« À la ligne »: Joseph Ponthus tape du poing sur les i et fait trembler les murs d'un abattoir

POESIE BRUTE « À la ligne » de Joseph Ponthus, paru en janvier 2019 à La Table ronde, a reçu en juin 2020 le prix littéraire des étudiants de Sciences Po

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.

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À la ligne
À la ligne — La table ronde
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  • Aujourd'hui, « À la ligne » de Joseph Ponthus, paru le 3 janvier 2019 aux Éditions La Table ronde et lauréat en juin 2020 du prix littéraire des étudiants de Sciences Po.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande À la ligne de Joseph Ponthus, paru en janvier 2019 aux Éditions La Table ronde et lauréat du prix littéraire des étudiants de Sciences Po en juin 2020.
 

Sa citation préférée :

"Et même si je ne serai jamais le champion du monde de l’usine

Descendre dans l’arène

Voir les carcasses à déplacer comme autant d’adversaires

S’étirer

Sentir encore l’effet de l’anti-inflammatoire pris avec le copieux petit-déjeuner

Attaquer le boulot"
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que j’ai été bluffée. Le texte est écrit en vers libres, sans ponctuation, mais sous forme de lignes et de paragraphes structurés qui rendent la lecture très fluide, et très rythmée. Tout le texte prend une allure étrangement poétique… étrangement, compte tenu du sujet. Ainsi, l’exemple que j’ai choisi en exergue saisit autant par la musicalité des syllabes que les correspondances poignantes et dérangeantes entre la scène, qui se passe en abattoir, et les univers de corrida et de gloire qu’évoquent les termes utilisés.
  • Parce que Joseph Ponthus n’est pas n’importe quel ouvrier : il a fait des études littéraires, puis d’éducateur spécialisé. Tout le livre est émaillé de références à des classiques, des contemporains, des chanteurs.
    « J’attends l’embauche
    J’espère
    Attendre et espérer
    Je me rends compte qu’il s’agit des derniers mots de Monte-Cristo »
    Le texte décrit crûment le travail, sa dureté et sa répétitivité, mais il le resitue toujours dans un riche réseau de références littéraires, sociologiques, politiques… voire psychanalytiques, puisque même le divan lacanien fait son apparition.
  • Parce que le livre alterne scènes de la vie en usine, déclarations d’amour de l’auteur à sa femme, et même une magnifique lettre à sa mère, autour de ce paradoxe : il a fait des études qui auraient dû lui épargner un travail aussi dur ; mais s’il ne les avait pas faites, il n’aurait pas tenu le coup dans ce travail. Bien sûr : les études, c’est fait pour se construire, pour avoir les armes qui permettent de comprendre et de s’emparer de ce qu’on vit, quoi qu’on vive, pour transformer les épreuves en jalons de notre identité. C’est ce que fait chaque mot de À la ligne.
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. « Si un jour vous avez l’occasion de tout quitter par amour, n’hésitez pas. C’est la plus belle chose qu’il y ait à faire au monde. » A la ligne offre une magnifique preuve du fait que Joseph Ponthus n’a reculé devant rien pour mettre en œuvre cette déclaration, faite en recevant le prix.

Les personnages. Les personnages sont les compagnons de travail de l’auteur.
« Et puisse le temps qui efface tout ne pas me faire oublier trop vite vos visages et vos voix
Vos noms et la noblesse de votre travail
Mes camarades
Mes héros »

Les lieux. Des usines bretonnes : une conserverie de poissons, un abattoir. Une rupture avec la vie d’avant, comme éducateur spécialisé, mais une continuité aussi :
« Ma vie n’aurait jamais été la même sans la psychanalyse
Ma vie ne sera jamais la même depuis l’usine
L’usine est un divan »

L’époque. En 1905, le journaliste et écrivain engagé américain Upton Sinclair a publié La jungle, qui décrit les pratiques d’un abattoir de Chicago. En 2019, Joseph Ponthus le cite dans A la ligne. Un siècle d’écart ? Certes, mais aux deux dates. « Ce n’est pas du Zola mais on pourrait y croire ».

L’auteur. Éducateur spécialisé (auteur de Nous, la cité), ouvrier « de l’armée de réserve dont parle le grand Marx », poète qui prétend essayer de « faire du beau avec du laid », lauréat de plusieurs prix avant celui des étudiants de Sciences Po : difficile de faire plus étonnant que le parcours de Joseph Ponthus. Ni plus cohérent, s’il a tout fait par amour…

Ce livre a été lu avec stupéfaction.

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