« Le serpent majuscule » de Pierre Lemaitre est aussi noir que drôle

POLAR « Le serpent majuscule » de Pierre Lemaitre est paru en mai 2021 chez Albin Michel

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.
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Le serpent majuscule
Le serpent majuscule — Albin Michel
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  • Aujourd'hui, « Le serpent majuscule » de Pierre Lemaitre, paru le 12 mai 2021 aux Éditions Albin Michel.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture 20 Minutes Livres, vous recommande Le serpent majuscule de Pierre Lemaitre, paru le 12 mai 2021 aux Éditions Albin Michel.

Sa citation préférée :

La police n’entretient pas avec le hasard des relations aussi amicales que la vie elle-même.
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que c’est un roman noir qui ne ressemble à rien que j’aie déjà lu, même si ce n’est pas le premier livre à mettre en scène une terrifiante psychopathe qui opère sous la couverture la plus innocente, celle d’une vieille dame un peu perdue et un peu… j’allais écrire « gaffeuse », mais je me reprends : est-ce que tuer la mauvaise cible, c’est gaffer ? C’est en tout cas une des nombreuses réjouissantes questions que vous allez pouvoir vous poser dans ce roman écrit par l’auteur de l’inoubliable Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013.
  • Parce que rien n’est habituel dans ce roman, pour lequel le mot « déjanté » aurait été inventé s’il était sorti au moment où il a été écrit, en 1985. Une tueuse à gages ? Oui, mais médaillée de la résistance pour des faits qui font pourtant froid dans le dos. Une retraitée paisible dans un pavillon de banlieue ? Oui, mais il s’en passe de belles dans son jardin… Une vieille dame qui maîtrise tout ? Hum. Elle perd la tête, ne se rappelle plus si elle a suivi le protocole, s’emmêle les crayons et trouve toujours le moyen de se rattraper… dans le crime.
  • Parce que c’est un roman parsemé de meurtres, qui n’épargne pas les personnages attachants, qui s’en prend même à leurs bêtes, et n’oublie même pas au passage de rendre la tueuse à gages presque sympathique quand on la voit se tromper de manière totalement ridicule (et effrayante). Je me suis surprise à trembler qu’elle ne soit découverte… et c’est moi qui ai trahi ma nature de lectrice idéale, celle qui « attend du sang, de la mort, c’est-à-dire de l’injustice » (dans la fiction), comme le dit l’auteur dans la préface.
  • Parce que la manière dont l’histoire se dénoue vaut à elle seule le détour. Si je vous dis que Mathilde ne s’en sortira pas indemne, je ne vous divulgâche pas grand-chose : on s’en doute bien, et de toute façon, l’intérêt du roman ne réside pas dans le suspense… mais on se demande vraiment comment elle va être piégée, et on n’est pas déçu : le retour de bâton ne vient pas de là où on aurait pu l’attendre. Un roman qui a l’air tout tracé et qui réussit à nous surprendre quand même à la fin, voilà une manière renouvelée pour un serpent de se mordre la queue !
  • Parce que c’est peut-être la réflexion sur la vieillesse la plus horrible et jubilatoire possible, écrite par un jeune homme de 35 ans qui l’exhume au moment où il a doublé cet âge. Les regrets, les chagrins d’amour, les occasions manquées, l’impossibilité de rattraper le temps perdu sont des thèmes qui traversent le livre. Pris par l’histoire, on ne s’y arrête pas. Mais quand on le repose, on se prend à se dire que le calendrier de publication fait terriblement sens… heureusement qu’on est rassurés sur le fait que Pierre Lemaître a mené une carrière qui laisse peu de places aux regrets !
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Mathilde est une tueuse à gages efficace et parfaite – dans son domaine. Mais il faut croire que ce métier use, car elle n’a que 63 ans et pour elle, c’est déjà l’âge de la confusion… qui survivra à sa dernière équipée sanglante ?

Les personnages. Personne n’est ce qu’il semble être : Mathilde est l’honorable veuve d’un médecin (et tueuse à gage), Vassiliev est inspecteur de police (et amoureux timide), Henri est « le commandant » (mais on se demande ce qu’il commande, à part des meurtres)…

Les lieux. On voyage beaucoup dans Le serpent majuscule, on visite Paris et sa région, on traverse la France, on prépare sa fuite vers des destinations de rêve… Et comme de juste, le plus terrifiant se cache dans la proximité et la tranquillité des lieux les plus banals du quotidien.

L’époque. Le roman a été écrit en 1985 et l’auteur y a laissé de nombreuses traces qui fleurent bon les années 1980 : cabines téléphoniques, magnétoscopes… et bien sûr, il n’y avait pas de technologies qui nous suivaient pas à pas. Mais peu importe : ce qui piège les humains, c’est toujours eux-mêmes !

L’auteur. On ne présente plus Pierre Lemaitre, Goncourt qui réconcilie avec le concept de Goncourt. Lui, en revanche, continue de se présenter : Le serpent majuscule est à la fois son premier roman (écrit en 1985, jamais publié) et son dernier roman noir il n'en publiera plus). Je l’ai adoré !

Ce livre a été lu avec l’immense plaisir de passer un moment de détente et de lâcher-prise face à un roman qui ne me donnait pas envie de faire des hypothèses, mais juste de me laisser porter par son savant mélange d’horreur et d’humour. Après tout, les histoires de papier sont là pour ça !

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