Mathieu Gallet lance Majelan, mais est-ce bien respectueux pour les podcasteurs?

PODCAST Majelan propose une offre exhaustive de podcasts et de formats audio à écouter. Radio France et les indépendants ne sont pas d'accord

Benjamin Benoit

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Mathieu Gallet, en août 2015.
Mathieu Gallet, en août 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

« Mathieu Gallet lance MAJELAN, la nouvelle plateforme de l’audio sur-mesure », tonne un communiqué de presse enthousiaste. « L’ambition de Majelan est de réinventer la manière d’écouter un programme audio. » Cette application, co-créée par l’ex-PDG de Radio France et Arthur Pericoz, veut s’inspirer de nombreux outils similaires de contenus à la demande. Netflix, Deezer et consorts, mais aussi Luminary, Tooka et Sybel, toutes conçues avec les mêmes usages audio en tête.

Mathieu Gallet avait levé, fin 2018, 4 millions d’euros auprès du fonds Idinvest et de Fabrice Larue et Xavier Niel. A son lancement mardi 4 juin, la plate-forme pouvait se vanter de la présence de 280 000 formats et 13 millions d’épisodes, et propose des fonctions sociales et une offre payante.

En effet, si l’application demande de s’inscrire mais fonctionne sur une base gratuite, elle espère pouvoir percevoir des revenus avec une offre premium à 4,99 euros par mois, pour s’ouvrir l’accès à Majelan + et avoir accès à quelques programmes originaux, dont certains sont produits en interne.

Un podcast gratuit est-il pour autant en libre service ?

Cependant, une frange de podcasteurs indépendants a exprimé son désarroi face à cette nouvelle application. En substance, Majelan permet au tout-venant d’indexer n’importe quel podcast sans même que ses auteurs soient prévenus. Malgré l’argument du partage de podcasts – à la base gratuits, la grogne des producteurs couve.

Imaginons. Vous êtes producteur de podcast. Vous hébergez votre émission quelque part, et la distribuez sur une plate-forme que vous aurez choisi. Quelques questions se posent automatiquement : Majelan peut-elle indexer le fruit votre labeur dans son offre ? Eh oui. C’est du opt-out : on ne choisit pas d’être inscrit sur une application, on ne peut que la quitter.

Luminary, une plate-forme américaine similaire à 100 millions de dollars, agissait de la même manière : en s’emparant d’un écosystème ouvert à tous… dont des flux à l’étranger, et dont les producteurs ne peuvent pas contester directement l’intégration.

Grogne de Radio France

Radio France, qui met systématiquement ses émissions en baladodiffusion, a exprimé les mêmes réserves quant à ce mode de fonctionnement et tient à garder le contrôle sur ses contenus. L’ancienne maison de Mathieu Gallet a, selon Les Echos, bien tenu à exprimer qu’un flux gratuit ne devrait pas être reproduit par le premier venu. Mais à la différence de Radio France, les plus petites « maisons » de podcasts n’ont pas été – et ne peuvent pas systématiquement être – contactées par Majelan.

Le directeur du numérique de Radio France a pointé que Apple, par exemple, ne se sert pas dans les flux, et laisse les producteurs inscrire le leur, tout comme Spotify. S’il se fait entendre, peut-être Majelan modifiera-t-il son mode de fonctionnement pour une pratique plus éthique.