«Je suis "Le Point"»: «Charlie Hebdo» prend la défense de l'hebdomadaire après sa une sur Erdogan

MEDIAS Dans un édito, le directeur de la rédaction Riss a défendu la liberté d’expression, et le droit de qualifier le chef de l’État turc de « dictateur »…

C.W.

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La Une du «Point» sur Erdogan.
La Une du «Point» sur Erdogan. — AP/SIPA

La semaine dernière, une une du Point titrant « Le dictateur. Jusqu’où ira Erdogan ? », a suscité la colère des partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan. Sous la pression de groupes de militants, certains kiosquiers ont même retirer l'affiche de l'hebdomadaire, face aux menaces. A Pontet (Vaucluse) notamment, la mairie a demandé à la société d’affichage de remettre l’affiche, ce qui a été fait, provoquant l’arrivée d’une vingtaine de partisans d’Erdogan. La gendarmerie a alors envoyé plusieurs hommes pour maintenir l’ordre.

Des tentatives de censure que n’a pas supportées Charlie Hebdo. Mercredi, Riss, le directeur de la rédaction, a apporté son soutien à l’hebdomadaire, en publiant un édito intitulé « Je suis Le Point ».

« La peur existe déjà dans les médias »

« Les fascistes, car c’est ainsi qu’ils méritent d’être qualifiés, qui ont utilisé la menace et l’intimidation pour faire disparaître de l’affichage un magazine d’un pays libre démontraient sans s’en rendre compte la pertinence de cette couverture », écrit Riss, ajoutant « ils ne veulent pas qu’on qualifie Erdogan de dictateur, mais ils se comportent en serviteurs de la dictature ».

Au-delà de ce cas, Charlie Hebdo évoque ensuite les nombreuses menaces qui pèsent sur la liberté d’expression. « La peur existe déjà dans les médias. La liberté d’expression est devenue frileuse avec des sujets comme la religion, et en particulier l’islam. Il faut y réfléchir à deux fois avant d’écrire ou de dessiner qui que ce soit sur ces sujets devenus ultrasensibles », estime Riss. Le directeur de la rédaction met alors en garde contre « la remise en cause de notre modèle libéral de pensée », « les termites ont déjà commencé de dévorer les fondements de nos libertés fondamentales ». « Il faut des siècles pour gagner quelques centimètres de liberté d’expression. Et seulement une seconde d’indifférence pour tous les perdre », conclut-il. Une prise de position et un soutien qu’a remercié Le Point dans un article mercredi.