Mort de Kobe Bryant : Une journaliste du « Washington Post » suspendue pour avoir rappelé son affaire de viol

SANCTION Une journaliste américaine du « Washington Post » a évoqué sur Twitter, l’affaire de viol dans laquelle Kobe Bryant, décédé ce dimanche, a été impliqué il y a seize ans

A.D.

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Siège du Washington Post en 2013 à Washington
Siège du Washington Post en 2013 à Washington — Saul Loeb AFP

Existe-t-il un bon timing pour faire son travail et rappeler les faits ? Felicia Sonmez, journaliste américaine qui couvre la politique nationale au Washington Post, a été suspendue par le quotidien, ont rapporté de nombreux médias américains. Le journal reprocherait à sa journaliste un tweet rappelant que Kobe Bryant avait fait l’objet d’une accusation de viol en 2003, quelques heures seulement après que la légende du basket-ball et sa fille ont été tuées dans un accident d'hélicoptère.

La journaliste a partagé un lien vers un article de 2016 du Daily Beast. Son tweet a suscité de violentes réactions. « Aux 10.000 personnes (littéralement) qui ont commenté et m’ont envoyé des menaces de mort, s’il vous plaît, prenez un moment et lisez l’article qui a été écrit il y a plus de trois ans, et non par moi », s’est défendue la journaliste dans un autre tweet.

« La pression que subissent les gens pour garder le silence dans ce genre de cas »

Et d’ajouter dans un autre tweet : « Tout personnage public mérite qu’on se souvienne de lui dans sa totalité, même s’il est aimé et que cette totalité est troublante. » Felicia Sonmez poursuit : « le fait que les gens réagissent avec rage et me menacent (quelqu’un qui n’a même pas écrit l’article mais qui l’a trouvé bien documenté) en dit long sur la pression que subissent les gens pour garder le silence dans ce genre de cas ».

En 2003, Kobe Bryant est accusé de viol par une employée de 19 ans d’un hôtel de luxe dans le Colorado. Le basketteur avait d’abord nié, avant de reconnaître des relations consenties. L’affaire se terminera en 2004, sans procès, mais avec les excuses de la légende du basket et un supposé paiement au civil de plus de deux millions de dollars de dommages et intérêts à la jeune femme.

« C’était un héros du monde du sport. C’était aussi un violeur »

Selon le New York Times, la journaliste aurait reçu un mail de son rédacteur en chef, Martin Baron. « Felicia », écrit Martin Baron. « Un vrai manque de jugement pour tweeter ça. S’il vous plaît, arrêtez. Vous faites du mal à cette institution en faisant ça. ». Le journal de Jeff Bezos lui aurait aussi demandé de supprimer ses tweets, ce qu’elle a accepté de faire.

200 membres du personnel du journal ont signé une lettre rédigée par l’un des syndicats de journalistes du Washington Post, la NewsGuild. Felicia Sonmez n’est pas la seule à avoir rappelé ces faits après le décès de la légende du basket : « Ce qui s’est passé est tragique. J’ai le cœur brisé pour la famille de Kobe. C’était un héros du monde du sport. C’était aussi un violeur. Et toutes ces vérités peuvent exister simultanément », a écrit de son côté Evan Rachel Wood, la star de Westworld, engagée dans le mouvement #MeToo.