«Que Jean-Pierre Pernaut parle de son cancer est bénéfique pour tous les patients»

INTERVIEW Le professeur François Desgrandschamps, chef du service urologie de l’hôpital Saint-Louis à Paris explique à « 20 Minutes » pourquoi il est important que des personnalités évoquent publiquement les maladies dont elles souffrent…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Jean-Pierre Pernaut sur le plateau du «13 Heures» de TF1.
Jean-Pierre Pernaut sur le plateau du «13 Heures» de TF1. — BENOIT FLORENCON / TF1

« Je dois m’absenter quelque temps de la présentation du JT de 13H. J’ai en effet subi une intervention chirurgicale pour un cancer de la prostate. Tout va bien. » Mardi, c’est sur Twitter que Jean-Pierre Pernaut révélait au public pourquoi il était remplacé aux commandes de son journal par Jacques Legros en raison de problèmes de santé. En faisant cela, le journaliste de TF1​ a joué la carte de la transparence et pris les devants sur les rumeurs potentielles sur son état de santé qui n’auraient pas manqué de courir. Il n’empêche, cette démarche est rarissime pour une personnalité française.

François Desgrandchamps, le chef du service urologie à l’hôpital Saint-Louis (Paris 10e) explique à 20 Minutes dans quelle mesure une initiative de ce genre peut être profitable.

Est-ce important que des personnalités comme Jean-Pierre Pernaut évoquent ouvertement le cancer dont elles souffrent ?

C’est important que des hommes publics en parlent, pour dédramatiser la situation. Cela va bénéficier à tous les patients qui sont concernés par la maladie. Jean-Pierre Pernaut est une figure nationale, il a l’image de quelqu’un de droit, de régulier. C’est un peu Monsieur Tout-le-monde. Cela leur montre que ça arrive aussi aux autres, qu’ils ne sont pas seuls. Cela permet aussi de dissiper des clichés et des préjugés. Certains pensent qu’un cancer de la prostate implique de porter des couches, par exemple. C’est une image détestable, qui est fausse, mais qui reste dans l’esprit de la population générale.

C’est assez nouveau en France…

On a cinq ou six années de retard par rapport aux Etats-Unis. Le cancer de la prostate a une image liée à l’altération des fonctions urinaires et de perte de la virilité. Il y a plusieurs ouvrages, plusieurs témoignages, qui sont parus en librairie. Dans son livre [Un très grand amour], Franz Olivier Giesbert ne parle pas de sexe, que de problèmes urinaires. Le plus lourd, le plus profond, c’est L’Ablation de Tahar Ben Jelloun, dans lequel on se rend compte dans quelles inquiétudes et dans quel désespoir sont plongés les hommes qui souffrent de cette maladie. C’est important de pouvoir en parler pour pouvoir les aider. Ce n’est plus tabou, ce n’est plus honteux.

Il faut donc en parler davantage ?

C’est très bien que les personnalités publiques s’expriment mais ce n’est pas pour autant qu’il faut que chaque homme en parle à tout le monde. C’est de l’ordre de l’intime et, si les gens éprouvent le besoin d’en parler, ils le peuvent, évidemment. Mais le conseil que je donne aux patients en consultation, c’est d’en parler seulement aux personnes dans leur entourage le plus proche en mesure de les aider.

Pourquoi ?

Le cancer fait peur aux biens portants. Quand quelqu’un, par exemple, dit avoir un cancer du poumon, immédiatement la réponse est « Est-ce qu’il fumait ? » Car l’être humain bien portant ne supporte pas que l’on puisse tomber malade simplement à cause du destin, il faut qu’il y ait une cause. La deuxième chose, c’est que l’on jugera le patient à l’aune des traitements qu’il a reçus. Une personne qui reprend le travail après avoir eu un cancer, si elle a une baisse de forme, on dira d’elle : « Il n’est plus le même depuis qu’il a eu un cancer. » Troisième chose, quand on annonce à quelqu’un qui n’est pas très proche que l’on a un cancer, ce sera marqué définitivement sur notre front. Si vous en guérissez, vous n’y penserez plus constamment mais soit les gens vous éviteront parce que ça leur rappelle qu’on peut tomber malade, soit ils vous en parleront tout le temps.