Roman dystopique de Tatiana de Rosnay, « Les Fleurs de l'ombre » captent bien l'air du temps

ANTICIPATION « Les Fleurs de l’ombre » de Tatiana de Rosnay est paru en mars 2020 chez Robert Laffont – Héloïse d’Ormesson

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.

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Les fleurs de l'ombre
Les fleurs de l'ombre — Robert Laffont - Héloïse d'Ormesson
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  • Aujourd'hui, « Les Fleurs de l'ombre » de Tatiana de Rosnay est paru le 12 mars 2020 aux Éditions Robert Laffont - Héloïse d'Ormesson.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande Les Fleurs de l'ombre de Tatiana de Rosnay, paru le 12 mars 2020 aux éditions Robert Laffont - Héloïse d'Ormesson.

Sa citation préférée :

Elle écrirait, elle le savait. Elle écrirait, pour dissiper sa part d'ombre.

Pourquoi ce livre?

  • Parce que c'est une dystopie (un récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre), mais d'un genre terriblement proche et réaliste. Tatiana de Rosnay donne tous les éléments pour qu'on comprenne que l'histoire se passe en 2034. Quatre générations se côtoient, nées entre 1936 et 2020. Et hélas, est-ce vraiment de la fiction que d'imaginer que les ados de 2034 nous diront « J'aurais tellement aimé connaître le monde d'avant. Celui de ta jeunesse. Celui des abeilles, des oiseaux, des fleurs. Celui qui n'existe presque plus » ?
  • Parce qu'écrire une chronique sur ce livre, c'est déployer des trésors d'imagination pour parler du sujet sans dire de quoi il s'agit. Certes, les thématiques ont été explorées d'une manière beaucoup plus poussée par Stanley Kubrik ou Antoine Bello ; mais Tatiana de Rosnay les place dans un cadre très contraignant qui pousse Clarissa Katsef dans ses derniers retranchements, l'obligeant à remettre en cause des pans importants de sa vie et à renouer avec son histoire douloureuse. Un cadre très pointu, mais une histoire humaine et intime...
  • Parce que la quatrième de couverture annonce une histoire qui pose la question de la paranoïa de l'héroïne. Oui. D'accord. Mais c'est aussi bien autre chose : l'éventuelle paranoïa de Clarissa ne prend pas n'importe quelle direction. Tel le cristal auquel Freud compare l'appareil psychique, elle se casse selon les lignes de clivage invisibles et puissantes déterminées par la structure des événements traumatiques qui ont jalonné sa vie. Mais justement, et si le véritable problème, c'était cette prévisibilité des réactions intimes de Clarissa ?
  • Parce que c'est un livre gigogne : Clarissa Katsef, bilingue, est écrivain. Elle est l'auteure notamment de Géomètre de l'intime, un livre sur l'importance des lieux. Elle a une affinité particulière avec Virginia Woolf et Romain Gary, qui lui ont fourni son pseudonyme. Bref, c'est le double de Tatiana de Rosnay... Dès lors, est-ce Clarissa ou Tatiana qui raconte à une lectrice privilégiée la visite des lieux de vie de ses deux auteurs fétiches et la manière dont ils sont imprégnés par leur vie et aussi, par leur mort ? En tout cas, moi aussi, je me suis sentie lectrice privilégiée...
  • Parce que c'est un livre sur l'écriture : les livres qu'écrit Clarissa ressemblent à ceux que Tatiana pourrait écrire ; les histoires que raconte Clarissa sont écrites par Tatiana ; les personnages qui inspirent Clarissa ont inspiré Tatiana. Somme toute, le roman qu'écrit Clarissa ne pourrait-il pas s'appeler Les Fleurs de l'ombre ? Et finalement, de qui s'agit-il : « Elle (…) jetait un sort [à ses lecteurs], avec calme et douceur, de telle manière qu'au début, ils ne se doutaient pas qu'ils avaient été ensorcelés, et la suivaient, dociles. Mais progressivement, elle les forçait à réfléchir... »

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. 1988. Clarissa Katsev ne s'appelle pas encore Clarissa Katsev, et elle doit affronter un événement dramatique. Années 2000. Elle se met à publier des romans à succès. 2034... tiens, le pitch que j'esquisse ne ressemble pas à celui de la quatrième de couv ? Pourtant, le fil conducteur est bien là...

Les personnages. Quatre générations : le grand-père, la mère, la fille, la petite-fille. Des personnages périphériques accompagnent ou amplifient leurs drames. Et Mrs Dalloway... au fait, pourquoi la très polie Clarissa Katsev se permet-elle de lui lancer en toute impunité « La ferme, Mrs Dalloway ! » ?

Les lieux. A l'image de son auteure, le livre alterne entre le monde français et le monde anglophone. Et dans la résidence CASA, où Clarissa trouve refuge, Mrs Dalloway est au plus proche de sa géographie intérieure. Est-ce la solution, ou le problème ?

L’époque. Le livre se passe dans une année 2034 traumatisée par les attentats de 2024. Croyez-moi, on n'a pas vraiment hâte d'y être... mais les évolutions décrites par Tatiana de Rosnay sont-elles vraiment évitables ?

L’auteur. Tatiana de Rosnay est écrivain : ce sont ses livres qui parlent le mieux d'elle. Or, Les Fleurs de l'ombre captent le parfum de l'air du temps, de notre temps. Pour paraphraser Pierre Bayard, pourvu que nous ne nous disions pas, en 2034, qu'elle avait « plagié par anticipation » cette année 14 ans avant...

Ce livre a été lu avec l'espoir que voir nos peurs écrites dans un livre leur permettra de ne jamais se réaliser.

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