Non, il n’y a pas «que des Blancs» dans la rédaction de «Libération»

FAKE OFF Si la rédaction de Libération compte moins de 10% de personnes « perçues comme non-blanches », elle n'est pas composée « que [de] Blancs » contrairement à ce qu'affirme « La Gauche m'a tuer »...

Alexis Orsini

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La publication Facebook affirmant à tort que la rédaction de Libération est exclusivement blanche.
La publication Facebook affirmant à tort que la rédaction de Libération est exclusivement blanche. — Capture d'écran
  • Selon « La Gauche m'a tuer », blog d'opinion proche de l'extrême droite, Libération a « avoué » que sa rédaction ne compte « que des Blancs ».
  • Il reprend un article de CheckNews, la rubrique de factchecking de Libération, qui revient sur cette réputation.
  • Libération y reconnaît que sa rédaction est majoritairement blanche... mais pas exclusivement (et de moins en moins).

« La rédaction de Libé est-elle "blanche"? » Le 3 juillet, CheckNews, le service de « factchecking à la demande » de Libération, entend répondre à cette question récurrente chez ses lecteurs, qui s’interrogent sur le manque supposé de diversité dans sa rédaction. 

Une semaine plus tard, le blog d’opinion « La Gauche m’a tuer », proche de l’extrême droite, rebondit sur le sujet pour interpeller son propre lectorat : « Le journal Libé qui fait la leçon d’antiracisme avoue "qu’il n’y a que des Blancs dans sa rédaction". Partagez massivement ».

Or, si CheckNews revient en détail sur le manque de diversité dans la rédaction de Libération et les efforts entrepris en la matière, le quotidien « n’avoue » à aucun moment ne compter « que des Blancs dans sa rédaction ».

FAKE OFF

La réputation de rédaction « exclusivement » blanche attribuée à Libération découle notamment d’une photo d’une partie de l’équipe prise sur la terrasse du journal en novembre 2015, avant son déménagement dans de nouveaux locaux. Le cliché, qui montre une majorité de salariés blancs, alimente donc depuis les critiques contre un média qui « donne des leçons d’antiracisme » mais contribue à « l’entre-soi », comme on peut notamment le lire sur Twitter.

La même année, Johan Hufnagel, directeur des rédactions de l’époque, décidé à faire de Libération un journal de « la normalité », tente de favoriser la diversité au sein de sa rédaction. Une évolution qui passe nécessairement par les recrutements, comme il l’explique en détail à CheckNews.

Mais l’une de ses citations dérange visiblement « La Gauche m’a tuer » : « Tu regardes Libé, à l’intérieur de Libé, et aussi à ce qu’on donnait à montrer dans les images en une, il y avait un vrai problème de représentation des minorités visibles. »

Le blog d’opinion dénonce en effet un procédé ressemblant « furieusement à de la statistique ethnique, ce qui reste interdit en France » et dresse un parallèle osé avec « un autre recensement ethnique, que Robert Ménard avait effectué en 2015 dans les écoles de Béziers concernant les enfants musulmans et qui lui avait valu l’ouverture d’une enquête de la part du procureur de la République et nombres d’articles furibards dans la presse ».

Or Johan Hufnagel n’affirme nullement avoir procédé à un tel recensement – passible d’une peine de 5 ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende par l’article 226-19 du code pénal. Il déclare simplement avoir mis l’accent sur la diversité dans le recrutement opéré ces dernières années, qui a permis d’intégrer des journalistes « des minorités visibles » : « Est-ce que l’on doit appeler cela de la discrimination positive ? De la "positive action" ? J’en sais rien. Je l’ai fait de manière informelle. On a réussi à le faire pendant un PSE [Plan de sauvegarde de l’emploi, ndlr] et pendant une phase où le journal n’était pas très à l’aise sur le plan des recrutements. »

Une rédaction encore majoritairement blanche, mais pas exclusivement

Dans sa réponse, CheckNews détaille clairement l'évolution du journal en matière de diversité, alors que le titre comptait un unique pigiste des « minorités visibles » il y a encore quelques années : « Sommes-nous une rédaction "blanche" ? On l’a été. On l’est encore. Ça a changé un peu. On part de loin. »

Le service de factchecking précise en outre : « A ce jour, les personnes "perçues comme non-blanches" représentent moins de 10% de la rédaction écrivante de Libération. Des services (c’est encore le cas de CheckNews) sont uniformément "blancs". » Mais ce n’est plus le cas à l’échelle du quotidien.

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