« Rattrapage » de Vincent Mondiot : Une lycéenne rongée par les remords le jour du bac

HARCELEMENT SCOLAIRE « Rattrapage » de Vincent Mondiot est paru en avril 2019 chez Actes Sud Junior

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.
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Rattrapage
Rattrapage — Actes Sud Junior
  • Les lectures coups de coeur, ça se partage.
  • Avant la Journée de lutte contre le harcèlement scolaire, le 5 novembre, notre communauté vous recommande chaque jour un livre évoquant ce sujet.
  • Aujourd'hui, « Rattrapage » de Vincent Mondiot, paru le 3 avril 2019 aux Éditions Actes Sud Junior.

Avant la Journée de lutte contre le harcèlement scolaire, le 5 novembre, Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture 20 Minutes Livres, vous recommande Rattrapage de Vincent Mondiot, paru le 3 avril 2019 aux Éditions Actes Sud Junior.

Sa citation préférée :

Un peu de dignité, s’il te plaît. Dresse-moi ton majeur, plutôt.
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce qu’il est question du harcèlement d’un adolescent l’année du bac, par un groupe d’adolescents reconnu comme « la caste royale » du lycée, parmi lesquels « la reine », qui livre le long monologue intérieur du livre. Des ados « aux deux extrêmes de la chaîne alimentaire lycéenne » : une histoire où on se doute de tout, mais où on ne sait que lentement. Un peu à l’inverse de la narratrice qui nous livre son monologue intérieur : elle a toujours tout su, mais elle a douté trop lentement…
  • Parce qu’aucun personnage n’est particulièrement sympathique : ni la harceleuse (ce qui est la moindre des choses), caricature des fantasmes masculins ; ni le harcelé, dont on ne sait rien si ce n’est qu’il correspond à un stéréotype de geek négligé, peut-être fasciné par les tueurs en série. Pas de manichéisme, donc… mais un point commun : tous, même la harceleuse, ont intégré le stéréotype qu’ils incarnent, au point que la harceleuse en est prisonnière jusqu’à la nausée. Et si c’était ça, le début du harcèlement : une impossibilité générale à se décoller d’étiquettes stéréotypées ?
  • Parce que le livre refuse aussi le manichéisme des explications : l’adolescente harceleuse sait bien que le passage à l’acte de son camarade harcelé, « image d’Épinal de l’adolescent à problèmes », a aussi d’autres raisons. La victime serait responsable de son martyr : révoltant ? Non, car il n’y a pas d’ambiguïté sur la responsabilité de la « caste royale » des lycéens. En revanche, cela vient rappeler que ce n’est pas un hasard si le harcèlement vise les plus fragiles : le problème est plus vaste que celui des rivalités entre coteries de jeunes, et vient aussi interroger les adultes.
  • Parce que l’histoire est vue du côté de la souffrance du bourreau qui, depuis le drame, ne supporte plus rien à part être dénigrée et rabaissée. Révoltant ? Attention, il ne s’agit pas de s’apitoyer sur un bourreau, encore moins de l’excuser : il s’agit plutôt de faire entrer dans la tête de quelqu’un qui n’a pas été puni, mais qui se sait coupable, ce qui l’entraîne vers une autopunition sans fin. Ne pas punir le bourreau, c’est une injure faite à la victime, mais c’est aussi empêcher le bourreau d’avoir une autre identité que celle de bourreau, ce qui est très risqué…
  • Parce que des titres de tableaux fictifs ponctuent le texte : « Rires ivres et envies de meurtres », « Chaussures sacrifiées »… Ils ponctuent les pensées d’une adolescente habituée à être la reine et à avoir les projecteurs braqués sur elle, même dans un monologue intérieur qui ne présente que l’envers du décor. C’est peut-être le plus glaçant : trop habituée au miroir des réseaux sociaux qui ont amplifié la mécanique du drame, la harceleuse a beau se repentir, elle n’arrive pas à se défaire du réflexe d’esthétiser ses actes et ses pensées. Pour le lecteur, c’est une vraie mise en garde.
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. « Il me demande si je vais tenter de le repasser. Retourner au lycée pour encore un an. Je lui dis que oui. Qu’à défaut d’avoir rattrapé mon bac, je vais essayer de rattraper l’année qui vient de s’écouler. » « Il » : le harcelé. « je » : son bourreau. Pourquoi et comment… c’est l’objet du livre.

Les personnages. « Caste royale », « cassos », majorité silencieuse (incarnée par « la rousse aux yeux de poisson ») qui soutient aveuglément la caste royale : quand on définit des protagonistes comme ça, on ne voit pas comment ça pourrait bien finir…

Les lieux. Les couloirs du rattrapage du bac. Avec, à rattraper, ce qui s’est passé dans la salle de philo, et qui est bien plus lourd… la porte de sortie viendra peut-être d’un lieu qui n’existe plus, le paradis perdu d’une enfance qu’on ne peut plus rattraper, mais qui est commun au harcelé et sa harceleuse.

L’époque. Dénigrer, définir des castes dans le lycée, ça ne date pas d’aujourd’hui. Mais la manière dont tout échappe aux protagonistes parce que les réseaux sociaux fournissent une caisse de résonance qui emprisonne, elle, est terriblement actuelle… Le roman se passe à la pire époque : la nôtre.

L’auteur. Vincent Mondiot est un auteur jeunesse couronné dès 2005 par le Prix du Jeune Écrivain Français. Rattrapage incarne parfaitement la collection « d’une seule voix » d’Actes sud junior : un très court monologue « coup de poing », auquel les adolescents peuvent s’identifier. Et les adultes… aussi.

Ce livre a été lu avec le sentiment qu’en adoptant le point de vue d’une harceleuse qui se dégoûte et n’a pas été punie, le roman offre la possibilité de réfléchir de l’intérieur à un phénomène qui nous échappe et nous glace. A mettre dans toutes les mains, adolescentes mais pas que.

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