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INTERVIEW« Faire cet album m’a guérie d’un truc », révèle Hoshi

« Après tout le harcèlement que j’ai vécu, j’avais juste envie de parler d’amour », confie Hoshi

INTERVIEWLa chanteuse, qui revient ce vendredi avec l’album « Cœur Parapluie » explique combien sa conception lui a permis d’exorciser en partie ses angoisses et le cyberharcèlement qu’elle subit depuis trois ans
L'autrice, compositrice et interprète Hoshi sort son nouvel album, « Cœur parapluie ».
L'autrice, compositrice et interprète Hoshi sort son nouvel album, « Cœur parapluie ». - Emma Birski / Emma Birski
Fabien Randanne

Propos recueillis par Fabien Randanne

L'essentiel

  • Hoshi sort ce vendredi 1er septembre Cœur parapluie, un album de confidences rock qu’elle a « hâte » d’aller défendre en tournée.
  • « C’est l’album dont la conception m’a fait le plus de bien, il m’a guérie d’un truc. J’ai pu faire un bilan sur ma vie. Cela m’a vidée de plein de choses », avance l’autrice, compositrice et interprète à 20 Minutes.
  • L’artiste, qui subit du cyberharcèlement depuis trois ans, glisse que ces derniers mois « ont été vraiment durs ». « Je me protège beaucoup. Maintenant, je porte plainte systématiquement - c’est arrivé encore récemment - mais je n’attends plus rien du tout », précise-t-elle alors qu’un seul de ses harceleurs en ligne a été condamné par la justice en juin.

Si Hoshi sort vendredi son Cœur parapluie, son quatrième album studio, côté moral aucun nuage gris à l’horizon. On la rencontre en cette fin août à la terrasse d’un café du 13e arrondissement et elle nous confie sa « hâte » d’être en tournée - qu’elle lancera le 8 novembre à Lille. « C’est la première fois que je me sens si sereine avec la scène. J’adore faire des concerts mais, généralement, ça m’angoisse. Ces derniers temps, j’avais préféré m’enfermer dans ma chambre, écrire, confie l’artiste qui fêtera ses 27 ans mi-septembre. Là, je me sens bien, j’ai envie de voir les gens, de reprendre la guitare et de sauter partout sur scène ! » Faire saturer la gratte pour conjurer la tempête qu’elle a traversée…

Fortement marquée par le harcèlement en ligne dont elle a été victime - un seul internaute a été condamné à deux mois de prison ferme en juin –, Hoshi, qui doit composer au quotidien avec la maladie de Ménière qui, chante-t-elle, lui « grignote les tympans », a exorcisé ces drames en concevant son nouvel opus.

Que symbolise pour vous cette image du « cœur parapluie » ?

Dans le film d’animation Mon voisin Totoro, il y a une scène où le héros a un parapluie trop petit pour lui. J’ai relié cette image aux pleurs et j’ai imaginé un petit parapluie qui protégerait mon cœur des larmes. Je suis partie dans un petit délire autour de ça, de ce rempart à la tristesse.

Vos chansons ont toujours été très personnelles mais, dans celles du nouvel album, vous évoquez des choses particulièrement intimes. Vous éprouviez un besoin de vous livrer ?

Il est plus personnel mais il me fait moins de mal que les autres. Je peux dire que c’est l’album dont la conception m’a fait le plus de bien, il m’a guérie d’un truc. J’ai pu faire un bilan sur ma vie. Cela m’a vidée de plein de choses.

Il s’ouvre d’ailleurs sur « Mauvais rêve », où vous faites la liste des moments marquants de votre vie, et se ferme sur « J’ai appris », où vous faites le point sur votre introspection…

J’ai appris est la dernière chanson que j’ai écrite. Je voulais conclure sur une touche positive. Je dis souvent que la mélancolie m’inspire mais j’ai vraiment appris de tout ce que j’ai vécu. Ces dernières années ont été un apprentissage permanent.

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Depuis trois ans, vous êtes victimes de cyberharcèlement misogyne et lesbophobe. En juin, l’un de vos harceleurs a été condamné à deux mois de prison. Comment avez-vous vécu cet épisode ?

Cela m’a vraiment chamboulée. D’ailleurs, je ne suis pas allée au procès, j’étais énervée par la manière dont les choses ont été faites. Une seule personne a été jugée alors que je reçois encore aujourd’hui des messages insultants. J’ai maintenant davantage de distance par rapport à ça, j’ai beaucoup bloqué, j’utilise des applications qui me permettent d’éviter de voir les insultes et menaces. Je me protège beaucoup - on en revient à cette image du parapluie - parce que, sinon, j’aurais sombré. Ces derniers mois, franchement, ont été vraiment durs. Maintenant, je porte plainte systématiquement - c’est arrivé encore récemment - mais je n’attends plus rien du tout.

