Seb la Frite: « Les rappeurs sont influenceurs maintenant, et Booba c’est un média rap ! »

MEDIAS DU RAP 3/3 Pour clore cette riche décennie pour le rap, « 20 Minutes » met en lumière des chroniqueurs, animateurs et youtubeurs passionnés de la musique la plus écoutée du XXIe siècle

Clio Weickert
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Seb la Frite.
Seb la Frite. — Seb
  • Musique la plus écoutée du XXIe siècle, le rap est loin d’être la plus représentée dans les médias.
  • Pourtant, les relais médiatiques existent, sur Internet, à la radio, ou sur YouTube par exemple.
  • 20 Minutes a décidé de faire un zoom sur trois passeurs du hip-hop en France. Dans ce troisième épisode, place au youtubeur Seb la Frite, à la croisée des chemins.

Pour clore cette riche décennie qu’ont été les années 2010 pour le rap, « 20 Minutes » met en lumière des chroniqueurs, youtubeurs et passionnés de la musique la plus écoutée du XXIe siècle. Le moment est venu de parler de Seb la Frite, youtubeur/influenceur/rappeur, auteur de véritables « coups de maître ».

Originaire de Dordogne, Seb a un parcours qu’on pourrait qualifier de classique sur le Web. A 15 ans, avec des potes, il poste des vidéos LOL sur YouTube, se prend au jeu, « sans trop calculer », voit son audience grossir au fil des années, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il peut en vivre. A 18 ans, sa chaîne compte 1.5 millions d’abonnés. Il décide d’arrêter ses études, et se concentre sur sa chaîne et ses réseaux sociaux, se lance aussi dans la prod et la direction artistique sur le Web, dans la com… Et « de temps en temps », il « joue l’influenceur » rap, sa passion de toujours. Et quand on a plus de 4 millions d’abonnés sur YouTube, ça a son petit impact.

Des « coups de pouce » en or

En 2016, il met en ligne un projet plutôt ambitieux, un web documentaire sur L’histoire du rap : « Je trouvais ça cool d’initier les gens au rap, à une période où cette musique était en plein essor, même si certains crachaient un peu dessus en disant "c’était mieux avant". Et ce qui m’a fait plaisir, ce sont ceux qui n’en écoutaient pas mais qui m’ont dit que ma vidéo les avait fait s’y mettre ». La vidéo a son petit succès, et compte désormais plus de 5 millions de vues. Mais le meilleur reste à venir. En octobre dernier, le rappeur Kikesa faisait part à 20 Minutes de l’importance qu’avait eu un événement dans sa jeune carrière : le « coup de pouce » de Seb la Frite : « Il y a eu un avant et un après. Le lendemain mon téléphone était cassé [par les nombreux messages reçus] ! ». L’événement ? Une vidéo postée en juillet 2018, dans laquelle le youtubeur vantait les mérites du rappeur nancéien, très peu connu à l’époque. Quinze minutes (et 2.5 millions de vues), qui ont permis de faire exploser la visibilité de Kikesa. Une prouesse. Un an plus tôt, c’est Rilès que Seb propulsait en orbite, puis Berywam en juin 2017.

A la base, le youtubeur voulait filer un petit coup de main à des artistes coups de cœur, devenus des potes depuis, mais aussi faire un petit pied de nez aux sceptiques… « Dans la vidéo de Rilès, le challenge c’était "venez, on prouve aux autres médias et à tout le reste qu’on a une force de frappe aujourd’hui, que tous ensemble sur le Web, on vaut quelque chose", explique Seb. Si on arrive à prouver des mini trucs, comme lancer quelqu’un, les gens vont nous prendre plus au sérieux. » Si à l’aube des années 2020, la puissance de YouTube et des réseaux sociaux ne fait plus aucun doute, en 2017 la vidéo de Seb est un « coup de maître » : « Même moi j’ai été dépassé, j’ai vu le truc et je me suis dit que c’était devenu n’importe quoi ! J’ai eu plein d’échos de gens de labels, ça les a fait un peu paniqué, précise-t-il. Des personnes comme moi, on bouleverse un peu cette économie, et la façon dont ça marche depuis 20 ans ! Les gens sont un peu perdus car ils ne savent pas contrôler ça. » Des coups de cœur plus efficaces que n’importe quel plan de com…

« Les rappeurs sont influenceurs maintenant »

Si Seb la Frite a participé à sa manière au rayonnement du rap sur le Web, c’est de l’autre côté que le youtubeur veut désormais briller. Le dénicheur de talent a signé chez Wagram… en tant que rappeur. « J’ai vraiment envie de me lancer dans la musique, et j’ai envie de me concentrer sur moi. A la base ça me rapprochait juste d’un truc que j’aimais : rapper. » Une suite de parcours plutôt logique, puisque Seb publie des freestyles et des clashs depuis des années, notamment pour fêter ses paliers d’abonnés. Et de ce côté-là, le succès ne se dément pas. En témoigne son « fritestyle » 3M, qui cumule à plus de 9 millions de vues…

De youtubeur à rappeur, il n’y a désormais qu’un pas. Avant lui, on pouvait notamment citer Mister V, dont le second album sortira en janvier 2020. Mais qu’en est-il du chemin inverse ? « Les rappeurs sont influenceurs maintenant, et Booba c’est un média rap ! », résume Seb, le sourire aux lèvres. Car si de plus en plus d’artistes émergent sur YouTube et Insta, évitant ainsi les voies traditionnelles de l’industrie musicale, ils sont également maîtres de leur communication grâce aux réseaux sociaux, et s’écartent petit à petit des chemins médiatiques classiques. Parmi eux, Booba qui fonde sa propre radio OKLM, Roméo Elvis qui sensibilise ses followers à l’écologie sur Instagram, PNL qui monte des stratégies de com spectaculaire sur Twitter… Le Web et les rappeurs créent leur propre écosystème. Et si finalement, les années 2010 marquaient surtout la victoire de deux outsiders sur le vieux monde ?