Pourquoi la presse n'a pas publié les noms des cyber-harceleurs de Nadia Daam?

JUSTICE Ils étaient désignés par leurs pseudos sur le forum jeuxvideo.com dans les comptes rendus des médias...

V. J.

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Nadia Daam, chroniqueuse pour Europe 1
Nadia Daam, chroniqueuse pour Europe 1 — Capture Dailymotion / Europe 1

Ils ont tous deux été condamnés à six mois de prison avec sursis et 2.000 euros d’amende. Mardi se tenait au tribunal correctionnel de Paris le procès des cyber-harceleurs de Nadia Daam, jugés pour menaces de mort et de viol. L’un avait posté un photomontage avec la tête de la journaliste sur le corps d’un otage de Daech, tandis que l’autre avait écrit « la milf brunette, je lui remplis sa petite bouche de mon foutre », le tout sur un forum du site jeuxvideo.com. Or, si la presse a mentionné leurs âges, métiers et région d’habitation dans sa couverture du procès, médias et journaux - dont 20 Minutes - ont désigné les prévenus par leurs pseudos sur le forum, respectivement TintinDealer et Quatrecenttrois, et non par leurs noms complets. Pourquoi ?

« Est-ce qu’on peut être plus intelligents qu’eux »

La question s’est invitée au fil des lives (tweets) du procès, et la première réponse est venue d’Eric Morain, l’avocat de Nadia Daam lui-même : « A ceux qui réclament que  les noms complets des harceleurs de Nadia Daam soient publiés. Est-ce qu’on peut être plus intelligents qu’eux et ne pas, de nouveau, exciter une meute ? » Des membres du forum de jeuxvideo.com avaient, eux, été jusqu’à publier l’adresse du domicile de Nadia Daam, ainsi que le nom de l’école de sa fille, etc.

La journaliste judiciaire au Monde, Pascale Robert-Diard, a fait écho aux propos d’Eric Morain dans la conclusion de son compte-rendu du procès : « A ce stade, le lecteur se demande peut-être pourquoi ces deux hommes ne sont pas désignés ici sous leur véritable identité. La question s’est posée. On a d’abord pensé, spontanément, que ce ne serait que revanche bien sentie à l’égard de ceux qui se permettent tout sous anonymat. Après réflexion – car dans le monde réel, on réfléchit avant d’écrire –, on se dit que c’est inutile ».

« Les incarner un minimum avec leur vrai prénom »

Du côté de Franceinfo, «pendant le live tweet, nous n’avons pas donné les noms car nous n’avions pas leur orthographe exacte et nous sommes donc restés sur les pseudonymes, cités à de nombreuses reprises par la juge », explique le journaliste Thomas Baïetto, présent sur place. « Nous avons ensuite eu une réflexion sur le fait de donner leur nom complet, continue-t-il, au sujet de son portrait consacré aux harceleurs. Mais le but n’était pas de les jeter en pâture. » Le site d’info décide alors de ne publier que leur prénom, « comme on le fait pour d’autres affaires jugées au tribunal correctionnel ».

Selon Thomas Baïetto, « il s’agit d’un bon équilibre entre l’intérêt informatif (besoin d’éléments de portrait) et notre responsabilité de leur éviter d’être pris à partie. Ces personnes comparaissent pour s’expliquer sur leurs agissements : on n’est plus dans le virtuel des pseudos, mais dans le concret et la réalité. Ils répondent de leurs actes et c’est logique, dans ce cas, de les incarner un minimum avec leur vrai prénom ».