« Rivage de la colère »: Caroline Laurent redonne espoir aux habitants délogés d'une île

SPOLIATION « Rivage de la colère » de Caroline Laurent est paru le 9 janvier 2020 aux éditions Les Escales

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.

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Rivage de la colère
Rivage de la colère — Les escales éditions
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  • Aujourd'hui, « Rivage de la colère » de Caroline Laurent, paru le 9 janvier 2020 aux éditions Les Escales.

Marceline Bodier, auteure et contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande Rivage de la colère de Caroline Laurent, paru le 9 janvier 2020 aux éditions Les Escales.

Sa citation préférée :

« Elle se méfiait d’elle-même, de ses sentiments trop entiers, de ses élans furieux, débordants. La souffrance était devenue son horizon ; la sérénité son impossible. »

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que ce livre fait la lumière sur un pan méconnu de l'histoire du XXe siècle : lorsque l’île Maurice a accédé à l’indépendance en 1967, elle a cédé un archipel distant et prétendument désert à la Grande-Bretagne qui voulait en faire une base militaire dans l’océan indien. Le tout nouveau gouvernement mauricien indépendant n'avait pas eu le courage de s'opposer et avait accepté de l'argent en échange. En réalité, l'archipel était habité, et ses habitants ont été expulsés brutalement. En 2020, ils n’y sont toujours pas retournés, malgré plusieurs jugements en leur faveur.
  • Parce que sa mère a raconté à l’auteure son passage par l’île lors d’une escale lorsqu’elle était enfant. Passage ébloui, goût de paradis terrestre… mais déjà, deux côtés de la barrière ; et sa mère était du bon côté. En septembre 2018, Caroline Laurent a été associée à la délégation des descendants Chagossiens menés par Olivier Bancoult, qui vont cette fois plaider leur cause à la Cour internationale de justice de La Haye. Les deux côtés de la barrière réunis dans le combat : leur association est déjà une victoire symbolique…
  • Parce qu’en février 2019, l’ONU a reconnu que le droit des peuples à l’autodétermination avait été bafoué et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l’archipel. Certes, dit l’auteure, « jusqu’à présent, chaque procès gagné par les Chagossiens a été renversé ensuite par l’administration britannique ». Toutefois, aujourd’hui, au moment où sort le livre de Caroline Laurent, c’est la dernière étape en date.
  • Parce que le livre est aussi une fiction, qui raconte l’histoire de Marie Ladouceur, Chagossienne ensorcelante, simple et fière, de son amour avec Gabriel, venu de l’île Maurice, de leur fils, Joséphin. Il raconte un paradis perdu, qui, comme tout paradis perdu, n’a peut-être jamais été un âge d’or et subsistait sous le joug d’un colonialisme qui ne prévoyait rien pour éduquer les enfants. Mais il avait sa culture, son histoire, sa cuisine, ses rites, ses joies et ses peines, qui ont pris après coup la poignante couleur de l’irremplaçable et sont ressuscités dans le livre.
  • Parce que Caroline Laurent n’est pas seulement une auteure déjà remarquée quand elle avait coécrit Et soudain, la liberté, avec Evelyne Pisier : elle a aussi lancé la collection Arpège chez Stock et édité Belle infidèle de Romane Lafore, dont j'ai déjà dit quel coup de foudre ce livre a été pour moi. Une auteure qui lance les autres, écrit avec les autres, soutient les autres et transcrit leur combat : plus encore qu’à la construction d’une œuvre, c’est à celle d’un parcours et d’une personnalité que nous assistons !
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. A 21 ans, sur son île des Chagos, Marie voit arriver un jeune homme magnifiquement beau. Ils s’aiment dans l’évidence d’une rencontre, se séparent dans la brutalité de la déportation. C’est à leur fils qu’il reviendra de dire « Et ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche… ».

Les personnages. Quand la cour rend son arrêt en 2019, Joséphin sent en lui « une vague immense » qui « s’est mise à charrier des visages » : Gabriel, Ranjit, Evelyne, Josette, Makine, Marcel, Angèle, Suzanne… et surtout, dit-il, « J’ai pensé à ma mère ». Un déferlement tout autant de joie que d’amertume…

Les lieux. L’archipel des Chagos est un petit point sur la carte à 3.000 kilomètres de l’île Maurice, et l’île de Diego Garcia est un petit point parmi les petits points. Paradis pour ses habitants, site convoité par les militaires, cas d’école des drames de la colonisation : petit point, mais pas invisible…

L’époque. 7 août 1967 : le peuple mauricien vote en faveur de son indépendance, mais les Chagos sont revendues aux Britanniques. 25 février 2019 : la Cour de La Haye affirme que « Les Chagos devaient revenir aux Chagossiens ». Entre les deux, cinquante ans de luttes, évoqués de manière romancée.

L’auteur. Caroline Laurent dévoile un pan de son histoire familiale dans la postface du livre. Sa famille était du bon côté de la barrière, mais elle a rejoint le combat de ceux qui ont été spoliés. Car quand on arrache des habitants de leur terre dans la violence, peut-il y avoir un bon côté ?

Ce livre a été lu avec révolte par Marceline Bodier, « lectrice passionnée et éclectique, toujours à l’affût de mon prochain coup de cœur ! ».

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