Loi contre les «fake news»: «Réduire le dispositif aux périodes électorales est absurde»

ANALYSE L’analyste des médias François Jost évoque pour « 20 Minutes » la pertinence du projet de loi sur les « fake news » que les députés ont commencé à examiner ce jeudi…

Propos recueillis par F.R.

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Photo d'illustration sur les fausses informations - En Malaysie, une femme consulte son téléphone portable devant une affiche d'une campagne contre les «fake news» en mars 2018.
Photo d'illustration sur les fausses informations - En Malaysie, une femme consulte son téléphone portable devant une affiche d'une campagne contre les «fake news» en mars 2018. — Vincent Thian/AP/SIPA

Ce jeudi, l’Assemblée nationale a commencé à examiner le projet de loi sur les fake news visant à lutter contre « la manipulation de l’information » en période électorale. Les propositions, porté par le groupe La République en marche (LREM) est loin de faire l’unanimité de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pour Marine Le Pen (FN), il s’agit d’un texte « liberticide », pour Christian Jacob (LR), le dispositif relève de la « police de la pensée », tandis que Jean-Luc Mélenchon (LFI) parle de « grossière tentative de contrôle de l’information », selon Jean-Luc Mélenchon – et ce ne sont là que trois exemples parmi de nombreuses autres critiques. Pourquoi ce texte pose-t-il question ? Tentative de réponse avec l’analyste des médias, François Jost.

Pourquoi le projet de loi sur les fake news fait-il à ce point débat ?

Elle est très décriée notamment par l’extrême droite qui a fait usage de fake news lors de la dernière élection présidentielle [ Marine Le Pen avait avancé que Emmanuel Macron disposait d’un compte offshore aux Bahamas]. Que dit cette loi ? Elle demande aux sites d’avoir la même rigueur que les autres médias et/ou supports en faisant en sorte que les journalistes vérifient leurs sources et recoupent leurs informations. S’ils ne font pas ce travail éditorial, ils encourent des sanctions. Ils ne pourront plus se laver les mains de donner la parole à n’importe qui. Il y a sur Internet une sorte de course de vitesse qui pousse certains à ne pas prendre soin de vérifier ce qu’ils avancent, comme on l’a vu récemment avec le journaliste russe qui simulé sa mort pour, prétendument, déjouer une tentative d’assassinat.

La loi sur la liberté de la presse de 1881 met en garde contre la diffusion des « nouvelles fausses ». N’est-elle pas suffisante ?

C’est une manière de réactualiser le texte de 1881 rédigé dans une situation de guerre, un contexte donc bien différent d’aujourd’hui. Et bien sûr, cela permet de prendre en compte qu’avec Internet la propagation des fake news est amplifiée.

Cette loi est donc, selon vous, positive ?

La question qui se pose, c’est : pourquoi l’application de cette loi se réduirait-elle aux périodes électorales ? On peut comprendre les raisons puisque Emmanuel Macron en a été victime et il a donc des motivations personnelles pour s’attaquer à ce sujet. Mais avancer ainsi qu’il est possible de dire n’importe quoi à une certaine période et non à une autre est absurde.