« Celui de nous deux qui part le premier » n'est pas toujours fautif

ROMAN « Celui de nous deux qui part le premier » de Christian Dorsan est paru en janvier 2019 chez Vibration Editions

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres

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Celui de nous deux qui part le premier
Celui de nous deux qui part le premier — Vibration Editions
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  • Aujourd'hui, « Celui de nous deux qui part le premier » de Christian Dorsan, paru en janvier 2019 aux Éditions Vibration Editions.

Marceline Bodier, auteure et contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande Celui de nous deux qui part le premier de Christian Dorsan, paru en janvier 2019 chez Vibration Editions.

Sa citation préférée :

Celui de nous deux qui part le premier n’est pas forcément celui qui trahit. Il réagit à l’attente secrète de l’autre, de celui qui ne part pas, de celui qui n’ose pas. Il rompt le silence, défie ce que l’on croyait sacré, déséquilibre, salit le territoire.

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que c’est un livre avec un vrai style profondément original. Les protagonistes n’ont pas de prénoms : ils sont nommés d’après leur lien principal avec le narrateur. Le narrateur, c’est « Fils de… ». Il vit avec « Elle », et leur enfant, c’est « l’Enfant ». Après, il y aura « Ce sera une fille ». Avant « Elle », dans la vie de « Fils de… », il y a eu « Belle Histoire » et « Inavouable ». Anodin ? Non, cela imprime à tout le texte des doubles sens, avec leur cortège de troubles particuliers. « Les absences de Belle Histoire et d’Inavouable remplissent mes heures. »
  • Parce qu’il n’y a aucun dialogue retranscrit au-delà de « ça va ?/oui ». Seulement des propos rapportés, parmi lesquels la part belle est faite aux aphorismes paternels, et des réponses fantasmées. Parce que la parole blesse… En revanche, le livre déploie un vaste dialogue intérieur du narrateur avec lui-même, lui-même adulte, lui-même enfant, lui-même adolescent. Et une réflexion sur le silence : « Il faudra aussi que je lui explique que le silence est une forme de résistance aux vexations. »
  • Parce que c’est une histoire curieusement désincarnée. Désincarnée : c’est l’autobiographie imaginaire d’un homme passé à côté de sa vie, qui analyse la manière dont ça s’est fait. Il raconte sa vie, et la vie qu’il aurait dû avoir et qui continue à l’intérieur de lui : « Quelque part dans un imaginaire, vit ce moi qui n’en a pas fini avec Belle Histoire ». Mais curieusement : car malgré tout, il donne beaucoup de détails intimes, voire crus. Plus que le fond, c’est donc le sortilège d’un style distancié et précis qui permet de ressentir la manière dont le narrateur passe à côté de sa vie.
  • Parce que « dans la bourgeoisie du Fleuve, celui qui part le premier est toujours celui qui a tort ». Le décor est planté : il y a les conventions sociales, et puis il y a un homme qui sait qu’il en est prisonnier. Pourtant, il sait aussi que cette prison peut être une tombe. D’ailleurs, l’appartement où il a grandi, c’est « l’Étuve » ; son univers se borne à « Tennis club, école, maison ». « Je passe mon enfance de Fils de… à être ce que l’on attend de moi » : avec quelles conséquences le jour où le passé revient en boomerang dans une vie de vieux jeune adulte ?
  • Parce que le titre est un leitmotiv qui rythme tout le livre. Il résonne comme une culpabilité qui ne trouve jamais à se soulager. On se dit que le narrateur voudrait trouver des raisons de conclure « celui de nous deux qui part le premier a raison, parce qu’il cesse d’être dominé par le regard des autres ». On l’attend, on l’espère, mais il tente toutes les formulations qui pourraient y aboutir sans jamais y arriver. Pourtant, il y a bien une issue : mais elle est contenue dans le texte développé hors leitmotiv, donc dans l’histoire qui échappe aux contraintes. Comme dans la vraie vie…
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Le livre relate une succession de rendez-vous manqués par le narrateur, sous le regard simultanément protecteur et destructeur de la bourgeoisie du fleuve. Sauf peut-être le rendez-vous avec lui-même ? A chacun de se faire son idée.

Les personnages. Ils méritaient plus qu’un descriptif rapide : je les ai déployés plus haut. Et c’est de toute façon l’auteur qui en parle le mieux : « Un jour tu verras, nous serons heureux d’avoir aimé ». Quel « nous » ? Aimé qui ? A qui s’adresse cette question ? A vous de le découvrir !

Les lieux. Les bords du fleuve, l’Étuve. Le local technique du Tennis club, le restaurant Aux deux macarons. Des bords de mer solaires. Une variété de lieux pour une variété d’expériences, ou des changements de décor qui ne peuvent pas empêcher de se retrouver face aux mêmes impasses en soi ?

L’époque. Le livre se déploie sur l’espace d’une courte vie. Mais ne croyez pas que le temps soit une ligne : c’est un cercle qui condamne le narrateur à revivre ses échecs. Or, comment sort-on d’un cercle, si ce n’est par une tragique tangente…

L’auteur.  Christian Dorsan signe son cinquième livre. Pour 20 Minutes, il est lecteur boulimique et contributeur généreux en chroniques littéraires. Secret sur lui-même, prolifique sur les autres ? Exactement à l’image de son roman, qui dessine le portrait d’un homme en creux de celui des autres.

Ce livre a été lu avec le sentiment d’être agréablement surprise par Marceline Bodier, « lectrice passionnée et éclectique, toujours à l’affût de mon prochain coup de cœur ! »

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