Loi sur la « sécurité globale » : Les syndicats de journalistes inquiets pour la liberté de la presse

LEGISLATION Syndicats de journalistes et Ligue des droits de l’homme redoutent que la proposition de loi restreigne la liberté de la presse

20 Minutes avec AFP

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Des policiers anti-émeute se disputent avec un photographe de presse lors d'affrontements avec des manifestants lors d'une manifestation organisée par le mouvement des gilets jaunes à Bordeaux, le 2 février 2019.
Des policiers anti-émeute se disputent avec un photographe de presse lors d'affrontements avec des manifestants lors d'une manifestation organisée par le mouvement des gilets jaunes à Bordeaux, le 2 février 2019. — GEORGES GOBET / AFP

Ils dénoncent une loi qui, redoutent-ils, aurait pour effet de « restreindre la liberté de la presse ». Lundi, les principaux syndicats de journalistes et la Ligue des droits de l’homme (LDH) ont dénoncé la proposition de loi sur la « sécurité globale » qui pénaliserait l’usage « malveillant » d’images des forces de l’ordre.

Ce texte controversé, porté par LREM et Agir, est censé consolider les polices municipales et le secteur de la sécurité privée, mais aussi protéger davantage les forces de l’ordre, victimes d’une série d’agressions.

Cette loi implique d'« interdire la diffusion, par tous moyens, de l’image d’un policier, d’un gendarme ou d’un militaire en opération, dans le but de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychique », rappelle dans un communiqué l’intersyndicale SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, SGJ-FO, aux côtés de la LDH et des fédérations internationale et européenne de journalistes.

« Réponse clientéliste »

Mais ce « nouveau délit », punissable d’un an de prison et 45.000 euros d’amende, « a pour objectif réel de restreindre le droit des journalistes et la liberté de la presse de manière disproportionnée par rapport à la réalité de la menace », assurent ces organisations.

« Il permettrait d’interpeller tout journaliste qui filme en direct une opération de police, de le placer en garde à vue » en saisissant son matériel et de « l’envoyer devant un tribunal », seul « à même de déterminer si l’intention malveillante est établie », font-elles valoir.

« Réponse clientéliste du ministère de l’Intérieur à la plupart des syndicats de police », le texte « vise également à empêcher la révélation d’affaires de violences policières illégitimes, souvent dissimulées par la hiérarchie des fonctionnaires en cause », estiment les signataires du communiqué, citant les cas de Geneviève Legay, une manifestante de 73 ans grièvement blessée en 2019 lors d’une charge de police à Nice, et de Cédric Chouviat, livreur mort lors d’un contrôle à Paris en janvier.

Concertation demandée

Outre une « suppression pure et simple » de la mesure, ils appellent le ministère de l’Intérieur et le groupe parlementaire LREM à ouvrir enfin une concertation avec les représentants des journalistes « déjà échaudés » par le « nouveau schéma national du maintien de l’ordre », synonyme pour certains d’entrave à la couverture des manifestations.

Jeudi, le Défenseur des droits avait alerté sur les « risques considérables » d’atteinte à la « liberté d’information » soulevés par le texte sur la « sécurité globale ». Adopté dans la foulée en commission des lois de l’Assemblée nationale, il passera dans l’hémicycle à partir du 17 novembre.