Chronique ratée de Frédéric Beigbeder: Retour sur plusieurs décennies de frasques en tout genre

DANDY Frédéric Beigbeder lâche sa chronique sur France Inter après le ratage intégral de celle de jeudi dernier...

Anne Demoulin

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L'écrivain Frédéric Beigbeder à Paris le 23 janvier 2018.
L'écrivain Frédéric Beigbeder à Paris le 23 janvier 2018. — IBO/SIPA
  • Frédéric Beigbeder a réalisé une chronique très gênante jeudi sur France Inter.
  • Il a indiqué par la suite au « Parisien » que « ce n’était pas terrible et qu’il valait mieux qu’on arrête ».
  • « 20 Minutes » revient sur toutes ces fois où Beigbeder a défrayé la chronique.

Trois minutes gênantes qui ont déçu les auditeurs de France Inter. Frédéric Beigbeder arrête le billet qu’il tenait chaque semaine depuis août 2016, puis seulement un jeudi sur deux depuis la rentrée, après son fiasco dans la matinale de jeudi. Il ne quitte pas France Inter : « Je participe toujours au Masque et la Plume, et on va réfléchir à d’autres choses, chercher d’autres idées. Je ferai d’ailleurs une dernière chronique dans la matinale du 29 novembre. Ça va être bien rigolo », promet-il ce lundi dans les colonnes du Parisien.

Si depuis quelques mois, l’écrivain est devenu un néorural en s’installant à Guetary, le village de ses vacances d’enfance sur la côte basque, il demeure l’enfant terrible des nuits parisiennes. Retour sur les coups d’éclat et frasques de l’écrivain dandy.

Membre du « Club des anal­pha­bètes cons, mais atta­chants »

Sa légende dit qu’il a commencé sa vie de fêtard à 12 ans, chez Castel. Ce bien né de Neuilly-sur-Seine fréquente aussi les bancs des lycées Montaigne et Louis le Grand, puis ceux de Sciences Po. Il y fonde un cercle de noceurs avec ses amis Edouard Baer, Emma­nuel de Brantes et Jean-François Copé, le Caca’s Club, acronyme du Club des Analphabètes Cons mais Attachants, qui attire l’attention d’un autre noctambule notoire, un certain Thierry Ardisson. Créatif dans une agence de pub le jour, il écume les nuits parisiennes pour Elle, Paris Match ou encore VSD. Le dandy rapportera ses tribulations éthyliques de chroniqueur mondain parisien dans son premier roman, Mémoires d’un jeune homme dérangé.

Pris le nez dans le sac

Dans sa chronique de jeudi, l’écrivain noctambule a poussé trop loin la caricature de ce jet-setteur insouciant en retour de soirée à l’image des excès décrits dans ses ouvrages. « J’avais vraiment écrit une chronique super-brillante […] mais je l’ai perdue hier soir vers 3 heures du matin dans une nouvelle boîte », se justifiait-il dans son billet. On se souvient que dans la nuit du 28 au 29 janvier 2008, le « Che Guevara du Flore » avait été pris le nez dans le sac, en train de sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture, pris en flagrant délit par les forces de l’ordre. Placé en garde à vue, Frédéric Beigbeder sera finalement relâché à l’issue de son audition. L’écrivain déraille comme Octave, le héros de son roman 99 francs. L’événement nourrit Un roman français, récit autobiographique couronné du prix Renaudot.

Nu comme un ver

Le chroniqueur a présenté l’émission Des livres et moi en mars 2002 sur Paris Première, totalement nu… Tout comme ses invités, sous prétexte qu’il recevait Guillaume Dustan et l’entarteur Noël Godin, deux auteurs qui ont la révolte à fleur de peau. Dans le plus simple appareil, il a montré qu’il était capable de croiser les arguments en croisant les jambes.

