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interview« On n’écoutait pas ce que j’avais à dire », déplore Vitaa sur ses débuts

« J’étais grande, pulpeuse et on n’écoutait pas ce que j’avais à dire », déplore Vitaa sur le début de sa carrière

interviewAprès avoir multiplié les succès et les concerts avec Slimane depuis 2019, la chanteuse Vitaa fait un retour en solo avec son nouvel album intitulé « Charlotte »
Vitaa revient avec son nouvel album « Charlotte ».
Vitaa revient avec son nouvel album « Charlotte ».  - Fifou  / Elo'quence
Clio Weickert

Propos recueillis par Clio Weickert

L'essentiel

  • Après des années en duo avec Slimane, Vitaa est de retour en solo avec un nouvel album intitulé Charlotte, son vrai prénom.
  • « Je n’ai jamais aimé mon prénom, je me suis créé cette carapace de Vitaa (…) Ça me permettait de me protéger et de faire une séparation entre ma vie privée et ma vie publique », a-t-elle expliqué à 20 Minutes.
  • La chanteuse se livre également sur les difficultés de concilier sa vie d’artiste et sa vie de mère. « Sur le « Versus Tour », il y a des moments où je me suis effondrée, je sentais que mes fils avaient besoin de moi. J’essayais d’être là le plus possible, jusqu’à aller en studio la nuit pour être là à 7 heures du matin pour les emmener à l’école. C’est beaucoup de sacrifices », confie-t-elle.

Après des disques d’or, de diamant et de platine ainsi qu’une grande tournée en duo avec Slimane, Vitaa est de retour en solo. Six ans après J4M, la chanteuse présente Charlotte, de son vrai prénom, un album qui se veut particulièrement intime dans lequel elle dévoile la femme derrière l’artiste. Elle y aborde ses succès mais aussi les sacrifices et les épreuves rencontrées. Ses amours, passées et actuelles, y ont aussi une grande place, tout comme ses trois enfants et son rôle de mère devenu central.

« Je me suis livrée beaucoup plus que d’habitude », confie la chanteuse à 20 Minutes, la veille de la sortie de ce nouvel album le 6 octobre. En plein marathon promo, Vitaa se montre sereine et ravie malgré la fatigue. « Je n’ai pas assez de sommeil mais je suis dans l’euphorie, je suis super contente. C’est une belle page qui se tourne et un nouveau chapitre qu’on ouvre », dit-elle. Et la fin d’une histoire ?

Après l’immense succès avec Slimane, que ressentez-vous à l’idée de vous présenter de nouveau seule ?

A la différence de Slimane qui lui a enchaîné, j’avais besoin de couper pour revenir avec de nouvelles choses et réfléchir à ce que je voulais raconter dans ce nouvel album. Lors de ma première séance studio j’ai eu une petite angoisse. On a fait tellement de chansons ensemble, je me suis dit qu’il allait peut-être me manquer musicalement et même vocalement puisqu’on avait tout fait en harmonie pendant trois ans. Puis j’ai enregistré Promets-moi, une chanson que je trouve magique, et j’ai tout de suite été rassurée. On avait une couleur et une direction. Mais Slimane a encore été très proche de moi dans la création de ce disque, on a coécrit certaines chansons et j’avais besoin d’avoir son aval sur plein de décisions. Il me manque, en promo… On a fait beaucoup de choses ensemble pendant ces trois ans intenses. On avait l’habitude de se reposer l’un sur l’autre. Pour se retrouver d’un coup en solo il y a eu un petit temps de réadaptation.

Cet album s’appelle « Charlotte », votre vrai prénom. Pourquoi avoir attendu tant de temps pour la présenter ?

Je pensais que je ne le ferais jamais. Je n’ai jamais aimé mon prénom, je me suis créé cette carapace de Vitaa, mon nom de scène et le deuxième prénom de ma maman. Ça me permettait de me protéger et de faire une séparation entre ma vie privée et ma vie publique. J’ai trouvé mon équilibre comme ça. Charlotte pour moi c’est celle qui est fragile, sensible, qui doute tout le temps… Qui est relou en fait un peu ! Et pour moi elle ne gagnait peut-être pas à être connue. J’avais le sentiment qu’en exposant mes failles et mes doutes, les gens m’aimeraient peut-être moins. Aujourd’hui je viens d’avoir 40 ans, c’est mon 8e album solo. Il m’a fallu quinze ans pour me dire « et si c’était le dernier, tu n’aurais pas envie de tout dire et de faire tomber ces dernières barrières » ?

Dans le clip éponyme, vous mettez en scène vos funérailles. Qu’est-ce que vous enterrez dans cette vidéo ?

L’idée de l’enterrement a bizarrement été un coup de cœur, même si ça peut paraître violent. Cette intro est une espèce de mise au point, un texte où je vide mon sac et parle de sujets qui m’ont affectée en tant que femme, d’épreuves que j’ai dû traverser pour m’affirmer… Des gens qui ne m’ont jamais prise au sérieux, de ces cases dans lesquelles j’ai eu le sentiment d’être enfermée pendant longtemps. J’avais envie de tout dire et c’était important de revenir avec une image forte. Et je me suis dit : et si on mettait en scène l’enterrement de Vitaa, par Charlotte ? C’est elle qui prend la parole pour expliquer qu’il y a une femme derrière l’artiste, avec des failles, des blessures, des fêlures… Je trouvais que c’était une façon très forte symboliquement pour en parler.

Ce titre laisse penser que vous allez arrêter la musique. Est-ce le cas ?

