RSF appelle « à protéger les journalistes face à l’intolérance religieuse », cinq ans après l'attentat contre « Charlie Hebdo »

LIBERTE DE LA PRESSE L’ONG estime que les leçons de l’attentat contre « Charlie Hebdo » n’ont pas été tirées

20 Minutes avec AFP

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RSF en octobre 2019 lors d'une action contre l'emprisonnement de journalistes saoudiens.
RSF en octobre 2019 lors d'une action contre l'emprisonnement de journalistes saoudiens. — Louise MERESSE/SIPA

Cinq ans après la tuerie à Charlie Hebdo, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) et deux rapporteurs spéciaux de l’ONU ont appelé les organisations internationales et les Etats à « protéger les journalistes » face à une montée de « l’intolérance religieuse ».

Lors d’une conférence de presse à Paris, le secrétaire général de RSF Christophe Deloire a estimé que « les leçons de l’attentat contre l’hebdomadaire satirique français n’ont pas été tirées ». Huit pays ont supprimé la notion de blasphème de leur cadre juridique depuis cet événement tragique, mais 69 continuent de le réprimer, et 6 pays le punissent de la peine de mort (Mauritanie, Brunei, Pakistan, Iran, Afghanistan).

Pressions et menaces

Et, même dans les Etats comme la France où le droit au blasphème est reconnu « depuis 1881 », des journalistes doivent vivre sous protection policière, comme ceux de Charlie Hebdo. Selon RSF, l’exercice de ce droit devient de plus en plus difficile, face aux pressions et menaces qui s’exercent, notamment via les réseaux sociaux.

Dans certains pays, s’inquiète Christophe Deloire, il existe un risque sérieux que « les Etats, les plateformes et les médias cèdent, que l’autocensure l’emporte, et que le droit subsiste formellement, mais qu’il ne soit plus exercé ». Un constat confirmé par Ahmed Shaheed, rapporteur spécial de l’ONU pour la liberté de religion, et David Kaye, son homologue chargé de la liberté d’opinion et d’expression.

« Les lois anti-blasphème sont toujours là »

« Les lois anti-blasphème sont toujours là, et elles continuent d’être utilisées pour étouffer certains débats », a souligné ce dernier. Et même lorsque le blasphème n’est pas illégal, « l’Etat et les autorités continuent à échouer à protéger les individus », notamment ceux qui subissent harcèlement et menaces via les réseaux sociaux, a-t-il complété.

« Je ne crois pas qu’il puisse y avoir démocratie ou droits de l’homme sans exercice du blasphème », a renchéri Richard Malka, avocat depuis 27 ans de Charlie Hebdo, appelant à défendre sans relâche ce principe fondateur, qui a servi d’étincelle aux Lumières. « La liberté d’expression, c’est la mère de toutes les libertés », et pourtant « jamais cette liberté d’expression n’a autant régressé », a-t-il affirmé, constatant que « le cancer qu’est l’interdiction du blasphème a métastasé dans tous les domaines de la pensée ».

« Le logiciel de la censure s’est inversé. Il a muté. Aujourd’hui, on demande à nouveau l’interdiction du blasphème », s’est-il inquiété. « Qui ose aujourd’hui critiquer les religions cinq ans après Charlie ? En réalité, personne. La peur a gagné », a-t-il estimé.