Cinquième épisode de « Mortal Derby X », le nouveau roman-feuilleton de Rocambole pour 20 Minutes

#LISEZCHEZVOUS Retrouvez chaque jour à 17h un nouvel épisode du feuilleton littéraire de l’appli Rocambole et 20 Minutes : « Mortal Derby X », de Michael Roch

Laurent Bainier

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"Althen est un bidonville surpeuplé. Les bâtiments s’enchevêtrent et se chevauchent, jamais sur plus de deux niveaux."
"Althen est un bidonville surpeuplé. Les bâtiments s’enchevêtrent et se chevauchent, jamais sur plus de deux niveaux." — Pixabay

Chaque jour à 17 h, retrouvez sur 20 Minutes un nouvel épisode de Mortal Derby X, le roman-feuilleton de  Rocambole, l'appli pour lire autrement. Cette série de SF nous projette dans un monde post-effondrement, dont le sport roi est le Quad Derby, confrontation à mi-chemin entre Roller derby et Rollerball. Son auteur, Michael Roch, n’est pas un inconnu. Il a déjà publié des romans de science-fiction et anime la chaîne Youtube La brigade du livre.

Résumé des épisodes précédents : Au cours d’un match de Quad Derby, Molly Pop, star de ce sport, se fait violemment éjecter de la piste par une autre concurrente. Elle se réveille à l’hôpital avec des prothèses à la place des jambes et de la haine au fond du cœur. Ce qui n’est pas toléré dans le Cocon, seul protecteur de l’espèce humaine depuis le Grand Effondrement de 2030... Molly est condamnée à l’exil. A peine sortie du Cocon, Tob lui vole son paquetage et l'invite à le suivre.

EPISODE V - Tob

Tob rambine, lui explique-t-il en chemin. Il retape les mécaniques, hacke les circuits électriques et tase les rats affamés qui lui sautent dessus. Il est né là, hors du Cocon. Il a grandi dans la rouille et le cambouis, l’électronique home-made et la technologie dégénérescente. Autour du Cocon, c’est tout une ville délabrée qui s’est étalée. D’abord par l’arrivée des migrants qui se sont entassés dès que les portes du Cocon se sont refermées : les retardataires n’avaient nulle part d’autre où aller. Puis, par le rejet progressif des reclus, le pire cadeau que puisse faire le Cocon au monde extérieur : se débarrasser de ses mauvais éléments.
— Les Réquisiteurs ne savent que dalle à dehors. Ils phosphorent que les abandonnés deviennent des isolés, des forçats du froid, des déjà-crevés, alors qu’ils s’intègrent dans notre ville. La ville, c’est anarchie et loi du plus fort. Ce qui la fait tenir debout, c’est le Roller-Quad.
— Vous suivez les diffusions du Quad Derby™ ?
— Non, on a notre Derby. Mais j’ai réussi à hacker la connexion interne du Cocon. Je mouchaille les courses sur un visioboard. C’est pour ça, je t’ai remise de suite. J’ai su que tu débarquerais par le prochain Réclusionneur.
— On est beaucoup à descendre de là-haut ?
— Une dizaine par mois, à la louche. D’ailleurs, hésite-t-il, je suis le rambineur d’une équipe de Roller-Quad et je me soufflais...
— Ce n’est pas pour mon paquetage que tu me gardes avec toi.

Tob s’arrête à l’ombre d’une clôture métallique, avant que le duo ne débouche sur une artère plus large.
— J’ai pas sauvé ton lard pour que dalle, t’aurais fini violée et bouffée toute crue par les ratigeurs et t’arteperas bien vite que tout se troque, ici.
Molly Pop lui saute à la gorge et le plaque au sol.
— Écoute-moi bien, petit génie. Personne ne t’a demandé de m’aider. Je veux juste récupérer mon sac et rien, absolument rien, ne m’oblige à rester avec toi.
— Un coup de taseur dans le buffet, c’est rapide comme somnifère.

À travers la thérabinaison de l’Hospitia, Molly sent la froideur des deux pointes en fer glacer ses côtes. Elle réfléchit comment s’en tirer, mais une rumeur sourde attire son attention. L’artère, au-devant, est illuminée d’une lueur sanguine. Molly Pop se relève, s’approche et découvre la ville dont parlait Tob, active et bruyante, lumineuse comme mille feux. Si elle veut retrouver Stevna avant quinze jours, elle aura besoin d’aide. Tob la rejoint.
— V’là Althen, la plus grande ville du Monde Libre.

Puis, il l’entraîne dans les premières avenues.
Althen est un bidonville surpeuplé. Les bâtiments s’enchevêtrent et se chevauchent, jamais sur plus de deux niveaux. Du béton armé, des tôles d’acier et des piliers tordus. Des luminaires, hélices de tungstène incandescents, des spots aux ampoules nues, des fragments de lampadaires traversent les rues dans tous les sens pour apporter le maximum de visibilité. À croire que ce que craignent le plus ses habitants, c’est l’obscurité, parce que tous les malheurs menant à la mort s’y planquent, et que les Hommes ici-bas puent le malheur. Le reste, ce sont des senteurs de cantine, de fritures, des odeurs d’immondices et d’eaux usées. Il y a le vacarme aussi, incessant, gonflant chaque artère de la ville, d’un bout à l’autre ; le tumulte de la foule et le tapage des activités nocturnes.
— Gambille derrière moi, lui dit Tob. Fissa.
Il presse le pas, sinuant dans les allées noires de monde, veillant à ne pas s’attarder dans les bouchons que forment les badauds troquant leur nourriture, de peur que leurs regards tombent sur la dernière éjectée du Cocon. En zigzag, ils apparaissent et disparaissent de la vue de tous en une fraction de seconde, se perdant dans la masse. Puis, il entre dans une boutique au fond d’un renfoncement, derrière un boui-boui vendant du rat grillé. Il y dégotte un loden noir pour Molly qu’elle passe en un tour de bras pour couvrir sa thérabinaison. Enfin, il la mène dans des pentes escarpées, éclairées par des hélices de tungstène incandescent.
— Le Cocon est posé sur un platemard. On aboule au local, en bord de ravin. Ravin Sud. Tu remettras ?
— C’est chez toi ?
— Toute l’équipe crèche au local.
— Quelle équipe ?
— Je t’ai dit : je suis le rambineur de l’équipe de Roller-Quad de Ravin Sud.

A suivre…

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