Privé de visite présidentielle, «Le Journal de l'île de la Réunion» publie une page blanche

MEDIAS Ce vendredi, le journal, qui est l’un des quotidiens de La Réunion, avance dans son éditorial qu’il n’a pas été convié à suivre la visite d’Emmanuel Macron jeudi dans un quartier de Saint-Denis car la Une de la veille aurait « déplu en haut lieu »

Fabien Randanne

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Dans son édition du 25 octobre 2019, «Le Journal de l'île de la Réunion» a publié une page blanche, faute d'avoir été invité à couvrir une visite d'Emmanuel Macron dans un quartier de Saint-Denis.
Dans son édition du 25 octobre 2019, «Le Journal de l'île de la Réunion» a publié une page blanche, faute d'avoir été invité à couvrir une visite d'Emmanuel Macron dans un quartier de Saint-Denis. — Capture d'écran JIR

Ce vendredi, les lecteurs et lectrices du Journal de l’île de la Réunion ont pu constater que la page 12 de leur quotidien local était entièrement blanche. Ou plutôt, elle mentionne simplement «  Emmanuel Macron aux Camélias [un quartier de Saint-Denis, le chef lieu de La Réunion] » en titre, mais est exempte de tout article et ne comporte qu’un rectangle noir matérialisant l’emplacement d’une illustration qui aurait pu y figurer. « Ni photos, ni textes ! Désolés… Nous n’avons pas été conviés à couvrir cette visite », est-il indiqué en bas de page.

Pour avoir une explication plus détaillée, il faut se tourner vers l’éditorial du jour, signé Lukas Garcia. « Nous aurions beaucoup aimé vous raconter les poignées de mains, les tapes dans le dos et les bises aux matantes [« les grandes tantes », en créole] émoustillées, écrit le journaliste. Le président de la République s’est offert hier matin une visite, improvisée, aux Camélias. Mais nous n’avons pas été conviés à couvrir cette séquence. Le gratin de la presse nationale y était, nos confrères de la presse locale, aussi. Mais pas nous. Nos journalistes sont restés à quai à la préfecture quand leurs collègues montaient dans le bus de la visite organisée. »

« La présidence va devoir se trouver d’autres courtisans »

« Il leur a clairement été signifié qu’il n’y avait pas de place pour eux. Difficile alors dans pareil cas de ne pas y voir le signe d’une punition mesquine. Parce qu’il ne fait pas bon se montrer trop critique à l’égard du Président. On nous l’a fait savoir. La Une de notre édition d’hier – "Pour l’instant, c’est du vent" – a déplu en haut lieu », avance Lukas Garcia. Et de poursuivre, cinglant : « Si c’était à refaire, nous ne changerions pas un mot de ce titre. Il n’y aura donc de notre côté ni excuse, ni révérence. La présidence va devoir se trouver d’autres courtisans. » Jeudi, Le Quotidien de la Réunion, principal concurrent du Journal de l’île de la Réunion, avait titré en Une : « Droit dans ses bottes ».

Le Journal de l’île de la Réunion affirme, via l’éditorial de ce vendredi, que « le cap fixé par Emmanuel Macron est aussi flou qu’abstrait » et écrit que « le fossé entre l’urgence sociale et l’ambition stratosphérique du chef de l’Etat, ou la légèreté de ses propositions, est effrayant ».

D’autres articles sur la visite présidentielle

Le président de la République a effectué cette semaine un déplacement de quatre jours dans l’Océan indien. Après une première halte, mardi, à Mayotte, il s’est rendu à la Réunion dès le lendemain pour trois journées.

S’il n’a pas pu couvrir la visite improvisée dans le quartier des Camélias à Saint-Denis, dans son édition de ce vendredi, Le Journal de l’île de la Réunion consacre plusieurs pages à la visite présidentielle : une page sur la rencontre du chef de l’Etat avec des conseils citoyens, une page sur le plan « Pérel » censé contribuer à résorber le chômage culminant à 24 % sur ce territoire, un article sur le passage d’Emmanuel Macron sur les chaînes de télévision Réunion La première et Antenne Réunion, ainsi qu’une page sur la mobilisation syndicale.