Impayés, dette et «mauvaises surprises»... Pourquoi la reprise de «XXI» et «6Mois» est délicate

INFO 20 MINUTES Des photographes des deux titres, qui n'ont pas été payés pour leur travail, réclament leurs droits d'auteur: plus de 80.000 euros sont en jeu... 

Nils Wilcke

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Des photographes de 6Mois et XXI se mobilisent pour se faire payer leur travail.
Des photographes de 6Mois et XXI se mobilisent pour se faire payer leur travail. — MIGUEL MEDINA/AFP
  • Des photographes indépendants qui ont travaillé pour les revues 6Mois et XXI réclament le paiement de leurs droits d'auteur.
  • L'ancien propriétaire, Laurent Beccaria et le repreneur des titres, La Revue dessinée, se renvoient la responsabilité de cette dette. 
  • Le repreneur propose aux photographes de régler 50% de la somme. Ces derniers refusent.

Ils sont en colère. Des photographes indépendants de la prestigieuse revue 6Mois sont mobilisés depuis plusieurs mois pour obtenir le règlement de leur travail. Selon nos informations, ils ont été rejoints par leurs confrères de XXI le week-end dernier. En tout, une quarantaine d’entre eux réclame leurs impayés, selon Pascal Meunier, photographe indépendant, qui coordonne le mouvement.

Pour comprendre comment ils ont pu se retrouver dans cette situation, il faut revenir quelques mois en arrière. Le 24 mars, la société Rollin, éditrice du magazine Ebdo, annonce la fin de la revue deux mois et demi seulement après son lancement en grande pompe, alors que ses dirigeants avaient avancé avoir deux ans de trésorerie devant eux. En réalité, la situation financière d’Ebdo était déjà délicate avant le premier numéro. Le magazine, qui vient de publier une enquête sur des soupçons de viol et harcèlement sexuel concernant Nicolas Hulot, met la clef sous la porte. Sa chute entraîne dans son sillage les autres titres de Rollin, le populaire mook XXI et la revue 6Mois.

Plus de 80.000 euros d’impayés

Ces deux publications font l’objet d’offres de reprise qui sont soumises à un vote des salariés. Ces derniers portent leur choix sur la proposition de la Revue dessinée et d’Hugues Jallon, PDG du Seuil. Au détriment de l’offre présentée par Thierry Mandon, ancien directeur de la publication d’Ebdo, soutenue par Laurent Beccaria, le médiatique fondateur et patron de Rollin, également directeur des éditions Les Arènes.

Selon nos informations, l’un des repreneurs, Franck Bourgeron, le fondateur et rédacteur en chef de la Revue dessinée, s’est engagé à régler les impayés devant les rédacteurs en chef de XXI et 6Mois. « J’ai en effet fait confiance aux repreneurs et répercuté leur engagement à payer les auteurs du numéro 15 de 6Mois », confirme à 20 Minutes Marie-Pierre Subtil, ancienne rédactrice en chef de 6Mois. Il y en aurait pour plus de 80.000 euros.

L’ex-rédacteur en chef de XXI, Christophe Boltanski, confirme cet engagement et revient sur le contexte de la reprise : « Quand nous avons appris que XXI était en cessation de paiement à cause de la fin d’Ebdo, nous étions en plein bouclage pour le numéro d’avril. Comme nous payons à publication et que nos comptes ont été gelés, nous nous sommes retrouvés dans l’incapacité de régler nos collaborateurs ».

Mauvaises surprises au moment de la reprise

« Oui, je me suis engagés à reprendre cette dette », confirme Franck Bourgeron. Comment expliquer alors que ces photographes n’ont toujours pas reçu leur dû ? Le rédacteur en chef de la Revue dessinée met en avant des « mauvaises surprises » au moment de reprendre les titres. « Au lieu des 10.000 abonnés promis par l’ancien propriétaire, on en a eu seulement 7.200 ».

Les regards se tournent aussi vers l’ancien responsable d’Ebdo, Laurent Beccaria. « Il devrait payer les indépendants, au nom de sa responsabilité morale et surtout, pour permettre à XXI et 6Mois de survivre », assure un ancien élu salarié d’Ebdo à 20 Minutes, qui souhaite garder l’anonymat.

Laurent Beccaria se défausse sur les repreneurs

Contacté par 20 Minutes, Laurent Beccaria ne nie pas « la responsabilité morale » qui est la sienne. « Les auteurs de 6Mois et XXI ont été lésés par cette situation c’est évident. Je sais leur fragilité et leur colère », avance-t-il.

Laurent Beccaria se défausse sur les repreneurs : « La Revue dessinée et Le Seuil, dont le PDG cosigne les éditoriaux et qui appartient à l’un des trois plus gros groupes d’édition en France, sont des entreprises solides, assure-t-il. Ils ont récupéré à bas prix deux joyaux et ils ont la puissance et la surface financière pour assumer la continuité éditoriale de ces deux titres. Ils ne vont pas rester longtemps en risque juridique vis-à-vis des auteurs ». Autrement dit, le directeur des éditions Les Arènes considère que la responsabilité des impayés revient aux nouveaux propriétaires de XXI et de 6Mois.

Les négociations se poursuivent

« Sans les auteurs - quel que soit leur mode d’expression, textes, images, dessins, photos, gravures… - les revues sont menacées, explique l’ex-élu des salariés d’Ebdo. Laurent Beccaria préfèrerait-il voir les revues mourir plutôt qu’elles ne se déploient vers d’autres horizons mais sans lui ? ».

D’autres sources qui ont travaillé pour l’ancien magazine pensent que le directeur des éditions des Arènes aurait pour projet de lancer une nouvelle revue. Laurent Beccaria balaye ces accusations. « Je n’ai aucune envie de les voir mourir. C’est stupide (…) Je n’ai aucun projet dans les cartons. C’est un rideau de fumée ».

En attendant, les photographes de XXI et de 6Mois veulent être payés. Après de nombreux échanges avec Pascal Meunier, Franck Bourgeron propose aux indépendants de leur « régler 50 % de la dette tout de suite ». « Je comprends le mécontentement des photographes, dit-il. C’est un cas très douloureux pour nous ». « Les auteurs refusent cette offre, réagit Pascal Meunier. On a fait un boulot, ils se sont engagés, ils doivent payer ».