Figra 2020 : « Le rejet des journalistes est un thème qui nous intéresse », explique le délégué du Festival du grand reportage d’actualité

FESTIVAL Pour sa 27e édition, le Festival international du grand reportage d’actualité (Figra) s’interroge sur la méfiance du grand public qui se focalise sur le métier de journaliste

Propos recueillis par Gilles Durand
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Georges Marque-Bouaret, délégué général du Festival international du grand reportage d'actualité et documentaire de société (Figra)
Georges Marque-Bouaret, délégué général du Festival international du grand reportage d'actualité et documentaire de société (Figra) — G. Durand / 20 Minutes
  • Le Festival international du grand reportage d’actualité (Figra) a lieu, du 11 au 14 mars au Touquet, dans le Pas-de-Calais.
  • Le thème du grand débat du Figra est cette année centré sur la perception des journalistes par le grand public, avec cet intitulé provocateur « Les journalistes sont-ils détestables ? »
  • Environ 75 grands reportages et documentaires de société seront projetés.

Les journalistes sont-ils détestables ? C’est le thème du grand débat* choisi cette année par les organisateurs du Festival international du grand reportage d’actualité et documentaire de société (Figra) qui se tient du 11 au 14 mars au Palais des Congrès du Touquet, dans le Pas-de-Calais. Car face à la méfiance qui se focalise envers le journalisme, les 75 films présentés apportent aussi leur lot de réponses en jetant un regard réfléchi sur le monde. Entretien avec Georges Marque-Bouaret, délégué général et fondateur du Figra, il y a 27 ans ?

Pourquoi ce grand débat sur le rejet des journalistes ?

Notre festival présente chaque année des films, grands reportages ou documentaires, réalisés par des journalistes. Ce rejet des journalistes par le grand public est donc un thème qui nous intéresse, à l’heure où via les réseaux sociaux et Internet, la peste que sont les fakes news envahissent le monde de l’information. Y a-t-il une solution ? On tente d’ouvrir des horizons avec ce débat.

Ce thème se retrouve-t-il dans certains films ?

Deux séries inédites l’évoquent. La première, Détestés ? réalisée par Joséphine Dubreuil montre la réalité du métier de journaliste à travers six portraits. La seconde, Clash média, de Ludovic Fossard, suit, pendant un an, des lycéens à Calais alors que ces derniers imaginent d’emblée que les journalistes sont des menteurs. Par ailleurs, on tente de développer un partenariat avec l’école supérieure de journalisme de Lille pour mettre en place un dispositif d’éducation aux médias destiné à 1.500 élèves, autour de masterclass et d’ateliers.

Ce festival montre aussi une autre facette du journalisme…

Tout à fait. Les films que nous présentons ont pris le temps de la réflexion sur l’actualité et sur le monde. Nous ne sommes pas dans l’immédiateté. Ce travail nécessite du temps et coûte de l’argent. Le grand reportage, ce n’est pas traiter l’actualité en deux minutes comme au journal télévisé. Je rêve d’une chaîne ou d’une émission de télé qui reprendrait d’anciens films pour illustrer l’actualité présente. Je pense notamment à un film qui racontait l’arrivée d’Evo Moralès au pouvoir en Bolivie. Aujourd’hui, sa diffusion permettrait de se rafraîchir la mémoire et d’appréhender l’actualité avec un autre regard.

Comment sélectionnez-vous les films ?

Il doit montrer un regard particulier, une situation étonnante ou une expérience de vie particulière. Les films que nous projetons sont une réflexion sur le monde et doivent avoir un retentissement sur la société.

La télé est-elle toujours friande de ces grands reportages et de documentaires ?

Quand la chaîne TF1 a été privatisée en 1986, beaucoup de journalistes ont créé leur propre boîte de production. Ils sont devenus journalistes et réalisateurs et le genre a pris de plus en plus d’importance à la télévision. Hélas, il existe tellement de contraintes économiques pour réaliser ces grands reportages ou ces documentaires que c’est devenu compliqué. On ne pourrait plus faire un festival uniquement sur le grand reportage. C’est pourquoi nous avons ajouté le documentaire de société et historique qui plaît beaucoup aux téléspectateurs.

* Samedi, à 11 h 15, salle de l’auditorium.

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