérité. L’émission Les Enfants de la télé s’est régulièrement terminée par cette scène. Avec Internet, la séquence devient un GIF et est régulièrement parodiée. A Nevers en 2012, François Hollande avait fait référence à cette séquence pour attaquer le président sortant Nicolas Sarkozy. En 2013, la campagne publicitaire de l’opérateur Joe mobile intitulée « Joe, le client est président » reprend également la séquence. Bref, Valéry Giscard d’Estaing a lancé un mème dès 1981.

Quand Giscard invitait des éboueurs à l’Elysée

A la veille de Noël 1974, le Président de la République décide seul de convier à l’improviste l’équipe des éboueurs de l’avenue de Marigny (un Français, deux Maliens et un Sénégalais), qui dessert le Palais de l’Elysée, à prendre avec lui le petit-déjeuner. Un photographe de l’AFP a été prévenu in extremis par Philippe Sauzay, son chef de cabinet.

Pendant la vingtaine de minutes qu’a duré ce petit-déjeuner (très classique : café au lait, toasts et croissants), le chef de l’Etat interroge les éboueurs sur leur métier et les difficultés qu’ils rencontrent.

Avant de les quitter, Valéry Giscard D’Estaing offre à ses invités un colis contenant une dinde et du champagne, et les raccompagne jusqu’au perron, en leur souhaitant bon courage pour la suite de leur tournée. Une opération de communication rondement menée puisque l’ORTF interrogera les éboueurs au 13 heures sur la façon dont la rencontre s’était passée.

Quand Giscard s’invitait à dîner chez les Français

Devine qui vient dîner… Dès son arrivée à l’Elysée, le nouveau président de la République formule le souhait de s’inviter régulièrement chez les « Français ordinaires » pour mieux « regarder la France au fond des yeux ».

Au cours de son septennat, le couple présidentiel s’est donc invité à plusieurs reprises à la table des Français moyens, pour prendre le pouls du pays. Tout commence le soir du réveillon de la Saint-Sylvestre en 1975, Valéry et Anne-Aymone Giscard d’Estaing se rendent à Orléans chez Annick et Jean Baschou, dans le plus grand secret : « Cela s’est passé très amicalement, comme lorsqu’on reçoit des amis chez soi. Monsieur et madame sont arrivés vers 20h45, nous avons pris l’apéritif, nous nous sommes mis à table et nous avons bavardé de choses et d’autres à bâtons rompus. Ils sont repartis vers 1h30 », racontera Jean Baschou le 1er janvier 1976 au micro du journaliste Jacques Thévenin sur France Inter. Une idée de communication pour faire proche des gens qui sera reprise par ses successeurs : Sarkozy chez une agricultrice, Hollande chez Lucette…