Est-ce que je vais arrêter de faire de la musique, là, tout de suite ? Non. Est-ce que c’est mon dernier album et mon dernier solo ? Oui. Très honnêtement, je ne m’en cache pas et ce n’est pas de la com. La musique change, la façon de la faire aussi. Les albums existeront-ils encore dans dix ans ? Je n’en suis pas sûre. J’aime écrire et composer des chansons, pour moi et pour d’autres. Faire un album, ça nécessite du temps, de l’énergie et un processus d’introspection. Je ne sais pas si dans les années à venir j’aurai la capacité de le faire avec autant de sincérité que je l’ai fait. Cet album, je l’ai écrit et conçu comme si c’était le dernier. Je pense qu’après je vais me consacrer à l’écriture et à la compo pour d’autres. A la scène aussi. Mais je ne crois pas que je remettrai autant d’énergie à refaire un album solo.

Dans cette chanson vous déplorez le fait qu’on vous a incité à vos débuts à mettre l’accent sur votre corps et votre beauté. C’est quelque chose qui a pu vous user en tant qu’artiste ?

A l’époque, mon combat c’était de m’imposer en tant qu’auteure-compositrice. Avant de signer mon premier contrat en maison de disques, j’ai eu le sentiment d’être complètement incomprise, d’être enfermée dans une case de bimbo qui n’était pas du tout la mienne. De ne pas du tout être estimée comme l’artiste que j’avais envie d’être. Il a fallu que ma copine Diam’s prenne les choses en mains et accepte d’être directrice artistique d’un label pour me signer. Avant, ils n’écoutaient pas ma musique, ils s’arrêtaient à une enveloppe physique, j’étais grande, pulpeuse et on n’écoutait pas ce que j’avais à dire. Ensuite, Confessions nocturnes est sortie et a cartonné. Ils ont tous voulu me signer et ont crié au génie, en écoutant ces mêmes chansons qu’ils avaient écoutées cinq ans auparavant. Là, on a commencé à me prendre au sérieux. Ce sentiment de ne pas être estimé à sa juste valeur, ce n’est pas pour me victimiser, mais dans le sens où j’étais une artiste un peu compliquée à classer. J’étais entre la chanson française et la musique urbaine, j’avais fait beaucoup de duos avec des rappeurs et on me mettait dans cette case, à tort. Ensuite, il y a eu l’étiquette de la chanteuse dépressive qui pleure… C’était pesant. Puis avec les années c’est devenu ma force parce que les femmes ont grandi avec moi et mes chansons les ont suivies. Aujourd’hui c’est ma plus grande fierté.

Il y a aussi l’exposition médiatique qui accompagne le succès. Vous n’en avez plus envie ?

Ma passion était d’écrire et de raconter ma vie dans des chansons. Quand on rencontre le succès, il y a la médiatisation qui va avec. Et ça, on ne l’a pas choisi. Quand on grandit, qu’on devient une femme et qu’on a des enfants, on n’a plus du tout le même rapport au privé, il y a des moments où on a envie d’être comme tout le monde ! Quand je fais un parc d’attractions avec mes enfants je n’ai pas envie qu’il y ait un attroupement… Et en même temps quand les gens me demandent une photo je ne dirai jamais non. Il faut gérer les deux côtés et c’est le jeu, je ne m’en plains pas. Ce sont les gens qui nous permettent de faire ce métier. Il y a aussi toute l’euphorie et le tourbillon d’aller en tournée… Quand on est maman il y a de grands moments de culpabilité. Sur le « Versus Tour », il y a des moments où je me suis effondrée, je sentais que mes fils avaient besoin de moi. J’essayais d’être là le plus possible, jusqu’à aller en studio la nuit pour être là à 7 heures du matin pour les emmener à l’école. C’est beaucoup de sacrifices. J’ai vécu de super beaux moments mais c’est peut-être ce qui fait que j’ai envie de lever le pied pour les années à venir.

Vos trois enfants apparaissent dans le clip de « Les choses qu’on fait ». Comment avez-vous réussi à concilier votre vie de chanteuse et celle de mère ?

Des mères le font aussi avec des jobs cent fois plus durs que le mien. Nous, nous sommes dans un métier où il n’y a pas d’horaires, pas de cadre, tout est un peu chamboulé. J’ai fait une tournée où j’étais enceinte de six mois, je ne voulais pas que ça se sache et je mettais plusieurs gaines pour qu’on ne voie pas mon ventre… Et en même temps je voulais kiffer avec le public sur scène ! J’ai fait beaucoup de concessions parce que je voulais vivre pleinement mon métier et ma passion. Comme toutes les femmes à un moment, on passe dans le mode un peu guerrière. Je crois que le moteur c’est l’instinct maternel, l’amour qu’on a pour son enfant. Et ce côté combatif propre aux femmes, on fait les choses sans se poser de questions. Je pense qu’on peut tout faire, plus que les hommes.

Dans le titre « Ton amoureuse » coécrit avec Slimane, vous confiez vos craintes sur ce jour où votre fils rencontrera l’amour. C’est difficile de voir ses enfants grandir ?

Je suis dans les années où je suis en train de réaliser que ça passe vite. Ça m’émeut parce que j’ai un lien très fort avec mon aîné. C’est un enfant très sensible, très mûr et on parle beaucoup d’avenir. Je suis un peu une angoissée, sans être stressante et anxiogène, mais je me dis souvent que si je meurs demain, qu’est-ce que je vais leur laisser ? J’essaye de préparer mes enfants au monde dans lequel ils vont grandir, de leur donner des bases fortes. Je leur parle de tout, de cette vie qui est dure, je n’ai pas envie qu’ils croient que nous sommes dans un monde de bisounours. Ce qui m’angoisse aussi est de savoir s’ils vont choisir la bonne personne, avec qui ils vont évoluer… C’était important pour moi de parler de mes angoisses de maman dans cet album.

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