«Sérotonine»: Un loser, du sexe et un pied dans l’actu… La recette du succès signée Houellebecq

RENTREE LITTERAIRE Le septième roman de Michel Houellebecq sort en librairie ce vendredi...

Laure Beaudonnet

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Michel Houellebecq en novembre 2018 à Paris
Michel Houellebecq en novembre 2018 à Paris — GINIES/SIPA
  • La rentrée littéraire d’hiver est marquée par la parution de 493 romans d’ici à la fin février. Sérotonine de Michel Houellebecq risque d’éclipser tout le reste.
  • Bénéficiant d’un tirage exceptionnel de 320.000 exemplaires, le septième roman de Michel Houellebecq est quasiment assuré de devenir un best-seller européen.
  • Le roman, qui plonge ses lecteurs au cœur de la France rurale, sortira en Allemagne le 7 janvier et en Italie le 10.

Sérotonine, le nouveau livre de Michel Houellebecq paru ce vendredi ne devrait pas déroger à la règle. Avec un tirage exceptionnel de 320.000 exemplaires, le septième roman de l’écrivain français dont l’histoire plonge dans la France rurale s’annonce déjà comme un best-seller. Depuis une dizaine de jours, la presse ne parle que de cette sortie en librairie, éclipsant les 492 autres livres à paraître en cette rentrée littéraire d’hiver.

Il y a quatre ans, la parution de Soumission avait provoqué un véritable raz-de-marée. Publié le jour de l’attaque de Charlie Hebdo, le roman d’anticipation imaginait l’effondrement du monde politique français et prophétisait l’arrivée d’un parti islamiste au pouvoir. Avec Sérotonine (un neurotransmetteur appelé « hormone du bonheur »), Michel Houellebecq est en phase avec le présent. En plein mouvement des gilets jaunes, son nouvel ouvrage arrive à point. Si Flammarion a mis le paquet sur la mise en place, le lauréat du Goncourt 2010 n’a pas lésiné sur son savoir-faire : une bonne dose de lose et une pincée de désenchantement emballés dans une prose lubrique et crue. Et, en accompagnement, de la lucidité, pour ajouter un peu d’amertume. On revient sur la recette du succès signée Michel Houellebecq.

Ingrédients

Un loser sur le retour

« Etais-je au fond si malheureux ? Si par extraordinaire l’un des humains avec lesquels j’étais en contact (…) m’avait interrogé sur mon humeur, j’aurais plutôt eu tendance à la qualifier de "triste" (…) ».

Le loser est une sorte de marque de fabrique. Ce ne serait pas vraiment une œuvre de Michel Houellebecq sans un personnage masculin un peu minable, pas très beau (voire carrément ingrat) et qui pense avec son entrejambe. Solitude, frustration, dépression… On retrouve les mêmes névroses, que ce soit dans Les Particules élémentaires, L’extension du domaine de la lutte, Soumission et La possibilité d’une île où l’immortalité donne encore plus de saveur à la vacuité de l’existence. Les losers sont magnifiés et Sérotonine en offre encore une belle brochette avec, notamment, Florent-Claude, un ingénieur agronome qui survit grâce à ses comprimés de Captorix, et Aymeric, un producteur de lait qui noie son désarroi dans la Vodka. Deux purs produits de leur société au bord du précipice.

Beaucoup de sexe (en tous genres)

« Yuzu se branlait sur une ottomane avant de se laisser glisser sur le sol recouvert d’un tapis aux motifs vaguement persans, ce sur quoi un doberman d’âge moyen la pénétrait avec la vigueur que l’on reconnaît à sa race ».

Les femmes sont fantasmées, idéalisées, parfois maltraitées. Comme des créatures à part qui servent surtout de réservoirs physiques aux désirs des personnages de Houellebecq. Dans une langue crue, Sérotonine passe en revue les expériences sexuelles vécues (parfois observées) par Florent-Claude. La vie amoureuse et sexuelle du héros sert de fil conducteur à cette histoire qui verse parfois dans la zoophilie et la pédophilie. Pourquoi se priver ? Les personnages féminins n’ont rien à envier à leurs homologues masculins. Quand elles ne se réduisent pas aux pensées du héros qui les figent dans une image chimérique, elles sont sur le déclin, alcooliques, nymphomanes, seules, intéressées…

Un regard lucide sur notre époque

« Ce qui se passe en ce moment avec l’agriculture en France, c’est un énorme plan social, le plus gros plan social à l’œuvre à l’heure actuelle, mais c’est un plan social secret (…).»

Soumission avait frappé pour son actualité. Sorti le jour de l’attentat de Charlie Hebdo, le sixième roman de Michel Houellebecq imaginait la France après l’arrivée au pouvoir du parti La Fraternité musulmane. Cette fois, en pleine crise des « gilets jaunes », l’auteur étonne encore avec son Sérotonine qui s’installe dans la France rurale et imagine une révolte des agriculteurs qui dégénère complètement. Etranglés par les directives européennes et la mondialisation, les producteurs de lait sont ralliés par des producteurs de fromages et tentent d’affronter les CRS sur une autoroute bloquée. Comme une impression de déjà-vu. Visionnaire de son époque, Michel Houellebecq pressent le présent.