« White » : Bret Easton Ellis ausculte l'Amérique, aussi « blanche » que trash, de Donald Trump

ESSAI « White » de Bret Easton Ellis est paru en mai 2019 chez Robert Laffont

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.

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White — Robert Laffont
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  • Aujourd'hui, « White » de Bret Easton Ellis est paru le 2 mai 2019 aux Éditions Robert Laffont.

Marceline Bodier, auteure et contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande White de Bret Easton Ellis, paru le 2 mai 2019 aux Éditions Robert Laffont.

Sa citation préférée :

… Et en dépit des connexions fournies par l'internet et les réseaux sociaux, beaucoup de gens se sentaient encore plus isolés et de plus en plus conscients du fait que l'« interconnectivité » était en soi une illusion. Cela paraît particulièrement douloureux si vous êtes assis seul dans une pièce, regardant fixement un écran rayonnant qui vous promet l'accès à l'intimité d'innombrables autres vies, une situation qui reflète la solitude et l'aliénation de Bateman : tout est disponible et cependant ce vide insatiable demeure.

Pourquoi ce livre?

  • Parce qu'à défaut de l'autobiographie de l'homme qui a dit « Madame Bovary, c'est moi » (Flaubert), on peut lire un texte autobiographique de l'auteur pour qui Patrick Bateman, c'est « l'incarnation de la douleur et de l'angoisse de [sa] jeunesse » (Bret Easton Ellis). Cet homme a le talent nécessaire pour nous embarquer dans sa conviction, forgée dans son expérience personnelle, que les films d'horreur sont salutaires dans l'éducation des enfants... jusqu'à ce que nous reprenions nos esprits in extremis pour nous rappeler que White n'est pas un traité d'éducation, mais les clés d'un parcours très particulier. Ouf !
  • Parce que l'auteur consacre un chapitre entier à son rejet de notre société de la victimisation reine, qui a amené à ériger les gays en « elfes magiques », « modèle(s) gentillet(s) d'une absurde élévation morale » : des créatures nobles dès lors qu'elles ont le bon goût de respecter le même prêt-à-penser que tout le monde. Il n'hésite pas à faire un rapprochement entre organismes de bien-pensance inclusive et fascisme, puisqu'il s'agit toujours de promouvoir une pensée unique. Autant dire que lui ne se sent pas du tout être un elfe magique...
  • Parce qu'on comprend sous sa plume que l'inverse du like, ce n'est pas le hate : ça, c'est seulement l'autre face de la même médaille, le même jugement de valeur non argumenté. L'inverse, c'est le débat argumenté, la confrontation, la compréhension et la réfutation des idées avec lesquelles on expose ses raisons de ne pas être d'accord. Ne pas aimer l'idée exprimée par une personne n'est pas la même chose que ne pas aimer cette personne. Étrange de devoir le rappeler ? Peut-être, mais en 2019, dès lors qu'on fréquente un peu les réseaux sociaux, on le comprend...
  • Parce que il consacre un chapitre entier à l'avènement de Trump, qui ne l'a pas surpris puisque l'homme était un modèle et un objet de fascination pour Patrick Bateman. BEE ne s'intéresse pas à la politique, le répète plusieurs fois, et explique qu'il ne voit pas pourquoi retirer son amitié à quelqu'un en raison de ses opinions politiques : il peut envisager de débattre, mais pas d'ostraciser. Facile à comprendre quand c'est de l'autre côté de l'Atlantique qu'il s'agit, mais essayons maintenant de remplacer « Trump » par nos propres démons... le sujet devient tout de suite très brûlant !
  • Parce que BEE pose la question : si les podcasts, les séries web, et même la participation aux réseaux sociaux, remplacent le livre, est-ce grave ? « Les romans n'engagent plus le public avec une telle intensité », dit-il. D'ailleurs, il n'a plus envie d'en écrire depuis dix ans et se tourne vers le monde numérique. Sa position est tout de même ambiguë : il y voit une certaine dégradation des expériences qui nous sont données à vivre. Tout le livre est traversé par ce constat : il a incarné une génération, et se sent loin de celle d'aujourd'hui. Un texte plus mélancolique qu'il y paraît...

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Eté 2018. Trump divise l'Amérique et la rend hystérique, dit BEE. « … après deux années ou presque de pause attendons-de-voir-si-tout-le-monde-va-se-calmer-putain que j'avais maintenue jusqu'à la fin de l'été 2018, je n'ai plus été capable de me calmer, putain ». Le résultat, c'est White.

Les personnages. White est à mi-chemin entre l'autobiographie, le journal de bord et la défense d'opinions déjà exprimées sur les réseaux sociaux et copieusement conspuées sur ceux-ci : on y croise donc de nombreux contemporains, et même Patrick Bateman, le tueur en série fantasmé d'American Psycho...

Les lieux. BEE a grandi à Los Angeles, a vécu sa jeunesse à New-York avant de retourner vivre en Californie. Il observe l'Amérique et surtout « le monde secret sous le fantasme et la sécurité illusoire de la vie quotidienne ». Une observation à la fois très contextualisée, et très universelle...

L’époque. BEE est né en 1964 : il raconte donc la génération X et sa jeunesse dans les années 80, dont le cauchemar s'est incarné en Patrick Bateman. Mais il parle aussi de la génération millenium, qu'il nomme « la génération dégonflée ». Ambiance, surtout qu'il est le compagnon d'un millenium, justement...

L’auteur. L'auteur d'American psycho ne se présente plus. Pendant longtemps, je n'ai pas eu envie de lire ses romans. Mais quand il dit que l'inverse de la culture du like n'est pas celle du hate, mais celle du débat d'idées, je le suis complètement et me rappelle à point nommé que je ne le hais point...

Ce livre a été lu avec «l'exaltation que seule la stimulation intellectuelle peut provoquer» par Marceline Bodier, « lectrice passionnée et éclectique, toujours à l’affût de mon prochain coup de cœur ! »

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