Une du « Parisien » jugée sexiste : Le quotidien veut mettre en place une charte

INFO 20 MINUTES Le journal « Le Parisien » va mettre en place une charte pour une meilleure représentation des femmes dans ses pages et dans la rédaction

Aude Lorriaux

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La une polémique du "Parisien" du dimanche 5 avril 2020.
La une polémique du "Parisien" du dimanche 5 avril 2020. — Capture d'écran du compte Twitter du Parisien
  • Le journal Le Parisien s’est attiré des critiques après la une du 5 avril montrant quatre hommes racontant « le monde d’après ».
  • La directrice adjointe des rédactions, Marie-Christine Tabet, annonce la mise en place d’une charte et d’objectifs chiffrés.
  • Bérangère Lepetit, du collectif des Femmes du Parisien, se dit satisfaite : « Aucune de nos idées n’a été rejetée. Je trouve que c’est bon signe. Les intentions sont là. »
     

Après la polémique, place aux actions. Suite à la une de Le Parisien du 5 avril, qui avait créé un tollé parce qu’elle montrait uniquement des hommes – quatre – pour représenter le « monde d’après », le journal s’est mis en branle. Selon nos informations, une « charte » est en cours de réalisation pour une meilleure représentation des femmes dans les pages du journal, ainsi qu’un travail pour une meilleure parité dans la rédaction. « C’est un objectif éditorial et managérial » résume Marie-Christine Tabet, la directrice adjointe des rédactions, qui juge que la une du 5 avril est un « bug » mais reconnaît que le journal est « loin d’être exemplaire ».

Cette réflexion sur l’égalité date d’avant la une polémique, une réunion ayant été organisée le 26 mars entre la direction générale et le collectif des Femmes du Parisien (C’est ce collectif qui avait organisé en janvier 2018 une candidature collective symbolique au poste de rédactrice en chef, pour dénoncer le manque de mixité à la tête de leur entreprise). Mais la une sexiste « a été un accélérateur », admet Marie-Christine Tabet.

Objectifs chiffrés

Actuellement, la direction de la rédaction a cinq adjoints, dont une seule femme, nommée dans la foulée des 77 candidatures coup de poing. Aux échelons du dessous, le journal a même régressé. Deux cheffes de service sont parties ces derniers mois et elles ont été remplacées par des hommes, même si Marie-Christine Tabet tient à préciser que la situation est moins noire en incluant les suppléments et les éditions locales : une rédactrice en cheffe adjointe a été nommée au Parisien Week-end et trois femmes à la cellule enquête Ile-de-france. Selon Bérangère Lepetit, du collectif des Femmes du Parisien, l’objectif affiché par la direction avec cette charte est d’atteindre « 50 % de femmes à tous les niveaux dans la rédaction ».

Concernant la présence des femmes dans les pages du journal, l’idée est là aussi d’instaurer des objectifs chiffrés par service, selon la directrice adjointe et la reporter, qui a assisté à une réunion sur le sujet. La dernière étude en date, menée par le collectif en septembre 2018, sur huit journaux consécutifs, faisait état d’un déséquilibre important, aussi bien sur les unes que les pages intérieures : par exemple 15 hommes étaient mis en avant en une avec des photos contre trois femmes. Les huit « faits du jour » (pages 2 et 3 du journal) de la période analysée faisaient apparaître quant à eux 17 hommes – « en photo ou mentionnés comme témoins principaux, notamment dans le titre » – et six femmes, réparties dans deux « faits du jour ». 100 % des interviews de ces faits du jour étaient masculines.

« Les intentions sont là »

La composition de ces pages, comme la une du 5 avril, ne relève pas d’une volonté d’exclure les femmes, selon Marie-Christine Tabet, mais de biais inconscients, et d’une défaillance au contrôle ou d’un contrôle trop tardif. Pour la une du 5 avril, plusieurs services travaillaient sur le sujet et ont choisi chacun de leur côté des hommes, explique la directrice adjointe. Ce n’est qu’au dernier moment, quand tout a été rassemblé, le week-end, que le « couac » a été découvert. Les réactions ont été si fortes sur les réseaux sociaux que la secrétaire d’Etat à l’égalité, Marlène Schiappa, a décidé dans la foulée de confier une mission sur la place des femmes dans les médias à une députée, Céline Calvez.

La charte promise a pour objectif d’éviter un nouveau « bug » et de changer en profondeur les mentalités. « C’est une démarche hypervolontariste », affirme Marie-Christine Tabet. Bérangère Lepetit se dit satisfaite : « Aucune de nos idées n’a été rejetée. Je trouve que c’est bon signe. Les intentions sont là. »

Un long travail

Pour mettre en œuvre ce plan, un groupe dit « Egalité » de 13 personnes (en dehors du collectif) a été constitué avec des gens à tous les niveaux de la rédaction : web, magazine, éditions locales, service société, économie, photographie. Une partie de ce groupe a déjà commencé à se pencher sur les expériences étrangères, comme la charte de l’égalité des genres du journal Le Temps ou le bot du Financial Times, qui avertit quand il n’y a que des hommes dans un article. Le groupe ne travaillera d’ailleurs pas que sur l’égalité entre femmes et hommes, mais aussi sur « la diversité », précise Marie-Christine Tabet.

Le groupe doit se réunir par skype début juin et présenter un projet de charte pour la fin du mois. Une fois cette charte élaborée, le travail sera loin d’être fini selon Marie-Christine Tabet : « Une charte c’est un socle, c’est un long travail qui commence. » Comme tout texte, le risque est que celui-ci ne soit pas suivi d’effets, souligne Bérangère Lepetit. « On se reparlera dans un an et vous verrez que les choses ont changé », promet Marie-Christine Tabet, pleine de résolution : « On va forcer le naturel et les habitudes ! »