Sondage #MoiJeune : «Je suis un porte-drapeau, mais ça m’encombre un peu», explique Elise Lucet

INTERVIEW Elise Lucet est la personnalité féminine préférée des 18-30 ans réunis au sein de la communauté #MoiJeune de 20 Minutes selon un sondage exclusif réalisé par OpinionWay

Benjamin Chapon

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Elise Lucet
Elise Lucet — E.Guyon/France 2
  • 20 Minutes a donné la parole au groupe #MoiJeune, une communauté de 18-30 ans, pour connaître leurs personnalités en activité préférées.
  • Côté femmes, la journaliste Elise Lucet arrive en tête.
  • « Flattée et honorée », elle a parlé à 20 Minutes de sa vision du métier de journaliste dans le contexte de forte remise en question que connaît la profession.

Elle est la Française préférée des 18-30 ans ! Elise Lucet, journaliste et présentatrice d’Envoyé spécial sur France 2, connue pour ses investigations parfois musclées et sa manière offensive d’interroger certains puissants interlocuteurs, a été spontanément citée par notre panel #MoiJeune, dans un sondage* réalisé par OpinionWay.

Du côté des hommes, c’est Alexandre Astier qui arrive en tête. Chez les femmes, Elise Lucet partage le podium avec Florence Foresti et Marina Foïs. « Je n’aurais pas imaginé qu’Elise Lucet arriverait en premier, s’étonne Eléonore Quarré, directrice d’études au département opinion et politique de l’institut de sondage d’Opinionway. Mais après réflexion, elle répond au rejet des représentants institutionnels, elle a tendance à attaquer l’ordre établi, à faire des reportages un peu poil à gratter. »

20 Minutes a demandé à la journaliste de réagir à ce sondage.

Votre première place dans notre sondage de personnalité préférée des 18-30 ans vous surprend-elle ?

C’est une très bonne surprise ! Je suis d’autant plus flattée et honorée que cela vient d’une communauté jeune, et cela montre que notre travail intéresse aussi ce public-là. C’est un très bon signal pour nous.

Nous ?

Je sais qu’à travers moi, ils ne reconnaissent pas que moi. Ce journalisme-là - d’enquêtes, de grands reportages, d’investigations – ne se fait qu’en équipe. Je prends ça comme un encouragement collectif. On a reçu pas mal de prix il y a deux ans, pour Cash Investigation ou certains reportages d’Envoyé spécial, et j’essaye toujours de faire venir mon équipe pour les recevoir.

Malgré tout, c’est bien vous qui avez été citée. Vous êtes une star…

Oui, je sais que je suis devenue une sorte de porte-drapeau, mais peut-être un peu trop. Ça me dérange un peu, ça m’encombre. En interview politique, OK, il y a une part de travail et de talent personnels, mais pour les enquêtes abouties, on n’est rien sans une équipe. Je me vois plus en cheffe d’équipe qu’en star de l’investigation.

Mais dans Cash Investigation, vous mettez en scène vos arrivées théâtrales, vos interviews…

Oui, ça fait partie du jeu. Cette « célébrité » aide et dessert à la fois. Certaines personnes répondent plus facilement quand c’est moi qui appelle plutôt que les journalistes de mon équipe, mais pour d’autres… quand ils me voient arriver… Je suis devenue leur bête noire.

Par extension, cette distinction rejaillit-elle sur France 2 ?

J’espère ! Nous avons le service public chevillé au corps et je sais que notre indépendance, nous la devons au statut de la chaîne et au volontarisme de notre présidente, Delphine Ernotte.

Votre travail est très scruté, notamment par les médias. La critique des médias par les médias, est-ce utile selon vous ?

Bien sûr. Je travaille pour les téléspectateurs, qui sont eux-mêmes très vigilants, mais la critique, mesurée, et juste, des consœurs et confrères est aussi très utile. Ça nous fait évoluer.

Les médias sont la cible de nombreuses critiques depuis quelques années, notamment à propos du manque de représentativité des rédactions.

Alors ça c’est un vrai problème qui conduit à un journalisme trop professoral et trop installé contre lequel j’ai voulu lutter. Les choses évoluent mais trop lentement. Les rédactions doivent absolument s’ouvrir, accueillir des journalistes venus de tous les milieux sociaux, de toutes les origines, des gens qui ont des parcours différents. C’est fondamental, même si je suis contre la politique des quotas sur ce sujet. Pour ce qui est des femmes, c’est réglé. La profession s’est féminisée, y compris aux postes de directrices.

Au-delà de ça, de nombreux citoyens n’accordent plus leur confiance aux médias traditionnels. Est-ce justifié selon vous ?

Il faut que nous fassions évoluer notre profession. Être journaliste, c’est avoir le doute pour métier, être dans la remise en question permanente. On ne peut pas s’installer dans des prérequis. Moi, quand j’ai dit que j’allais retourner sur le terrain, mes collègues ne m’ont pas compris. Je ne donne pas de leçon mais s’éloigner du terrain, selon moi, c’est se tromper de A à Z.

Il y a aujourd’hui une forte appétence pour les médias qui privilégient les directs sans montage, les formats courts, la diffusion sur les réseaux sociaux… Que pensez-vous de cette évolution ?

Il faut que différents médias existent. Un média comme Brut, ça nous bouscule, ça nous questionne, nous journalistes. C’est très positif. Et cela correspond à une nouvelle manière de consommer l’information qui est positive. Cette délinéarisation a réconcilié certains publics avec les médias. D’ailleurs, je trouve que les audiences de nos émissions sur YouTube, nos réseaux sociaux ou notre site ne sont pas assez prises en compte. Il y a aussi des reportages dont on peut montrer l’intégralité sur YouTube ou notre site, alors qu’à l’antenne, on a une contrainte de durée.

Pourriez-vous réaliser une enquête en Facebook live ?

Non, ce n’est pas notre propos. Nous travaillons sur un temps long, d’enquête. Nous avons besoin du montage pour expliquer des choses parfois complexes. Mais nous n’avons rien à cacher. Il nous est arrivé au moins une dizaine de fois que nos interlocuteurs filment eux-mêmes nos interviews. On est très à l’aise avec ça.

* Etude OpinionWay réalisée en ligne du 22 au 24 janvier 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 845 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.