Interview tendue de Tariq Ramadan face à Jean-Jacques Bourdin

ENQUETE Quatre plaintes pour viol ont été déposées contre l’islamologue suisse

20 Minutes avec AFP

— 

Tariq Ramadan à Paris, le 30 août 2019.
Tariq Ramadan à Paris, le 30 août 2019. — Martin BUREAU / AFP

Tariq Ramadan était ce vendredi matin l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Après neuf mois et demi de détention, l’islamologue suisse accusé de quatre viols avait demandé à être reçu par le journaliste, qui a expliqué avoir longuement hésité avant d’accepter. Pendant l’interview, les échanges entre les deux hommes ont été tendus.

Avant de débuter l’interview, Jean-Jacques Bourdin a tenu à préciser le contexte de cet entretien controversé, rappelle Pure Medias. « J’aime que tout soit clair. Il y a dix jours, vous m’avez sollicité me demandant si j’accepterais de vous recevoir. J’ai hésité… Quelques heures avant de vous proposer ce vendredi 6 septembre », s’est justifié l’intervieweur. Et d’ajouter : « Pourquoi ? Parce que vous êtes présumé innocent. Votre culpabilité n’a pas été légalement démontrée. »

Quatre plaintes pour viol

Jean-Jacques Bourdin a insisté sur l’absence de calendrier politique de son émission après des critiques visant la concordance entre cette interview et l’organisation du Grenelle du gouvernement contre les violences faites aux femmes. « Les violences que subissent les femmes sont malheureusement quotidiennes en France. Que les choses soient très claires, je ne vous donne pas une tribune, mais simplement la parole », explique Jean-Jacques Bourdin.

A la suite de cette mise au clair, les échanges se sont enchaînés, souvent tendus, les deux hommes s’interrompant fréquemment. « Depuis deux ans, je ne me suis pas exprimé dans les médias, pour cause puisque j’ai passé dix mois en prison, mais surtout parce que je voulais être entendu par la justice », a déclaré Tariq Ramadan. « Or, j’ai eu affaire à un tribunal populaire et à un secret de l’instruction qui n’a pas été secret », a-t-il dénoncé.

Il conteste toutes les accusations portées contre lui, y compris la quatrième plainte pour viol déposée au mois de juillet. « Je n’ai jamais contacté cette dame, je ne sais pas qui elle est », s’est-il défendu. Dans cette plainte, déposée le 12 juillet, une femme affirme avoir été violée le 23 mai 2014 par l’islamologue et un de ses amis au Sofitel de Lyon, où elle devait l’interviewer. « Le 23 mai 2014 je suis en train de donner une conférence à Baltimore devant 10.000 personnes », a-t-il assuré. « Sauf à avoir le don d’ubiquité (…), je n’y étais pas. Je ne suis jamais descendu à l’hôtel Sofitel de Lyon, jamais », s’est défendu Tariq Ramadan. Une affirmation depuis vérifiée et démentie par l’AFP, selon qui la conférence de l’islamologue débutait le lendemain.

« Vous avez menti ! »

Figure longtemps influente mais controversée de l’islam européen, Tariq Ramadan est mis en examen depuis février 2018 pour le viol de deux femmes. Il avait d’abord nié tout rapport sexuel avec les deux premières plaignantes, avant d’être contredit par l’enquête et plaide depuis un an des « relations consenties ».

Il est également visé par deux autres plaintes pour viols, déposées en mars 2018 et juillet dernier, des faits pour lesquels il n’est pas poursuivi à ce jour. Ce vendredi, l’islamologue a maintenu sa version des faits et se dit « victime » d’un « traquenard » fomenté par des « femmes qui ont menti », « manipulé », « planifié ». « Vous aussi avez menti ! », assène Jean-Jacques Bourdin, faisant référence aux dénégations de Tariq Ramadan sur les relations sexuelles qu’il a nié avoir entretenu avec deux plaignantes. « Oui », reconnaît pourtant l’intellectuel. « J’ai voulu me protéger et protéger ma famille. C’était une erreur, j’aurais dû dire la vérité. »

Quand Jean-Jacques Bourdin l’interroge sur de possibles rapports sexuels violents avec ces femmes, l’intellectuel nie encore. « Quand une femme me dit non, c’est non. Je n’ai jamais été violent et je déteste la violence. » Avant d’ajouter : « J’ai été en contradiction avec certains de mes principes dans ma vie. A ceux que j’ai déçus dans la communauté musulmane, je leur présente des excuses. » La reprise de parole de Tariq Ramadan coïncide avec la sortie de son livre, Devoir de vérité (éd. Presses du Châtelet, 2019), à paraître le 11 septembre.