« Bikram: Yogi, gourou, prédateur »: L'édifiant docu Netflix sur la star du yoga pour bobos

GOUROU Le 20 novembre, Netflix a mis en ligne un documentaire qui s'immisce dans les coulisses effroyables du yoga Bikram

Clio Weickert

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Bikram Choudhury, à droite. Image extraite du documentaire «Bikram: Yogi, gourou, prédateur».
Bikram Choudhury, à droite. Image extraite du documentaire «Bikram: Yogi, gourou, prédateur». — Netflix
  • Depuis le 20 novembre, Bikram : Yogi, gourou, prédateur, est disponible sur Netflix. 
  • Dans ce documentaire, la réalisatrice Eva Orner s'immisce dans les coulisses effroyables du yoga Bikram. 

Imaginez : vous êtes en petite tenue, dans une salle chauffée à plus de 40 degrés. De la sueur dégouline de votre corps, vous rentre dans les trous de nez, et inonde la serviette sur laquelle vous vous trouvez. Autour de vous, d’autres hommes et femmes ruisselants, aux visages écarlates et au bord de l’évanouissement, tout comme vous. Et tous ensemble, vous reproduisez des postures plus ou moins acrobatiques, jusqu’à l’épuisement. Ceci ne pourrait être qu’un cauchemar… Vous avez pourtant les yeux bien ouverts : bienvenue dans l’univers du yoga Bikram.

Il ne s’agit pas d’une énième déclinaison de yoga comme le montre Bikram : Yogi, gourou, prédateur, un documentaire mis en ligne le 20 novembre sur Netflix et révélant les coulisses de ce courant au succès mondial. Derrière le phénomène pour bobos se cache une histoire effroyable, celle de Bikram Choudhury, le fondateur du mouvement, un personnage trouble accusé par plusieurs de ses anciennes adeptes d’agressions sexuelles et de viol. Explications.

Un yogi millionnaire

Contrairement au Vinyasa, à l’Ashtanga ou encore au Hatha, le yoga Bikram, également appelé « hot yoga », se pratique dans une salle surchauffée, et consiste à enchaîner une série de 26 postures et deux exercices de respiration pendant 90 minutes. Le Bikram a rencontré un succès fou à travers le monde – dont la France où se trouvent plusieurs centres –, car il propose de régler une large palette de problèmes de la vie moderne (stress, insomnie, surpoids…). Il a été adopté par de nombreuses célébrités, dont Madonna, Lady Gaga ou Quincy Jones. L’histoire pourrait s’arrêter là car ce n’est ni la première, ni la dernière fois, que l’être humain se met volontairement dans des situations inconfortables pour en tirer du plaisir (pensez à votre dernière raclette par exemple). Il faut reconnaître qu’on ressort tellement lessivés de la pratique, qu’un sentiment diffus de plénitude s’installe (on parle du yoga hein).

Le problème, outre le fait que cette forme de yoga soit parfois décriée par des professionnels (risques cardiovasculaires, difficultés à avoir conscience de ses limites…), c’est bel et bien son fondateur, Bikram Choudhury. Le documentaire se penche sur cet homme controversé, qui a grandi en Inde, puis est venu aux Etats-Unis à partir des années 1970, dispenser un yoga auquel il a donné son nom (bien qu’il ne l’ait peut-être même pas inventé). Jackpot. En quelques années Bikram a réussi à fonder un empire en essaimant ses studios affiliés à travers le monde. « En 2009, le magazine Forbes estimait ses revenus à 5 millions de dollars par an », précise Marie Kock dans son livre Yoga, une histoire-monde. Un yogi fortuné, et un yogi bling bling également, qui accumule les voitures de collection et les objets clinquants. Mais s’il n’y avait que ça…

« Séparer l’homme de l’enseignant »

« Ne soyez pas tristes, ce n’est pas fini, vous êtes loin de chez vous, pour vous tuer, c’est pour ça que vous payez, c’est pour ça que je suis là », chantonne Bikram à ses élèves. L’une des activités principales du yogi est de former les futurs professeurs du monde entier, qui viennent suivre de longues formations à ces côtés. A travers leurs témoignages, récoltés par la réalisatrice Eva Orner, on découvre tout d’abord un personnage ambivalent, tantôt doux, tantôt violent, puis carrément effroyable. Mégalomane – il se targue en permanence d’être la personne la plus intelligente du monde –, il se montre également misogyne, colérique, mythomane et tyrannique. Bikram a aussi une facette de prédateur.

Comme le révèle le documentaire, six plaintes pour viols et agressions sexuelles ont été déposées au civil. Quatre ont été réglées hors court dont celles de Sarah Baughn, la première à avoir brisé le silence, et celle de Larissa Anderson, qui raconte froidement face caméra comment Bikram l’a violée alors que sa femme et ses enfants dormaient non loin. Toutes deux étaient ses élèves.

Le yogi réfute ces accusations. Il a néanmoins choisi de plaider le 5e amendement - qui permet aux citoyens américains de refuser de témoigner contre eux-mêmes - à plusieurs reprises devant la justice. Poursuivi pour licenciement abusif dans une autre affaire par l’une de ses anciennes employées, Bikram aurait fui le sol américain après le procès. Un statut de fugitif et des accusations qui ne l’empêchent pas de poursuivre son enseignement.

« Si vous décidez de rester, je vous conseille de faire comme moi : séparer l’homme de l’enseignant », a répondu à Sarah Baughn un cadre de la formation, lorsque la jeune femme a fait part une première fois des agressions de son professeur. Désormais, les milliers d’adeptes de Bikram à travers le monde, pourront-ils faire abstraction de cela ?