Booska-P: « On était partout où les rappeurs pouvaient être », explique Fif Tobossi

MEDIAS DU RAP 2/3 Pour clore cette riche décennie pour le rap, « 20 Minutes » met en lumière des chroniqueurs, animateurs et youtubeurs passionnés de la musique la plus écoutée du XXIe siècle

Clio Weickert

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Fif Tobossi et Amadou Ba.
Fif Tobossi et Amadou Ba. — Alex Haze
  • Musique la plus écoutée du XXIe siècle, le rap est loin d’être la plus représentée dans les médias.
  • Pourtant, les relais médiatiques existent, sur Internet, à la radio, ou sur YouTube par exemple.
  • 20 Minutes a décidé de faire un zoom sur trois passeurs du hip-hop en France. Dans ce deuxième épisode, place à Booska-P, le site de rap incontournable depuis près de 15 ans.

Pour clore cette riche décennie qu’ont été les années 2010 pour le rap, 20 Minutes met en lumière des chroniqueurs, youtubeurs et passionnés de la musique la plus écoutée du XXIe siècle. Place au site de référence Booska-P, qui depuis 15 ans s’est taillé une place de choix dans l’univers des médias spécialisés français.

Depuis octobre 2005, l’équipe couvre le hip-hop et suit au plus près ses acteurs. « On allait au cœur des quartiers des rappeurs, on prenait des images auxquelles personne n’avait accès. Comme on avait cette proximité avec eux, on arrivait à tirer des choses que d’autres médias traditionnels ne pouvaient pas avoir », explique à 20 minutes Amadou Ba, cofondateur et rédacteur en chef de Booska-P. Un parti pris qui a fait le succès du site qui se considère désormais comme un « média d’influence urbaine ».

Petit poisson deviendra grand

A l’origine, le site n’est ni plus ni moins qu’un projet de potes. Originaires de l’Essonne et passionnés de rap, Fif Tobossi et Amadou Ba, accompagné de leur associé Alexis Nouaille, lancent Booska-P afin de donner de la visibilité à des artistes qui n’en ont pas, ou peu. Le plus ? Documenter cette scène en vidéo. « Il y avait des sites avant nous, mais ce n’était que de l’écrit, explique Fif Tobossi. On a réussi à s’imposer en ramenant ce côté vidéo qui n’existait pas. Aujourd’hui c’est normal mais à l’époque il n’y en avait pas, tu les voyais soit dans les clips ou dans les interviews à la télé. On a apporté ce côté intimiste où les rappeurs se livrent. » Booska-P décide alors de suivre les rappeurs à la trace. « On était partout où les rappeurs pouvaient être, dans leurs quartiers, dans les clips ou à la radio », précise-t-il.

De fil en aiguille, le site se fait un nom, et attire les maisons de disques et les annonceurs. De trois au début, ils sont maintenant une vingtaine à faire vivre le site, qui attire deux millions de visites en moyenne par mois. Et comme la plupart des médias désormais, Booska-P est devenu une « marque globale » qui parle de ciné, de mode ou de lifestyle, et vit au-delà du site, sur YouTube (15 millions de vues par mois environ pour une vidéo postée par jour en moyenne) ou encore sur Instagram, où ils sont suivis par près de 1.2 million d’abonnés.

Le tampon Booska-P

A l’image de Planète Rap sur Sky, qui est devenu dans les années 2000 un passage quasi incontournable pour les rappeurs, Booska-P compte désormais comme la référence sur le Web, pour les fans de rap ou les artistes. « Certains artistes veulent le tampon Booska-P, précise Fif Tobossi. J’ai en déjà entendu dire que tant qu’ils n’avaient pas leur freestyle Booska-P, pour eux ils n’avaient pas réussi. Ça fait plaisir. Pour nous le rap n’est pas un jeu, on aime cette culture et on voulait la mettre en avant. On n’a pas changé de ligne de conduite. »

S’ils n’ont pas que des copains (cf. la Fif Stories sur Booba), beaucoup entretiennent une relation privilégiée avec ce site qui les a vus grandir. « Ce qui est cool c’est que toutes les stars dont on parle aujourd’hui, on les a vus naître dans le rap, c’est ce qui fait qu’on a cette proximité avec eux, poursuit Fif. Les gens se lâchent avec nous, il y a une confiance aveugle et on arrive à faire des bêtes de vidéo. » Amadou Ba se souvient notamment d’un tournage particulièrement pépouze : « On a fait un vlog avec Vald à Cuba il y a un an, c’était court mais ce n’était que des bons moments. Il aurait pu faire la star, se barrer et ne pas rester avec nous, mais au final c’était limite des vacances entre potes ».

Un témoin privilégié

Vald, SCH, Niska, Gradur, Kaaris… Booska-P a accompagné de près toute une nouvelle génération d’artistes, et a aussi vu l’ampleur qu’a pris le rap dans la pop culture, et plus généralement de ce qu’on appelle « l’urbain ». « Il y a 10 ans c’était presque un gros mot mais aujourd’hui, quand tu prends Dadju, Gims, Soprano… Ce sont des gens qui ne font pas du rap mais qui en viennent à la base. On les met dans quelle catégorie ? Pareil, Angèle tu sens qu’elle a grandi dans le rap, c’est de l’urbain aussi. Il faudrait qu’on organise un colloque pour savoir comment on appelle notre culture aujourd’hui », lance Fif.

Il est loin le temps où le hip-hop en France était considéré comme une culture minoritaire et cantonnée tristement aux faits divers. Et discuter avec Fif Tobossi et Amadou Ba, c’est aussi constater avec joie que le regard porté sur le rap s’est enfin ouvert. « À une époque, ceux qui étaient à la tête des médias généralistes ne connaissaient pas le rap, ils ne le comprenaient pas. Maintenant il y a des gens qui ont grandi avec cette culture et qui la comprennent, reconnaît Fif. Demain ce sera naturel de faire le journal de 20 heures avec un Koba LaD. Et j’aime bien dire que l’un de nos prochains présidents aura grandi avec du rap et connaîtra des textes de JUL par cœur ! » Et on espère que Booska-P sera toujours là pour en témoigner.