Il a posé nu également dans la chronique de Dora Tillier, la miss météo du Grand Journal de Canal +,  afin d’assurer la promotion du retour en kiosques du magazine masculin coquin des années 1970, Lui, qu’il a dirigé jusqu’en 2017. Il arborait pour l’occasion un superbe cache-sexe : l’imposant Goncourt Les bienveillantes de Jonathan Littell. Le secret de son corps d’ath­lète ? « Une sexua­lité débri­dée », répond l’af­fran­chi en promo pour L’ideal.

« Touche pas à ma pute »

Une sexualité libre qu’il défend en plein débat sur la loi pour « la lutte contre le système prostitutionnel » en 2013. Frédéric Beigbeider est l’un des premiers signataires d’un manifeste intitulé «Touche pas à ma pute» et désigné comme celui des 343 « salauds », paru dans Causeur le 30 octobre. « Nous aimons la liberté, la littérature et l’intimité. Et quand l’Etat s’occupe de nos fesses, elles sont toutes les trois en danger. Aujourd’hui la prostitution, demain la pornographie : qu’interdira-t-on après-demain ?" interroge le texte. Parodiant le slogan antiraciste « Touche pas à mon pote » et se plaçant dans la lignée des « 343 salopes » qui osèrent en 1971 proclamer qu’elles avaient avorté, le texte suscite un immense tollé.

« Les 343 "salopes" appelaient à disposer de leur corps ? C’est aussi ce que les prostituées demandent, quand bien même les féministes prétendent savoir à leur place ce qu’elles doivent faire (…) Les 343 "salauds" ne demandent absolument pas à disposer du corps d’autrui : nous parlons de relations entre adultes consentants et nous condamnons avec la plus grande force les trafics humains et toute prostitution non choisie par les intéressées », défend-il alors. Une tribune qui n'avait pas plu à tout le monde

Fan de Woody Allen

« Si c’est pour qu’il y ait des procès, c’est bien. Il y a des lois, il faut les appliquer. Mais détruire la vie des gens par la délation numérique, je trouve cela effrayant », a déclaré Frédéric Beigbeder dans les colonnes d’Elle fin décembre 2017, faisant référence aux mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc. Pas étonnant qu’il crée la polémique quelques semaines plus tard en prenant la défense du cinéaste Woody Allen, accusé d’abus sexuel par sa fille, dans son billet hebdomadaire du 25 janvier sur France Inter.

« Depuis que la semaine dernière, sa fille adoptive Dylan Farrow a réitéré ses accusations d’agressions sexuelles sur la chaîne américaine CBS, les amoureux de Woody Allen subissent une pression infernale », a-t-il ainsi lancé. Et de conclure : « En France, nous savons distinguer la vie personnelle de l’auteur de son œuvre. L’homme privé ne nous regarde pas. A la rigueur, il regarde la justice de son pays, qui l’a déjà inno­centé deux fois, mais nous devons sépa­rer l’art de l’ar­tiste. » De quoi se faire clouer au pilori, une fois encore.

« Fuck les réseaux sociaux »

« Puni » par Facebook après avoir publié une photo du téton de Mireille Darc, Frédéric Beigbeder lance un appel à quitter Facebook le 2 novembre 2017. « Je rêve du jour où Facebook ne sera plus qu’un gadget passé de mode, l’équivalent numérique du scoubidou », assène-t-il. Il avait déjà en 2011, au micro d’Europe 1, critiqué la dématérialisation du livre et promis sa « main dans la gueule » à ceux qui pirateraient ses livres. « Tout le monde me sort un couplet progressiste et scientiste, comme quoi les écrans c’est merveilleux », avait-il déclaré. Et d’annoncer la disparition du livre dans « 5 à 10 ans » : « Non les écrans ce n’est pas merveilleux, c’est effrayant et on l’a vu déjà pour l’industrie du disque : il n’y a plus de disquaire ! »

Sous le masque du dandy, les lignes de cocaïne et les cocktails d’excentricité et de provocation, Frédéric Beigbeder rêve avant tout de J. D. Salinger et de F. Scott Fitzgerald. « Je veux que les gens se disent que je suis un raté », explique-t-il. «J'aime les “losers magnifiques”», confie-t-il.