Hommage de correspondants après le suicide du journaliste Arnaud Dubus

PRESSE La branche thaïlandaise de l’Union de la presse francophone a réagi au suicide de leur confrère Arnaud Dubus, soulignant les conditions de travail toujours plus difficiles des correspondants à l’étranger

M.L.

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Arnaud Dubus est décédé à 55 ans à Bangkok.
Arnaud Dubus est décédé à 55 ans à Bangkok. — Capture d'écran Outside News

Il est décédé, lundi 29 avril, en se jetant du haut d’une passerelle du métro aérien, à Bangkok. Arnaud Dubus, journaliste, écrivain et diplomate français, ancien correspondant de Libération, du Temps, de RFI et de Radio France en Asie du Sud-Est, spécialiste de la Thaïlande, a mis fin à ses jours quelques mois avant ses 56 ans.

Il avait mis fin à ses activités de journaliste en octobre 2018, et occupait depuis un poste de porte-parole adjoint à l’ambassade de France en Thaïlande. « Le suicide d’Arnaud nous affecte profondément, nous, ses collègues et amis journalistes francophones, pas seulement parce que nous avons perdu un ami irremplaçable, un puits d’érudition et de sensibilité, une clé essentielle de cette Asie du sud-est si mystérieuse, mais parce que le drame d’Arnaud Dubus reflète aussi celui de la mort du métier de correspondant de presse », écrivent ses anciens confrères et consœurs de la branche thaïlandaise de l’Union de la presse francophone (UPF), dans un texte publié sur les réseaux sociaux et repris par le Club de Médiapart.

Dans ce texte, les journalistes racontent comment celui qui « était considéré comme l’une des meilleures plumes francophones sur l’Asie du Sud Est » a vu ses conditions de travail se dégrader, et le nombre de commandes des médias français baisser. Jusqu’à devoir abandonner son métier de journaliste, ce dont « il ne s’est jamais remis ».

Des correspondants sans couverture sociale

« Ses propositions d’articles restaient néanmoins souvent sans suite et il nous avait confié qu’à Paris, dans certaines rédactions, on snobait un peu cet exilé aux allures de jeune homme timide – et qui ne la ramenait pas : l’Extrême Orient, quand il ne s’agit ni du Japon, ni de la Chine, n’intéresse pas grand monde. » Souffrant de dépression, Arnaud Dubus avait dû arrêter son traitement, « faute d’une couverture sociale à l’étranger ».

Cet exemple tragique met en valeur la précarisation grandissante des journalistes pigistes basés à l’étranger. Les membres de l’UPF évoquent ainsi le bas salaire des pigistes, « de 600 à 1.500 euros dans les bons mois » pour Arnaud Dubus, ainsi que l’absence de salaire fixe et de protection sociale pour nombre d’entre eux.

A cela s’ajoute le difficile renouvellement des visas de presse pour des correspondants à l’étranger, forcés de cumuler différentes activités d’appoint. « En l’absence de contrat de travail avec leurs employeurs, qui doivent néanmoins se fendre d’une lettre où ils reconnaissent utiliser les services du journaliste en question - beaucoup rechignent d’ailleurs à accorder cette fastidieuse faveur ! - les correspondants pigistes s’efforcent de justifier comme ils le peuvent leur statut auprès des autorités locales, avec la peur chaque année de se voir prier de quitter le territoire, qu’ils soient nouveaux venus ou expatriés de longue date avec conjoint et enfants. »