« Le Monde » évalue son manque à gagner à 30 millions d'euros après la crise sanitaire et Presstalis

PRESSE Entre le dépôt de bilan du distributeur Presstalis, la crise sanitaire et les grèves, « Le Monde » souffre d'un gros manque à gagner

C.R. avec AFP

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L'ancien siège du Monde, en 2015
L'ancien siège du Monde, en 2015 — LIONEL URMAN/SIPA

Les voyants sont au rouge du côté du groupe Le Monde. À cause notamment de la crise sanitaire du coronavirus et le dépôt de bilan de Presstalis, le groupe évalue à 30 millions d’euros son manque à gagner pour 2020, selon un message interne que l’AFP a pu consulter, confirmant une information de La Correspondance de la Presse. Cette dégradation représente « plus de trois années de résultat d’exploitation » du groupe, précise ce message signé du président Louis Dreyfus et du directeur Jérôme Fenoglio.

Dans le détail, le dépôt de bilan du distributeur Presstalis a entraîné une perte immédiate de 7 millions d’euros, « correspondant à l’intégralité des recettes que nous aurions dû percevoir pour les ventes en kiosques des deux derniers mois, à laquelle s’ajoutera une contribution au passif social de l’ordre de 5,8 millions d’euros. »

Un manque à gagner de 15 millions d’euros

S’y ajoutent les effets d’une grève qui, depuis le 12 mai, affecte la distribution des journaux en kiosques dans les grandes métropoles du sud-est et de la région lyonnaise. En parallèle, le groupe a subi « une chute brutale de la publicité au 2e trimestre, sur le papier comme sur le numérique, ainsi qu’un arrêt complet des activités évènementielles. » « Nous n’observons aujourd’hui aucun signe de reprise et le manque à gagner envisagé pour l’exercice 2020 est estimé à 15 millions d’euros », estiment les dirigeants.

« Le décrochage que nous subissons risque donc de ne pas être temporaire. Les prochains mois et années nécessiteront de poursuivre la transformation de nos modes de fonctionnement en continuant à nous adapter à l’évolution des usages de nos lecteurs et en accentuant notre recrutement d’abonnés numériques », soulignent-ils.

Le groupe en négociations pour un prêt de 17 millions d’euros

Le groupe négocie un prêt garanti par l’Etat d’un montant de 17 millions d’euros ainsi qu’un apport des actionnaires (Xavier Niel, Matthieu Pigasse, Daniel Kretinsky, Prisa) qui interviendraient à la rentrée afin « d’éviter une crise de trésorerie immédiate ».

Le groupe, qui vient d’emménager dans son nouveau siège parisien proche de la gare d’Austerlitz, a également négocié avec son crédit bailleur le report de ses premières échéances trimestrielles. Tout en appelant à l'« extrême vigilance sur chaque engagement de dépenses », les dirigeants soulignent qu’ils honoreront « les augmentations collectives annuelles discutées avec les organisations syndicales. »

Bénéficiaire en 2019 (résultat net de 2,6 millions d’euros) le groupe édite outre le journal Le Monde, les magazines Courrier international, Télérama, La Vie, Le Monde Diplomatique. Il possède aussi L’Obs.