Bolloré fait condamner le Nouvel Obs pour un article sur la Côte d'Ivoire

JUSTICE Un article de l'hebdomadaire faisait état de corruption dans l’attribution de la concession d’un terminal à conteneurs dans le port d’Abidjan

20 Minutes avec AFP

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Vincent Bolloré.
Vincent Bolloré. — ERIC PIERMONT / AFP

Le groupe Bolloré a fait condamner mardi en diffamation le Nouvel Observateur (devenu depuis L’Obs) pour un article paru en février 2014 faisant état de corruption dans l’attribution de la concession d’un terminal à conteneurs dans le port d’Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Cet article consacré à la croissance ivoirienne expliquait notamment que le second terminal à conteneurs du port d’Abidjan, « symbole » de la « corruption » minant les marchés ivoiriens, avait « très étrangement été attribué au même concessionnaire que le premier terminal » auquel il devait faire concurrence, le milliardaire Vincent Bolloré, « qui avait déjà obtenu le premier terminal de gré à gré, sans appel d’offres ».

« En attribuant ce contrat, le pouvoir ivoirien a sans doute aussi voulu faire plaisir à Paris, dont l’aide a été déterminante pour la conquête du pouvoir », poursuivait l’article en soulignant qu'« en cas de nécessité, la force française Licorne (…) pourrait de nouveau intervenir pour sauver le régime » du président Alassane Ouattara.

Propos « diffamatoires »

Le tribunal correctionnel a jugé que ces propos, « imputation d’un fait précis de corruption active voire de corruption active d’un agent d’un Etat étranger », étaient diffamatoires. Si le sujet est d’intérêt général, « force est de constater que la base factuelle produite » par la défense « est insuffisante pour justifier les accusations de corruption portées à l’encontre des parties civiles », les sociétés Bolloré et Bolloré Africa Logistics, a jugé le tribunal.

Lors de l’audience, le 7 mai, l’avocat des journalistes avait plaidé la relaxe en avançant que seul Vincent Bolloré était mis en cause dans l’article et que les sociétés étaient donc irrecevables, demandant, à défaut, qu’ils soient relaxés au bénéfice de la « bonne foi ». Le groupe Bolloré avait pour sa part tenté de démontrer que l’appel d’offres pour la seconde concession avait été exemplaire.

Le tribunal a condamné Laurent Joffrin, alors directeur de la publication du Nouvel Obs, à 1.000 euros d’amende, et le journaliste auteur de l’article à 500 euros d’amende avec sursis. Il a également ordonné le retrait des passages jugés diffamatoires du site de l’Obs lorsque le jugement sera définitif. Tous deux devront verser solidairement 1.000 euros de dommages et intérêts et 2.000 euros au titre des frais de justice à Bolloré et Bolloré Africa Logistics. Les deux sociétés demandaient notamment 15.000 euros de dommages et intérêts chacune.