Le journaliste Taha Bouhafs remis en liberté après la sortie perturbée d’Emmanuel Macron au théâtre

JUSTICE Le journaliste et militant, soupçonné d’avoir encouragé le rassemblement de manifestants dans un théâtre parisien où le président assistait à une représentation, avait été déféré samedi soir devant un juge

B.Ch. avec AFP

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Manifestants contre la réforme des retraites devant le théâtre parisien des Bouffes du Nord, le 17 janvier 2020
Manifestants contre la réforme des retraites devant le théâtre parisien des Bouffes du Nord, le 17 janvier 2020 — Lucas BARIOULET / AFP

Le reporter et militant Taha Bouhafs, interpellé vendredi après la manifestation qui a perturbé une sortie au théâtre d'Emmanuel Macron, a été déféré samedi soir devant un juge d’instruction chargé de poursuivre l’enquête. Il est ressorti libre dans la soirée sans être mis en examen, a appris l’AFP auprès de son avocat

A l’issue de la garde à vue du jeune homme de 22 ans, le parquet de Paris a décidé d’ouvrir une information judiciaire pour « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations » et « organisation d’une manifestation non déclarée ». A ce stade, la juge d’instruction a toutefois décidé de placer Taha Bouhafs, 22 ans, sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre la mise en examen et le statut de témoin simple.

Le téléphone de Taha Bouhafs confisqué

Selon son avocat, Taha Bouhafs a été « immobilisé par un membre du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) qui lui a arraché son téléphone », puis interpellé et placé en garde à vue. « C’est un dépassement inédit des atteintes à la liberté d’informer et aux droits des journalistes, à la demande de l’Elysée », a réagi Me Arié Alimi auprès de l’Agence-France Presse.

« Le tweet ne peut matérialiser une infraction, il ne fait que rendre compte de sa présence, de celle du président et de ce que des manifestants avaient appelé à un rassemblement comme il l’avait constaté sur Twitter auparavant », a ajouté l’avocat. Me Arié Alimi dénonce la confiscation du téléphone de son client, dans lequel se trouvent les images de la scène mais aussi les contacts du journaliste.

Le président « sécurisé » mais pas exfiltré

Le président Macron, qui assistait, avec son épouse, a une représentation au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, a été « sécurisé » pendant quelques minutes. Puis, il est retourné voir la pièce jusqu’au bout, selon son entourage.

Avant le début de la représentation, Taha Bouhafs avait écrit sur Twitter : « Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle). 3 rangées derrière le président de la République. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée ».

Taha Bouhafs avait ensuite demandé à ses dizaines de milliers d’abonnés s’il devait ou non lancer ses chaussures sur le président, à l’image du célèbre geste d’un journaliste irakien contre le président américain Georges W. Bush en 2008.

Réactions politiques

L’arrestation de Taha Bouhafs, qui filme les mouvements sociaux pour le site d’information Là-bas si j’y suis, a suscité quelques réactions politiques. « On arrête un journaliste pour avoir tweeté sur la présence du Méprisant au théâtre. Bienvenue en #Macronie », a réagi sur Twitter la députée France Insoumise Danièle Obono. « Ce qu’il s’est passé aux #BouffesduNord est inacceptable, inadmissible. Lorsqu’on cherche à s’en prendre au président de la République, on cherche à atteindre l’institution. Ne nous habituons pas à ces manifestations de violence à l’encontre de la démocratie », a rétorqué la députée et porte-parole LREM Célia de Lavergne.

Taha Bouhafs, connu pour avoir filmé Alexandre Benalla en train de violenter un couple à Paris le 1er mai 2018, avait déjà été placé en garde à vue en juin alors qu’il couvrait une manifestation en banlieue parisienne, s’attirant le soutien d’une partie de la profession. Il doit être jugé le 25 février à Créteil pour « outrage et rébellion ».