Les éditeurs font leur marché dans l’autoédition

PUBLICATION Les éditeurs traditionnels profitent de l’essor de l’autoédition pour trouver les prochains best-sellers…

Emilie Cochaud

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Votre prochain roman feel good est peut-être déjà disponible sur des plateformes d'autoédition.
Votre prochain roman feel good est peut-être déjà disponible sur des plateformes d'autoédition. — V. Vladimirov/Getty Images
  • Les bonnes ventes de l’autoédition attirent les éditeurs traditionnels.
  • Les maisons d’autoédition aident les jeunes auteurs en leur permettant d'être publiés.
  • Des plateformes permettent aux éditeurs traditionnels de repérer les livres populaires publiés en autoédition.

Pour les auteurs qui se lancent dans l’aventure de l’autoédition, voir leur roman dans une vitrine de librairie reste souvent le Graal absolu. Chaque année, des concours d’écriture promettent à ces apprentis écrivains de transformer l’essai. Le Prix des étoiles, organisé par Librinova, et dont 20 Minutes est partenaire, offre ainsi à son vainqueur un contrat d’agent, avec à la clé la possibilité de signer dans une maison d’édition traditionnelle. Une initiative loin d’être isolée, car le lien qui unit le monde de l’autoédition et celui de l’édition traditionnelle s’est renforcé ces dernières années, pour le plus grand bonheur des amateurs de littérature populaire et autres livres « feel good ».

Butiner sur Amazon

Tout a commencé de façon torride en 2012, avec E. L. James et ses 50 Nuances de Grey. Puis, de ce côté de la Manche, avec Les gens heureux lisent et boivent du café d’ Agnès Martin-Lugand. Deux romans raz-de-marée, dont le succès a bien vite attiré les maisons d’édition traditionnelles.

Jusque-là, les plumes indépendantes posant leurs ailes sur le web suscitaient la plus grande méfiance : « A l’époque, on craignait de se faire dévorer par l’autoédition, rappelle Aurore Mennella, directrice du développement chez Michel Lafon. Désormais, les éditeurs traditionnels sont plus sereins. Ils ont pris conscience que ces deux mondes étaient complémentaires. » Pour preuve, « près de la moitié de nos romanciers français sont désormais issus de l’autoédition, évalue-t-elle. Pour les dénicher, on utilise souvent le top des ventes d’Amazon en autoédition. »

Le géant du web dresse un classement, mais ne dévoile pas le nombre d’exemplaires écoulés. « Le plus important, c’est donc le nombre de commentaires et ce qu’ils en disent », précise l’éditrice. Aujourd’hui, on ne compte plus les auteurs en vue d’abord remarqués sur Internet : Aurélie Valognes, Laure Manel, Bruno Combes…

Au royaume des datas, les livres sont rois

De nouveaux intermédiaires y ont vu une opportunité. La maison d’autoédition Librinova joue ainsi les entremetteuses : au bout de 1 000 exemplaires vendus sur Internet, elle démarche les éditeurs traditionnels pour ses auteurs autoédités. Leurs clients s’appellent Fleuve éditions, Hachette Romans, Michel Lafon ou encore Denoël. « Au départ, les maisons d’édition étaient plutôt sceptiques et acceptaient prudemment qu’on leur propose des textes, explique Charlotte Allibert, fondatrice de Librinova. Aujourd’hui, ce sont elles qui viennent nous solliciter et regarder ce qu’on publie. »

Et, pour aider les éditeurs à débusquer de nouvelles pépites, la plateforme de Librinova leur permet de croiser des données : le nombre de ventes, les tendances, les commentaires des lecteurs, les recherches par genre, par mots-clés. « Ces informations permettent d’analyser ce qui marche bien et ce qui est en train de frémir », assure Charlotte Allibert. On peut aussi recevoir une alerte lorsqu’un livre correspond aux critères recherchés : « Le dernier titre qu’on a signé avec Fleuve, Un matin ordinaire de Marjorie Tixier, a ainsi été détecté grâce à une alerte reçue par l’éditrice. »

Un vivier de bêta-testeurs

Pour repérer les talents de demain, certains éditeurs traditionnels comme Hugo & Cie et 404 Editions ont même développé leur propre plateforme d’autopublication, avec des concours récompensant les meilleurs textes d’une version papier. Spécialisée dans la culture geek, 404 Factory donne ainsi la possibilité de faire lire sa prose à une communauté de lecteurs.

« Certains sont très bons communicants et arrivent à fédérer du monde autour d’eux. Mais, lorsqu’il faut choisir le vainqueur, seul le texte compte. En 2017, Presque minuit d’Anthony Yno Combrexelle a été couronné alors qu’il n’était quasiment pas lu sur la plateforme », insiste Ludivine Irolla, éditrice chez 404 Editions. Sur Fyctia, la plateforme d’Hugo & Cie, c’est en revanche le nombre de likes qui mène la danse, avec pour devise : « Ce sont les lecteurs qui choisissent les prochains best-sellers. »

Si les fans sont au rendez-vous, le risque pris par l’éditeur est-il écarté ? « C’est très confortable, reconnaît Aurore Mennella chez Michel Lafon. Cela nous donne accès à un superbe panel de lecteurs qui disent ce qu’ils ont pensé d’un livre. S’il y a 5 000 ou 10 000 personnes qui l’ont déjà aimé, c’est rassurant. » Mais « il n’y a aucune garantie de succès », nuance-t-elle aussitôt. En matière d’édition, comme dans les bons romans, rien n’est jamais écrit d’avance.