« Six pieds sur terre »: Antoine Dole propose une autre manière de devenir père

RENTREE LITTERAIRE « Six pieds sur terre » de Antoine Dole est paru en août 2021 chez Robert Laffont

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.
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Six pieds sur terre
Six pieds sur terre — Robert Laffont
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  • Aujourd'hui, « Six pieds sur terre » de Antoine Dole, paru le 26 août 2021 aux Éditions Robert Laffont.

Marceline Bodier, bookstagrameuse et contributrice  du groupe de lecture 20 Minutes Livres, vous recommande Six pieds sur terre de Antoine Dole, paru le 26 août 2021 aux Éditions Robert Laffont.
 

Sa citation préférée :

« S’il parvient à remonter le fil de cette larme, il pourra réparer ce qui doit l’être. »
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que le titre est à lui seul tout un programme : comment vivre quand sa mère est six pieds sous terre ? Le simple fait d’essayer de maintenir la tête hors de l’eau est une douleur… alors se hisser six pieds plus haut, est-ce possible ? Antoine Dole excelle à décrire cette enfance infiniment mortifère et à nous faire ressentir l’étouffement dans lequel bascule Jérémy à quinze ans. Mais il n’y a pas de complaisance dans la souffrance, car mettre des mots sur une douleur indicible, c’est la condition nécessaire pour espérer la surmonter : le véritable enjeu du livre est là.
  • Parce que l’enfance de Jérémy n’est pas la seule qui est marquée par ce qui se trame en souterrain : Camille a certes grandi auprès de sa mère, mais celle-ci est immature et sa fille a compris depuis la petite enfance qu’elle devait la protéger et inverser leurs rôles. « C’est ce qu’on a demandé à Camille depuis qu’elle est née : être un écran de douceur pour rendre la douleur acceptable ». Jusqu’où est-il possible d’aller pour rester cet écran ? Cette question, inscrite au cœur de la personnalité de Camille, renouvelle singulièrement les impasses du jeu amoureux…
  • Parce que la rencontre de Jérémy et Camille semble programmée : il a besoin d’une mère ; elle a besoin d’être la mère de tous ceux chez qui elle devine une souffrance. Mais il n’a pas besoin de n’importe quelle mère, mais de la sienne : par quelle folie accepter ce que Camille lui offre ? Et elle a besoin que l’autre accepte ce qu’elle lui offre et joue le jeu qu’elle lui propose : Jérémy est-il capable de faire autre chose que semblant de lui emboîter le pas ? Somme toute, et si ce n’était pas une rencontre, mais un jeu de dupes ?
  • Parce que les éléments du drame sont réunis : un jour, Camille cherche forcément à devenir elle-même mère… Mais comment faire dans une histoire sans père ? Celui de Jérémy s’est effondré quand sa femme a disparu, celui de Camille n’a jamais existé. Dans ces conditions, comment la perspective de devenir père pourrait-elle avoir le moindre sens pour Jérémy ? « A l’intérieur de Jérémy, tout est verrouillé sur les mots de son père ». Tout le livre suit le chemin qui déverrouillera ces mots et permettra à Jérémy d’inventer sa propre manière de devenir père.
  • Parce que finalement, ce n’est pas un drame, bien au contraire. L’enfant naît, et il s’appelle Noah. Il « est né et c’est la preuve pour Jérémy que quelque chose en lui existait, cherchait à se tracer un chemin dans les ténèbres et la peur ». De très sombre, très souterrain, écrit dans une langue qui creuse très loin dans les possibilités de dire une douleur ineffable, le roman devient très simple et lumineux : la vie avance, et nous pouvons avancer avec elle. « On apprend, c’est tout. À vivre. » Mais pour y arriver, suivez le chemin aux côtés de Jérémy et Camille.
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Dans l’appartement de Jérémy et Camille, une tache grandit sur le mur. Un dégât des eaux la fait apparaître, agissant de manière invisible. Elle devient la métaphore de ce qui se trame à l’intérieur de Jérémy : Camille peut-elle être un mur assez solide pour y faire barrage ?

Les personnages. Camille et Jérémy sont lestés de l’histoire de leurs mères : femme-enfant pour Camille, femme six pieds sous terre pour Jérémy. De leurs pères, aussi : inexistant pour Camille, hors-jeu pour Jérémy. Autant dire qu’ils sont la pointe émergée de deux icebergs qui entrent en collision…

Les lieux. Le titre annonce la couleur : on ne sait pas si on est sur terre, ou en dessous ; ni si on est au cœur du couple de Camille et Jérémy, ou au cœur des couples qui les ont fait naître. Somme toute, on ne sait pas si on est dans la vie, ou au-dehors… mais on saura par quel chemin sortir de l’impasse.

L’époque. Peu importe que l’époque soit contemporaine car ce qui compte, c’est que la vie de Jérémy s’est arrêtée quand il avait 15 ans. La disparition de sa mère a tout figé. Pour revenir dans le présent, il faudra suivre un parcours symbolique dont l’horloge est celle du temps intime.

L’auteur.  Antoine Dole est déjà très connu sous le nom de M. Tan, auteur de la série Mortelle Adèle. Avec son premier roman, il montre qu’il est un grand écrivain qui n’a pas besoin du support graphique pour nous faire voyager au cœur brûlant d’émotions extrêmes.

Ce livre a été lu avec une très grande admiration pour un auteur dont la carrière est bien installée, mais qui sait se réinventer là où on ne l’attendait pas. C’est sans doute cela, un artiste.

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