PMA pour toutes: Pourquoi les médias donnent-ils la parole à l’Église catholique?

DEBAT «Le Parisien» a fait sa une sur Mgr Aupetit, archevêque de Paris, qui appelle «les catholiques à se mobiliser»…

Laure Beaudonnet

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La Une du Parisien du 30 septembre 2018.
La Une du Parisien du 30 septembre 2018. — CAPTURE TWITTER
  • Le Comité d’éthique a ouvert la voie à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules en réaffirmant mardi qu’il y était favorable.
  • A cette occasion, Le Parisien a fait sa une sur l’archevêque de Paris qui appelle « les catholiques à se mobiliser ».
  • Cette une a fait réagir des lecteurs qui questionnent la légitimité de l’Église catholique pour s’exprimer sur ce sujet.

La parole de l’opposition à la PMA pour toutes les femmes se libère et les médias ne lui font pas obstacle. Le Parisien a consacré sa une dimanche à Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, qui appelle « les catholiques à se mobiliser » après que le Comité consultatif national d’éthique s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, seules et homosexuelles.

L’intervention de ce haut dignitaire de l’Eglise en France a fait réagir de nombreux lecteurs sur Twitter, dont Marc-Olivier Fogiel. Certains se sont étonnés de voir la presse ouvrir ses colonnes à l’Église catholique -et plus largement à l’opposition- sur cette question, surtout dans un contexte où l’église est secouée par des scandales d’abus sexuels. Vendredi, un auditeur de France Inter a également critiqué auprès du médiateur de Radio France le choix d’inviter deux opposants pendant le grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé. Pourquoi la presse donne-t-elle la parole à l’église sur la question de la PMA ?

Un journal des opinions

« Le Parisien est un journal qui se positionne toujours sur les débats de société, pour nous c’est un sujet essentiel », insiste ce lundi Stéphane Albouy, directeur des rédactions du Parisien. Il rappelle d’ailleurs que le quotidien a consacré plusieurs unes les jours qui ont précédé l’avis du Comité d’éthique. « Le mardi précédent, la question du positionnement du Comité faisait la une du journal avec des témoignages de couples de femmes qui parlaient de leur projet de vie et qui expliquaient pourquoi il était essentiel que la loi évolue en France ». Pour le directeur des rédactions, il est important de rappeler que Le Parisien est un journal des opinions, où tous les points de vue se confrontent.

D’ailleurs, dans le même journal, un autre article était consacré à la demande du magazine Témoignage chrétien de créer une commission d’enquête parlementaire sur les abus sexuels dans l’église. « Il y a même une tribune des infirmières sous le titre "Les sages-femmes doivent pouvoir pratiquer l’IVG" », rappelle-t-il. Accuser Le Parisien de donner une plus large place aux opposants à la PMA est « une analyse totalement fausse ». Et le quotidien n’attend pas les sujets polémiques pour faire réagir l’église.

« Toutes les religions ont leur mot à dire »

« Le Parisien nous a sollicités au sujet de la PMA pour toutes la semaine dernière, comme l’a fait RTL quelques jours plus tôt, mais c’est un journal qui traite régulièrement des affaires religieuses, note Karine Dalle, directrice de la communication du Diocèse de Paris. De nombreux médias veulent recueillir la parole de Mgr Aupetit « car il vient d’arriver ( il a été nommé archevêque de Paris en décembre 2017) », note la déléguée diocésaine à la communication qui admet toutefois qu’on entend moins les autres religions s’exprimer dans la presse sur le sujet.

« Toutes les religions ont leur mot à dire, mais aujourd’hui, ceux qui se sont positionnés et qui ont apporté des éléments au débat de manière plus volontaire, à travers la Conférence des évêques et à travers l’Archevêque de Paris, c’est l’Eglise, admet Stéphane Albouy. Elle avait joué un rôle important dans le débat autour du mariage pour tous ». Il n’est pas dit qu’elle soit la seule à jouer un rôle cette fois. Le gouvernement a prévu de présenter avant la fin de l’année un projet de loi qui sera discutée par le Parlement début 2019. Le débat vient à peine de commencer.