Gérard Biard, rédacteur en chef de «Charlie Hebdo», en novembre 2015.
Gérard Biard, rédacteur en chef de «Charlie Hebdo», en novembre 2015. — JOEL SAGET, Anaelle LE BOUEDEC / AFP

MEDIAS

« Charlie Hebdo » : « Ces caricatures de Mahomet, c’est le mobile du crime », déclare Gérard Biard

Fabien Randanne

​Gérard Biard, rédacteur en chef de « Charlie Hebdo », revient pour « 20 Minutes » sur les raisons qui ont décidé la rédaction à publier à nouveau les dessins controversés

« On n’a pas hésité, non. » Joint ce mardi midi par 20 Minutes, Gérard Biard, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo assure qu’il n’y a pas eu d’atermoiements quant à la décision de republier, dans le numéro de l’hebdomadaire à paraître en kiosques mercredi, les caricatures de Mahomet qui en avaient fait une cible des djihadistes. L’attentat au sein de la rédaction avait fait 12 morts le 7 janvier 2015.

Sur la une de ce numéro, les 12 dessins polémiques, publiés au départ par le quotidien danois Jyllands-Posten en septembre 2005, puis par Charlie Hebdo en 2006, sont accompagnés par la caricature de Mahomet, déclarant « C’est dur d’être aimé par des cons », signée par Cabu il y a quatorze ans. « Tout ça pour ça », titre l’hebdo satirique en couverture de cette nouvelle parution.
 

Pourquoi republier ces images à la veille de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 ? « La raison, elle est écrite dans le journal, déclare Gérard Biard à 20 Minutes. C’est le cœur de ce procès, la pièce à conviction majeure, c’est le mobile du crime, il semble important de les publier. Il y a énormément de jeunes gens qui ne connaissent pas ces caricatures. Elles ont été très peu publiées parce que les médias n’ont pas fait leur travail. »

« On nous a toujours accusés d’être obsédés par l’islam »

Le Jylland-Posten, qui avait lancé le concours de caricatures il y a quinze ans, a expliqué cet été à nos confrères du Point qu’il n’envisageait pas de publier à nouveau les dessins controversés. « On ne veut pas les effacer, ils font partie de notre histoire. Mais ça a trop duré. Pendant des années, on ne nous a parlé que de ça, de cette page, de ce dessin, comme si nous en étions les otages », avançait Jacob Nybroe, le directeur de la rédaction de Jyllands-Posten. « Ce quotidien prend la décision qu’il juge opportune, je n’ai pas de commentaire à faire », glisse Gérard Biard.

« On nous a souvent demandé depuis janvier 2015 de produire d’autres caricatures de Mahomet. Nous nous y sommes toujours refusés (…) parce qu’il fallait une bonne raison de le faire, une raison qui ait un sens et qui apporte quelque chose au débat », écrit la rédaction de Charlie Hebdo dans son nouveau numéro. Gérard Biard complète auprès de 20 Minutes : « On nous a toujours accusés d’être obsédés par l’islam, mais à chaque fois que l’on a fait des caricatures sur ce thème, c’est parce que le sujet était au cœur de l’actu. »