« Vers Calais, en Temps ordinaire » : James Meek sort la peste noire des manuels d'Histoire

RECIT HISTORIQUE « Vers Calais, en Temps ordinaire » de James Meek est paru en janvier 2022 chez Éditions Métailié

Alain Raimbault membre de la communauté 20 Minutes Livres.
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«Vers Calais, en Temps ordinaire»
«Vers Calais, en Temps ordinaire» — Éditions Métailié
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  • Aujourd'hui, « Vers Calais, en Temps ordinaire » de James Meek, paru le 21 janvier 2022 aux Éditions Éditions Métailié.

Alain Raimbault, contributeur du groupe de lecture  20 Minutes Livres, vous recommande Vers Calais, en Temps ordinaire de James Meek, paru le 21 janvier 2022 aux Éditions Éditions Métailié.
 

Sa citation préférée :

 « Il y a parmi eux un gaillard, Buisse, celui qui transporte les corps et les met en terre, et que chacun tenait pour un gueux malfaisant. Il fut l’un des premiers infectés, et le voilà de nouveau sain. Nul ne saura jamais ce qui motive les choix du Tout-Puissant. Chacun devrait assister à la messe et prier ses chapelets, allumer des cierges, demeurer sec et frais, boire les simples qu’il faut, répandre de l’eau bénite sur le seuil de sa maison, se garder du vent du sud, mais en dernier ressort, tout repose sur la providence. »

 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que l’auteur, grâce à une profusion de détails, nous présente de manière très réaliste l’arrivée de la peste noire dans le sud de l’Angleterre en 1348. Mais plus que cette épidémie et ses ravages, ce sont les descriptions des mœurs de l’époque qui fascinent car les agissements des personnages sont mus par des valeurs oubliées ou inconnues aujourd’hui : amour courtois ; fidélité à son maître ; supériorité de classe pour la noblesse ; quête ou désir de liberté des serfs ; hiérarchie religieuse ; omniprésence des valeurs chrétiennes dans toutes les sphères de l’existence ; peur du Malin.
  • Parce qu’il y a toujours une surprise, un étonnement à lire les réactions et les motivations des protagonistes. Je dirais même qu’il y a là une forme de suspense. Chaque question est extraordinaire, et chaque réponse à la fois surprenante et instructive. Aussi, la grande question intime est de savoir à quel point chaque personnage se sent coupable, et est-ce qu’il accédera finalement au paradis chrétien ?
  • Parce que la fin de l’époque médiévale présentée est fascinante. L’Angleterre est encore chrétienne et catholique. La société est féodale et chacun est le serviteur ou le vassal d’un autre. Les Anglais sont comme d’habitude en guerre contre les Français. Du reste, le récit fragmentaire de la bataille de Crécy deux ans plus tôt à travers les yeux d’un archer anglais est saisissant de vérité. Le lecteur suit les volées de flèches anglaises et constate le massacre des chevaliers français bien peu organisés, très beaux dans le soleil, et très morts le soir.
  • Parce que la quête de l’amour vrai et de la liberté de la noble Bernardine fait de celle-ci le personnage le plus courageux, celui qui va le plus changer aux cours de l’histoire. De la jeune fille lectrice passionnée par Le Roman de la Rose, promise à un mariage arrangé par son père avec un vieux barbon, elle va devenir une femme lucide et bien trop indépendante pour son époque. Aussi, le porcher qui se sent Hab un jour et sa sœur Madlen le lendemain est des plus modernes, des plus révolutionnaires. Il transgresse de manière jubilatoire tous les codes de l’époque.
  • Parce que la langue est un véritable feu d’artifice, pour lequel il faut saluer au passage le remarquable travail de traduction de David Fauquemberg. L’auteur ne pastiche pas une langue anglaise médiévale mais invente la sienne, inédite, en tortillant quelque peu la syntaxe, en usant de mots vieillis, en malmenant parfois le latin et en citant des prières. Et parfois des chansons. Juste pour le plaisir des mots, ce livre est un trésor. Dans le Temps ordinaire de la liturgie chrétienne, il se passe en ce voyage épique vers Calais des événements extraordinaires !
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. La noble Bernardine fuit son manoir pour retrouver un bel amant. En même temps, Will Quate s’engage dans une compagnie d’archers en route vers Calais. Plus au sud de l’Angleterre, on dit que la pestilence décime les populations.

Les personnages. Sire Guy, père de Bernardine. Bernardine, jeune fille épouvantée par le mariage arrangé par son noble père. Will Quate, laboureur qui deviendra archer ; Laurence Haket, le noble et jeune amant. Cécile de Goincourt, dite Cess, une Française prisonnière d’un archer violent nommé Douceur. Thomas, érudit.

Les lieux. Sud de l’Angleterre.

L’époque. 1348, lors de la Peste noire.

L’auteur. James Meek est né à Londres en 1962 puis a grandi en Écosse. Journaliste international, il a aussi publié plusieurs romans, traduits dans de nombreux pays.

Ce livre a été lu avec ravissement, pour l’époque, pour la langue, pour le destin tortueux des personnages.

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