Mois des fiertés : Louise Morel nous explique « Comment devenir lesbienne en dix étapes »

GENIE LESBIEN « Quels que soient votre âge, votre situation de couple ou de famille, et quel qu’ait été votre passé, votre futur peut être lesbien ! » C'est sur ces lignes que débute « Comment devenir lesbienne en dix étapes », le dernier ouvrage de Louise Morel

Pauline Ferrari
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Louise Morel
Louise Morel — Moritz Reininghaus

On pourrait juger la formule provocatrice, comme si on devenait lesbienne d’un coup de baguette magique, façon recette de cuisine. Comme si on enfilait notre cape de super-lesbienne, la nuit tombée, pour aller conquérir le monde. Comme si l’orientation sexuelle était un choix, argumentaire et poncif de certains homophobes. Pourtant, une fois passée la quatrième de couverture de Comment devenir lesbienne en dix étapes, de Louise Morel, publié le 3 juin dernier aux Editions Hors d’Atteinte, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de ça.

« Nous sommes très nombreuses à avoir arpenté les terres désolées de l’hétérosexualité avant de rejoindre le pays de Cocagne lesbien », écrit l’autrice qui vit désormais à Berlin. « Quel que soit votre âge, votre situation de couple ou de famille, et quel qu’ait été votre passé, votre futur peut être lesbien » ajoute-t-elle, pleine de promesses. Sous la forme d’un guide pratique façon développement personnel, Louise Morel explore en dix chapitres le chemin intérieur de celles qui se rendent compte que l’hétérosexualité ne leur convient pas, ou plus, et qui se retrouvent parfois perdues quand il s’agit d’explorer leur désir pour les femmes.

« J’ai dû trouver mes propres réponses à plusieurs questions : où rencontrer des femmes qui aiment les femmes ? Comment s’assurer discrètement que la femme à qui l’on fait la conversation n’est pas hétéra jusqu’au bout des ongles ? Mais aussi : comment aborder une femme, quand on a été habituée à ce que les autres fassent toujours le premier pas ? » poursuit l’autrice un peu plus loin.

Car quand on vit dans une société où l’hétérosexualité est la norme, difficile d’emprunter d’autres voies.

Couverture du livre
Couverture du livre - Editions Hors d'atteinte

On ne naît pas lesbienne, on le devient ?

Louise Morel nous raconte qu’elle a eu l’idée de son second livre pendant les corrections du premier, Ressource Humaine (Editions Hors d’Atteinte) , sorti il y a quelques mois. « Je racontais à mon éditrice que j’étais soulagée de ne plus être hétéro, et que ce serait cool de faire un guide pour les femmes qui voulaient voir la lumière » raconte-t-elle en riant. De la blague, son éditrice l’a prise au mot, et Louise Morel écrit vite. « Après MeToo, il y a eu une prise de conscience de ce qui se jouait dans l’intime, qui nous a conduits à interroger comment ça se passe dans l’unité fondamentale des relations hommes femmes qu’est le couple hétérosexuel ». D’autant que ces derniers mois, de nombreux autres ouvrages questionnant l’hétérosexualité ont vu le jour : Sortir de l’hétérosexualité (Editions Binge Audio) de Juliet Drouar, Réinventer l’amour (Editions Zones) de Mona Chollet, ou encore Révolution amoureuse (Editions Binge Audio) de Coral Herrera Gómez.

Pour l’autrice, son livre est aussi né du constat que le mot sexualité était symétrique d’hétérosexualité : « Quand je suis devenue lesbienne, ça nécessitait certains changements, que ce n’était pas si simple ». Loin d’être un caprice, questionner nos relations amoureuses et intimes paraît essentiel. Et pour certaines femmes, commencer à avoir des relations avec des femmes est une envie de longue date, parfois cachée, parfois terrorisante, parfois récente.

« La réalité, c’est que sortir de l’hétérosexualité est parfois complexe. La réalité, c’est que certaines d’entre nous ont passé des mois à se demander qui elles étaient, qui elles aimaient, ce qu’elles voulaient », écrit Louise Morel.

Mini-guide pratique pour se sentir légitime

Sous forme de mini-guide pratique, Louise Morel aborde les lieux de rencontre entre femmes, l’histoire des luttes lesbiennes, les premières fois, le coming-out, la lesbophobie intériorisée, se créer une famille choisie… « On a repris le code du développement personnel en les détournant : la multiplicité des étapes permet de montrer que le chemin est long, et qu’il n’est jamais fini ! Cela permet d’ouvrir de nouveaux horizons de questionnements, plus joyeux et libres » nous explique l’autrice.

D’autant que l’autrice explique dans son livre qu’elle a passé 30 ans à être hétérosexuelle, et qu’elle ne s’est pas de suite sentie légitime à se dire lesbienne. « La première fois que je suis allée à la Mutinerie [bar LGBTQ + à Paris, N.D.L.R.], en manteau beige et cheveux longs, je n’étais pas très à l’aise ! Mais cela m’a ouvert les yeux sur le fait que je n’étais pas seule à avoir eu ce type de parcours » ajoute-t-elle. Dans son livre, elle s’adresse à celles qui n’ont pas toujours su, qui se sont découvertes sur le tard, celles qui sont encore attirées (parfois, ou souvent, ou un peu) par des hommes, celles qui ont peur de mal faire. Et leur porte un regard bienveillant, sans jugement.

Pour celles qui doutent

Si on n’a pas la morning routine d’une bonne lesbienne ou la recette magique pour faire jouir une femme, Comment devenir lesbienne en dix étapes permet d’ouvrir la voie, et de rassurer celles qui se sentiraient seules. Le livre est ponctué de références à d’autres ouvrages, films, séries, podcasts pour aller plus loin. « Pour moi, c’est le rôle de littérature ! Les livres ont joué ce rôle de personnes référentes à certains moments. L’orientation sexuelle, ça se construit aussi dans le collectif, à travers les œuvres culturelles » nous raconte Louise Morel.

Mais surtout, montre la joie que cela lui procure. « On parle beaucoup des violences LGBTphobes, et à raison, mais c’est loin d’être la seule trame de nos vies. Cette joie lesbienne, elle est cachée, niée tout le temps » ajoute l’autrice. Louise Morel pose la sortie de l’hétérosexualité comme un chemin à explorer, un voyage dont on ne revient pas indemne, où on « doute beaucoup et on se trompe quelques fois ». Quelque chose qui change qui on est, notre rapport d’être au monde. Et nous invite à parcourir les terres du « pays de Cocagne lesbien », sans honte.