« Ils ont visé trop haut »… La chaîne LeLive peut-elle tenir sur la durée ?

CRASH AU LANCEMENT Ce format novateur, qui réunit youtubeurs et animateurs télé, laisse perplexes les spécialistes de YouTube

Marie-Laetitia Sibille

— 

Un choc des mondes et des générations ?
Un choc des mondes et des générations ? — Capture Twitter / leLive
  • Lancée lundi 3 février, la chaîne leLive a été la cible d’un déferlement de critiques sur les réseaux.
  • Ce média hybride entre webtélé et réseau social a non seulement dû faire face à des problèmes techniques, mais a aussi été censuré par l’un de ses diffuseurs.
  • Des spécialistes de YouTube estiment que le format est délicat à manier car il fait appel à la fois à ce média social et au monde la télé.

C’est l’histoire un nouveau média qui s’est donné pour mission de renouveler les codes de l’audiovisuel. Mais pour l’instant, leLive, une émission entre la webtélé et le réseau social, qui regroupe des personnalités de la télévision (Agathe Auproux, Kevin Razy, Arthur, etc.) et des stars de YouTube (Cyprien, Norman, Hugo Décrypte, etc.), doit essuyer une tempête : son lancement, lundi 3 février à 18 h, tenait même plutôt du naufrage.

Des problèmes de son et de connexion ont d’abord perturbé le visionnage. Surtout, l’émission s’est fait bannir de la plateforme Twitch, son principal canal de diffusion, après que l’animateur Kevin Razy, aux manettes pour cette première, a utilisé le mot « nigger », autrement appelé aux Etats-Unis « n-word », pour éviter de prononcer le mot « nègre », en français.

« Deux mondes parallèles »

« Le souci, c’est qu’il y a deux types de publics, deux mondes parallèles. Les youtubeurs, et la télévision. Ce ne sont pas les mêmes générations, les mêmes blagues. L’humour n’est pas le même », analyse Daniel Ichbiah, auteur de Devenir Youtubeur. « Ça reste une bonne idée de faire des lives, mais c’est un challenge d’adopter les codes des plateaux télé, estime de son côté Jean-Baptiste Viet, auteur de Youtubeur, un guide pour faire le buzz sur YouTube. C’est quand même bien d’aller là où est la jeune génération, on sait que les jeunes désertent la télé. Mais techniquement, ils n’ont peut-être pas assez testé le truc avant. » Un avis partagé par Daniel Ichbiah : « Ils ont visé trop haut. Quand on lance un jeu vidéo, par exemple, on le teste toujours avec un échantillon de joueurs. Pourquoi n’ont-ils pas fait un essai devant un public restreint ? »

Sur son compte Twitter, Vincent Manilève, un autre spécialiste, auteur de YouTube derrière les écrans. Ses artistes, ses héros, ses escrocs, a suivi et commenté les affres des débuts de la chaîne leLive. Mardi 4 février, il indiquait que la chaîne avait compris la leçon : « Kevin Razy assume les fails d’hier, a reçu un prix pour le ban Twitch le plus rapide, et ils font une revue des tweets pas contents. »

« Le droit à l’erreur est très faible »

Malgré les couacs, le mot d’ordre serait donc de maintenir le cap, une fois digéré le déferlement de critiques. « C’est aussi le problème des réseaux sociaux, les réactions sont souvent trop rapides, le droit à l’erreur est très faible. Il y a toujours un leadeur qui commence, un peu comme à l’école, et c’est la foire d’empoigne. Sur YouTube, si on a des critiques, on peut rectifier. En live, c’est différent », observe Daniel Ichbiah, qui reste cependant optimiste pour la suite : « On a déjà vu des lancements catastrophiques, le Newton d’Apple, même Windows de Microsoft, et ça ne présage en rien de l’avenir. »

Des codes différents, une gestion compliquée des trolls, c’est aussi l’avis de Vincent Manilève : « Ces personnalités viennent en partie de la télé et ne connaissent pas vraiment des plateformes comme Twitch, et les aléas de l’interactivité. Kevin Razy semblait perdu face au chat (et les horribles commentaires qu’on y trouvait). »

Webedia compte bien quoi qu’il en soit poursuivre ce projet de chaîne destinée aux moins de 35 ans, en direct et interactive. « On a eu deux, trois soucis, mais que ceux qui n’ont jamais bugué en lançant un projet de cette envergure nous jettent la première pierre ! »

Et étonnamment, après s’être déchaînés sur Twitter, certains internautes ont un peu revu leur jugement : « Après, on peut pardonner, c’est une petite entreprise indépendante ça ira mieux avec le temps. »

Du côté de Webedia, un communiqué au Parisien se voulait, lui aussi, optimiste et rassurant : « On est bien conscients que c’était loin d’être parfait. Ce n’était pas une soirée satisfaisante sur tous les plans, mais il y a beaucoup de complexité dans la gestion des différentes plates-formes de diffusion. » Ce mercredi, à 17 h, la première émission a été interrompue à cause d’un… problème technique. Les animateurs ont demandé « l’indulgence du public », et annoncé un prochain retour sur Twitch.