Nice: L'offre de reprise du journal «Nice-Matin» par Xavier Niel rejetée par les salariés

QUOTIDIEN REGIONAL Une contestation qui ne satisfait pas les journalistes du titre qui ont cessé le travail

20 Minutes avec AFP

— 

Le siège du groupe Nice-Matin, à Nice
Le siège du groupe Nice-Matin, à Nice — Valéry Hache AFP

Le feuilleton va continuer autour de Nice-Matin. Après avoir officialisé son rachat de 34 % du quotidien régional, Xavier Niel, copropriétaire du Monde, a vu son offre de reprise rejetée vendredi soir par les salariés actionnaires du journal, détenteurs des 66 % restants, qui ont préféré celle d’Iskandar Safa, propriétaire de Valeurs Actuelles.

Le fondateur de Free avait annoncé en début d’après-midi avoir pris le contrôle des parts détenues depuis 2016 par le groupe belge Nethys. Une acquisition qui lui ouvrait la voie vers 100 % du capital de Nice-Matin en vertu du pacte d’actionnaires.

Les 456 employés, réunis en assemblée générale se sont prononcés à 60 % en faveur du projet concurrent, porté par le magnat franco-libanais qui a fait fortune dans les chantiers navals. Un vote qui entraîne de fait une dénonciation du pacte d’actionnaires.

Les journalistes, opposés à cette décision, cessent le travail

Dans un communiqué, le PDG du groupe, Jean-Marc Pastorino, favorable au projet Safa, a estimé vendredi soir que ce vote marquait « le choix d’un avenir ». Il estime que cette décision « contrecarre une tentative de fraude aux droits des actionnaires salariés ».

Mais la tension était forte au sein du groupe Nice-Matin vendredi soir. Car le collège des journalistes s’est prononcé à une très large majorité (98,33 %) pour l’offre de Niel, par 137 voix contre 6. « Non à Safa ! C’est le message fort et clair qui a été délivré par les journalistes », ont insisté les rédactions du groupe dans un communiqué vendredi soir, en annonçant leur décision de cesser le travail. Une décision qui devrait entraîner l’absence dans les kiosques samedi des titres Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin.

Car avec ce vote pour Iskandar Safa, et la dénonciation du pacte d’actionnaires qu’il entraîne de fait, les journalistes craignent désormais que le groupe soit « plongé dans une bataille judiciaire longue, coûteuse et incertaine ».

« Nous sommes face à deux vérités », a jugé Denis Carreaux, le directeur des rédactions du groupe : « La vérité juridique et économique, qui fait que le pacte d’actionnaires donne un droit de préemption à [Xavier] Niel sur les 66 % du capital détenus par la SCIC, au 1er février 2020. Et la vérité de l’assemblée générale ».

La rivalité Estrosi-Ciotti en filigrane ?

La réaction de Xavier Niel au rejet de son offre par les salariés n’était pas encore connue vendredi soir. Jeudi, dans un courrier qui leur était destiné, le patron de Free avait pourtant tenté d’amadouer les salariés du groupe, en précisant notamment qu’il était disposé à proposer « un prix supérieur » aux 925.000 euros prévus par le pacte d’actionnaires pour le rachat des 66 % détenus par la SCIC. Xavier Niel soulignait également que les salariés qui souhaiteraient rester actionnaires pourraient le faire, à hauteur de 10 à 20 % maximum.

A un an des élections municipales, avec un possible duel entre Christian Estrosi, le maire LR de la ville, et son ancienne éminence grise, Eric Ciotti, cette lutte pour le contrôle de Nice-Matin sera en tout cas scrutée attentivement sur la Côte d’Azur.

Déjà candidat à la reprise de Nice-Matin en 2014, avec d’autres partenaires, Iskandar Safa est lié à la famille Leroy, qui dirige la mairie de Mandelieu-La Napoule depuis près de 25 ans, et incarne l’aile dure de la droite LR, la tendance du député Eric Ciotti. Xavier Niel, lui, est souvent présenté comme proche d’Emmanuel Macron. Et Christian Estrosi, étiqueté « Macron-compatible », a encore appelé les Républicains début juin à travailler dans des « coalitions avec la majorité présidentielle ».