« Valeurs Actuelles » présente ses excuses à Danièle Obono après l’avoir représentée en esclave

RACISME La députée La France insoumise a qualifié de « merde raciste » le récit et les illustrations qui la dépeignent en esclave

C.R. avec AFP

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La députée Danièle Obono à l'Assemblée nationale en juillet 2020
La députée Danièle Obono à l'Assemblée nationale en juillet 2020 — Jacques Witt/SIPA

Son nom est affiché en Une du magazine cette semaine. « Danièle Obono au temps de l’esclavage ! » est-il annoncé sur la couverture de Valeurs Actuelles. Derrière ce titre se cache un épisode de la « politique-fiction de l’été » du journal qui s’amuse à imaginer une réalité parallèle. Dans l’édition du 27 août, les journalistes s’attachent à raconter l’histoire d’« Obono l’Africaine, où la députée insoumise expérimente la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage », selon les termes de l’article.

En plus d’accumuler les stéréotypes au fil des sept pages consacrées à ce sujet, les illustrations du magazine choquent. Parmi elles, un dessin représentant Danièle Obono, chaînes au cou, en tant qu’esclave. La députée a réagi sur son compte Twitter ce vendredi. « Il paraît “Qu’on-Peut-Pu-Rien-Dire”, commente-t-elle. Heureusement on peut encore écrire de la merde raciste dans un torchon illustrée par les images d’une députée française noire africaine repeinte en esclave… L’extrême-droite, odieuse, bête et cruelle. Bref, égale à elle-même. »

La classe politique s’empare du sujet

Le sujet a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Les femmes et les hommes politiques, de tous bords, ont saisi leur clavier pour réagir à l’article de Valeurs Actuelles. Jean-Luc Mélenchon a notamment demandé que cesse « le harcèlement nauséabond contre Danièle Obono », et Benoît Hamon a exprimé « toute [sa] solidarité à Danièle Obono, bafouée par la presse d’extrême droite. »

De son côté, Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, condamne totalement cette publication. « Faire l’apologie du racisme est contraire aux valeurs républicaines. Je ne partage pas les idées de Danièle Obono, mais aujourd’hui je lui apporte tout mon soutien », a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, a quant à lui évoqué une « nouvelle abjection de Valeurs Actuelles ». Selon lui, représenter la députée en tant qu’esclave est « la place que fantasme pour les Noirs ce torchon d’extrême droite. »

Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, a appelé la députée en fin de matinée pour lui faire part de sa « condamnation claire de toute forme de racisme », a indiqué l'Elysée à l'AFP.

Valeurs Actuelles présente ses excuses

En début d'après-midi, la direction de Valeurs Actuelles a publié sa réponse à la polémique autour de l'article publié dans son magazine. « Il s'agit d'une fiction mettant en scène les horreurs de l'esclavage organisé par des Africains au XVIIIème siècle », est-il écrit, en mentionnant la « terrible vérité que les indigénistes ne veulent pas voir. »

Sur BFMTV, Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles, a fait amende honorable : « On comprend, avec la charge symbolique extrêmement violente de cette image, que Danielle Obono soit choquée. On s'excuse auprès d'elle à titre personnel. [...] Si je l'avais en face de moi aujourd'hui, je lui dirais "pardon, je suis désolé de vous avoir blessée" », a-t-il ajouté, assurant que son journal n'était « pas raciste. »