Dans les salons du ministère de la Culture, des médias s’engagent contre le harcèlement sexuel

VIOLENCES SEXUELLES 59 médias et professionnels de la culture ont signé la charte de l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM), qui incite à former salariées et salariés, et à rendre accessible des dispositifs d’écoute

Aude Lorriaux

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Le ministre de la Culture entouré de professionnels et professionnelles des médias et des arts, le 21 janvier 2020, à Paris.
Le ministre de la Culture entouré de professionnels et professionnelles des médias et des arts, le 21 janvier 2020, à Paris. — A.L.
  • Le ministre de la Culture recevait mardi 21 janvier des dirigeants et dirigeantes de médias, réunies par l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM).
  • 59 médias et professionnels de la culture ont signé la charte de l’association, qui recommande notamment d’informer tous les salariés et salariées sur les définitions juridiques précises des violences sexuelles.
  • « C’est leur intérêt de faire en sorte que ça ne se produise pas », explique Françoise Laborde, présidente d’honneur de l’association.

Une nuée de mâles blancs, et puis quelques femmes, placées astucieusement au devant pour la photo. Sous les lustres rutilants des salons du ministère de la Culture s’activent le PDG de TF1, la présidente de France Télévisions, les boss de M6 ou encore du groupe Le Monde, conviés par l’association Pour les femmes dans les médias (PFDM) à signer une charte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Ils sont 59 signataires en tout (dont 20 Minutes), à l’image des dirigeants des médias aujourd’hui. Pas étonnant quand on sait qu’on comptait seulement 27 % de femmes directrices de rédaction ou de publication en 2018, selon l’Observatoire des métiers de la presse.

« Nous devons être intraitables [contre les violences faites aux femmes]. Le talent [des agresseurs] ne doit pas être une circonstance atténuante », assène Franck Riester, le ministre de la Culture, tout en dénonçant le « tribunal médiatique »… En ouvrant le bal des discours, le ministre rappelle qu’il est du devoir des médias et professionnels de la culture de « garantir un cadre professionnel sûr ». Il déroule les mesures qu’il a soutenues : bonus pour les films qui intègrent autant de femmes que d’hommes dans les postes d’encadrement de leur équipe de tournage, nomination de référents harcèlement sur les tournages, projet de charte des écoles de journalisme…

Un « vrai sujet »

Puis viennent à la tribune les membres de PFDM, qui disent leur émotion devant le chemin parcouru, et la succession des dirigeants et dirigeants de médias, avec un discours pas toujours au diapason…. « Avant, notre ligne d’écoute était externalisée et on me disait « tout va bien il n’y a pas d’appels », se moque à la tribune Delphine Ernotte, la présidente de France TV, fière d’avoir fait remonter 25 cas de harcèlement depuis la mise en place d’un nouveau dispositif. Le PDG de TF1 n’a quant à lui connaissance d’aucun signalement… « Je peux dire qu’il y a beaucoup de femmes que j’adore dans cette salle », lance ensuite Maxime Saada, le DG du groupe Canal+, en guise d’introduction, suscitant quelques moues dubitatives ou carrément effarées parmi les femmes de l’assistance, avant d’annoncer ses engagements : la mise en place d’un congé paternité de quatre semaines et un objectif zéro inégalités salariales pour 2021.

« C’est une mise en scène de la réalité un peu flippante » se désole, entre deux petits fours, Juliette Favreul, une productrice de cinéma qui fait partie du collectif 50/50, une association de professionnels du cinéma qui promeut l’égalité. « Les photos sont un peu cruelles, avec autant d’hommes… » abonde Véronique Le Bris, fondatrice de  cine-woman.fr, un webmagazine dédié aux femmes et au cinéma. La journaliste se félicite quand même qu’il y ait autant de monde à l’évènement – l’an dernier, les signataires étaient au nombre de 18 – et que le harcèlement sexuel soit devenu « un vrai sujet » pour les médias.

Une « dynamique positive »

La charte mise en place par PFDM se présente en quatre volets : « Je m’engage, J’agis, Je partage, Je suis responsable ». Les signatataires s’engagent à informer leurs collaborateurs et collaboratrices sur ce qu’est le harcèlement sexuel et sur la procédure à suivre lorsque l’on est témoin ou victime, à mettre en place un dispositif d’écoute et d’aide aux victimes ou encore à partager les bonnes pratiques entre eux. Ecroulée sur une chaise après tant d’activisme, Françoise Laborde, présidente d’honneur de PFDM, le reconnaît elle-même : l’association ne dispose pour l’instant d’aucun moyen de contrôle pour vérifier que toutes ces choses ont bien été mises en place par les premiers signataires, mais elle compte sur l’effet d’image que pourrait produire une distorsion entre les engagements pris et la réalité effective. « C’est leur intérêt de faire en sorte que ça ne se produise pas », explique-t-elle, même si elle dit n’être pas « dupe » du fait que cela « sert aussi leur com’».

Delphine Ernotte n’est pas sûre que cette charte ait eu une influence sur ses actions pour lutter contre le harcèlement sexuel, mais elle croit en la vertu de l’action collective : « Cette charte engage un mouvement collectif, quelque chose de plus fort que d’acter ce que l’on fait déjà. Elle crée une dynamique positive ». « Elle a le mérite de créer un standard qui permet d’organiser des pratiques et de forcer à tenir un engagement », abonde Louis Dreyfus. Et dans ce chemin, le groupe Le Monde pourra servir d’exemple : un questionnaire anonyme a été envoyé à tous les salariés et salariées, qui ont permis de faire remonter de nombreux cas et de revoir les dispositifs d’alerte. Le Monde est aussi en train de former l’intégralité de ses salariés, et a réduit l’écart salarial entre femmes et hommes à 2 %, selon son PDG. Une vraie révolution.

Nota bene: La journaliste autrice de cet article est membre de Prenons la une, association de femmes journalistes qui milite pour une juste représentation des femmes dans les médias et l'égalité professionnelle dans les rédactions.