« Science & vie » : La rédaction vote une motion de défiance contre la direction

MECONTENTEMENT Ces journalistes s’étaient mis en grève fin septembre pour défendre leur indépendance

20 Minutes avec AFP

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«Science & vie» au milieu d'autres journaux. Illustration
«Science & vie» au milieu d'autres journaux. Illustration — ALLILI MOURAD/SIPA

Après les difficultés de Grazia, le tour de Science & vie ? Inquiète pour son indépendance éditoriale, la rédaction de Science & vie a voté une motion de défiance à l’encontre de sa directrice. Certains salariés envisagent même de démissionner, a annoncé lundi la société des journalistes (SDJ) du magazine.

« A la question "Faites vous confiance à Karine Zagaroli, directrice des rédactions, pour préserver la qualité et les moyens de l’information chez Science & Vie" », les membres de la rédaction du mensuel et de son hors-série, réunis en assemblée vendredi, ont répondu non à 81,8 %, les autres ne se prononçant pas, selon la SDJ.

Une grève fin septembre

Ces journalistes s’étaient mis en grève fin septembre pour défendre leur indépendance, menacée selon eux depuis le rachat de leur titre il y a un an par le groupe Reworld Media, régulièrement accusé par les syndicats d’avoir construit son modèle sur la « confusion » entre espaces publicitaires et contenus éditoriaux.

Ils avaient suspendu leur mouvement au bout de trois jours afin d’entamer des discussions avec Karine Zagaroli, nommée directrice de la rédaction après le départ soudain de son prédécesseur Hervé Poirier. Mais ces discussions sont restées « sans effet », selon la SDJ. Elle déplore notamment la prise de contrôle du site Internet du mensuel par « l’équipe digitale de Reworld » et son alimentation par des « chargés de contenus non journalistes » et non spécialisés.

Le site, « censé être une vitrine pour » la formule payante, « nous décrédibilise totalement », a expliqué une journaliste du magazine, dénonçant notamment des publications en « contradiction » avec les articles du mensuel. Autre motif de mécontentement, la nomination par Karine Zagaroli de Philippe Bourbeillon comme rédacteur en chef « au détriment d’une candidature interne soutenue par toute la rédaction » et malgré son « profil non scientifique ».

Reworld Media n’a pas souhaité s’exprimer

Enfin, la SDJ pointe le refus de la direction de « s’engager clairement sur les recrutements », deux équivalents temps plein étant restés vacants depuis le rachat du titre. La rédaction du mensuel compte 12 postes équivalent temps plein, contre près de 30 il y a un an. Dans ce contexte, « un certain nombre d’entre nous » pensent à démissionner, comme l’a récemment annoncé une cadre, a prévenu la journaliste interrogée.

La rédaction envisage en outre « de suspendre le droit de reprise » de ses textes en ligne, a-t-elle ajouté. De son côté, la SDJ appelle les « ministères de la Culture et de la Recherche à ne pas laisser disparaître » un pilier « de la culture scientifique francophone à l’heure où pullulent fake news et désinformation ». Sollicitée, la direction de Reworld Media n’a pas souhaité s’exprimer.