« Place aux immortels »: Patrice Quélard primé pour son roman sur la gendarmerie en temps de guerre

HISTOIRE Prix de la Gendarmerie nationale, « Place aux immortels » de Patrice Quélard est sorti le 18 mars 2021 chez Plon

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.
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Place aux immortels
Place aux immortels — Plon
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  • Aujourd'hui, « Place aux immortels » de Patrice Quélard, prix du Roman de la gendarmerie nationale, paru le 18 mars 2021 aux Éditions Plon.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture  20 Minutes Livres, vous recommande​ Place aux immortels de  Patrice Quélard, lauréat du  prix du Roman de la gendarmerie nationale paru le 18 mars 2021 aux Éditions Plon.

Sa citation préférée :

 L’anticonformisme de leur chef avait quelque chose de grisant, qui finissait par les mettre eux-mêmes en valeur.

 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que c’est un roman qui met en lumière le rôle méconnu de la gendarmerie en temps de guerre. Méconnu, ou alors, quand il est connu, décrié : les gendarmes, ce sont « les cognes », ceux qui obligent les soldats à monter au front, tout en restant, eux, dans leur « prévôté » à l’arrière des lignes. C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle ironiquement « immortels ». Loin de cette image, non seulement le livre n’est pas manichéen, mais même, il montre comment il est possible aux gendarmes de jouer leur rôle en le basant sur la solidarité, la fraternité, la justice.
  • Parce qu’à ce stade, vous avez compris que c’est un roman pour vous, les hommes, avec blagues potaches et autres moments d’amitié virile. Il y a d’ailleurs très peu de personnages féminins : ils jouent des rôles secondaires et essentiellement épistolaires. Mais qui oserait dire que les lectrices ne sont pas des lecteurs comme les autres ? On se rend bien compte que ça n’empêche pas les émotions : crainte, espoir, joie, tristesse, déception, tout y est.
  • Parce que Cognard enquête de son propre chef sur des suspicions d’exécutions sommaires maquillées en suicides. Le livre aborde donc un sujet extrêmement dérangeant et peu traité : le meurtre légal. Or, cette question ne peut être étrangère à aucun citoyen, fût-il citoyenne : elle nous concerne tous, même si nous n’avons jamais envie d’y réfléchir. Que préférez-vous : ignorer, ou savoir, pour pouvoir soit accepter, soit vous opposer ? Ce livre fait de nous des citoyens plus éclairés.
  • Parce que c’est un livre sur des événements qui ont un siècle, mais qui s’avère très moderne quand il détaille la manière dont Cognard s’y prend pour se faire respecter et approuver par ses hommes. On a même envie de prononcer le terme, pourtant contemporain, de « management » ! Comment faire un travail considéré comme un travail de planqué, d’une manière qui gagne l’approbation, la reconnaissance et le respect de ceux qui le méprisaient ? Cognard montre exactement comment il s’y prend, et c’est bien un modèle de management.
  • Parce que la manière dont il s’y prend, c’est l’inverse de la guerre. Certes, elle offre le contexte, elle est le sujet du livre, et le titre du livre est tiré d’une citation de Maurice Barrès. Mais le fond du livre, ce n’est pas la guerre, mais une fraternité humaine dont nous gagnerions à nous inspirer en temps de paix. Elle fait écho aux difficultés du salariat d’aujourd’hui, avec son cortège de facteurs psychosociaux de risque au travail, en décrivant un monde où on a le droit de douter, de regretter, de s’excuser, sans être condamné. Exactement ce qui nous manque.
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Être un homme en 1914, c’était tragique. Être un gendarme (un cogne), c’était pire… Alors être un homme, gendarme, et soupçonner l’armée de couvrir des règlements de compte sommaires, c’était certainement l’antichambre de l’enfer. Ou alors, l’occasion de montrer qu’on peut faire face à tout ?

Les personnages. Le livre est traversé de références à Don Quichotte : Cognard, l’homme de la Manche « rêveur et idéaliste » avec son cheval Rossinante ; Bellec, un Sancho Pança « pragmatique ». Et les moulins à vent contre lesquels ils vont se battre, ce sont les « gens qui brassent plus d’air qu’ils n’agissent. »

Les lieux. L’action se déroule dans la Somme, à quelques kilomètres du front. La précision a son importance, car c’est cette distance qui fait la spécificité de la gendarmerie. Et pourtant, les protagonistes sont plongés au cœur de la tragédie de la guerre à plusieurs reprises… et voient leur rôle redéfini.

L’époque. Quand le livre commence, en 1914, cela faisait déjà un siècle que les gendarmes étaient ironiquement qualifiés d’immortels parce qu’ils ne montaient pas en première ligne. Pourtant, quand une guerre s’étire sur une éternité, ils ne sont pas moins mortels que les autres…

L’auteur. L’œuvre de  Patrice Quélard est déjà très fournie, du polar au scénario de bande dessinée satirique. Avec Place aux immortels, il a remporté  le prix du Roman de la gendarmerie nationale, avec un certain  Maxime Chattam dans le jury : cela lui a (enfin) ouvert les portes d’une grande maison d’édition.

Ce livre a été lu avec la certitude d’avoir lu un livre qui s’adresse à l’intelligence plus qu’à l’émotion. Patrice Quélard est un auteur qui surprend à chaque livre, sauf sur un point : on ne s’ennuie jamais en le lisant.

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