Vous chantez « Superstar » en duo avec Izïa Higelin qui a été au cœur d’une controverse cet été après avoir imaginé Emmanuel Macron en piñata. Vous en avez parlé avec elle ?

On échange beaucoup. Elle s’est pris pas mal de messages de haine. Je lui ai témoigné de mon soutien. Ce qu’elle a dit ou fait ne méritait pas une haine pareille. Mais, du coup, le titre a pris une autre tournure avec cette histoire, il a pris une dimension sororale.

Juliette Armanet a elle aussi été prise à partie pour avoir dit sa détestation des « Lacs du Connemara ». En tant qu’artiste féminine avez-vous l’impression de devoir faire attention à ce que vous dites ?

Toujours. Quand c’est pas moi, c’est Juliette, quand c’est pas Juliette, c’est Izïa ou Yseult… Il y a toujours quelqu’un qui s’en prend plein la gueule et ce n’est jamais au même moment. Cela arrive trop souvent, c’est fatigant. C’est insupportable. C’est bien qu’il y ait des débats sur certains sujets. Mais ce qu’il s’est passé avec Juliette Armanet, c’est n’importe quoi, elle a juste donné son avis sur une chanson.

Vous parlez de la maladie de Ménière qui vous « grignote les tympans ». Cela vous permet d’exorciser vos angoisses ?

Oui et aussi de rassembler. Je me suis rendu compte que, dans mon public, plein de gens souffraient, pas forcément de la maladie de Ménière, mais de problèmes d’audition plus ou moins importants. A chaque fois que j’en parle, je reçois beaucoup de messages. Cela me permet de tenir et m’aide à trouver un équilibre. Je ne prends pas de traitement, j’ai arrêté, mais j’adopte un mode de vie plus sain. Je me couche plus tôt qu’avant, je ne mange pas de sel du tout… Plein de gens m’ont appris ce genre de petits tips que les docteurs ne me donnaient pas forcément. Cela fait plusieurs mois que je n’ai pas fait de crise. La perte d’audition, elle, est irréversible, mais je m’habitue. J’ai préparé ma tournée en fonction de ça : je ne fais pas plus de deux dates d’affilée.

Un autre duo de l’album, « Ne saute pas », avec Calogero, parle du suicide…

J’ai traversé une période où ça n’allait pas trop. Je n’avais pas vraiment d’envies suicidaires mais, pendant des semaines, j’étais attirée par le vide. Avec Gia [Martinelli, artiste qui est sa manageuse et, sur le plan privé, sa compagne] on habitait dans un immeuble, à un étage élevé et j’avais cette envie de sauter, mais sans volonté de me suicider. Je reçois régulièrement des messages de jeunes qui me disent vouloir en finir et je ne sais pas trop comment les aider. Alors peut-être qu’en parler en musique et racontant que moi aussi j’ai eu des moments où ça n’allait pas, ça peut les aider.

Comment s’est passée la collaboration avec Calogero ?

Il a toujours été bienveillant avec moi. On n’a jamais été très proche, mais il m’a toujours envoyé des messages sympas. Calogero est un de mes compositeurs préférés. Il a vraiment sa patte, on reconnaît instantanément un morceau qu’il a composé, c’est hyperinspirant. Et puis, il n’y a plus beaucoup d’artistes qui font du pop rock.

Dans « Puis t’as dansé avec moi », vous parlez de votre compagne et manageuse Gia ?

Oui. On est aussi très proches artistiquement. On a conçu la majorité des titres toutes les deux. Aujourd’hui, Hoshi c’est presque elle et moi. C’est la première fois que j’écris des chansons d’amour heureuses, ça fait du bien. Après tout le harcèlement que j’ai vécu j’avais juste envie de parler d’amour, de faire quelque chose de beau.

C’est facile de cumuler vie de couple et duo créatif ? Y a-t-il un moment où vous vous dites « Là, on arrête de travailler et on passe en mode vie privée » ?

Pas vraiment. Je crois même que ça nous rapproche. On travaille ensemble encore plus. Elle comprend tout ce que je vis, je comprends ses journées. On est calées sur le même fuseau horaire. Je suis plutôt un oiseau de nuit, elle m’a rejoint sur ça. C’est hyperinspirant, je n’aurais pas eu autant d’inspiration si elle n’avait pas rejoint ma team officiellement.

Vous dédiez aussi une chanson, « Marcel », à votre grand-père. Pourquoi cet hommage en musique ?

Quand il est parti, cela a été dur. Je n’ai pas eu le temps de lui faire écouter cet album - je pense qu’il l’aurait aimé. Cette chanson, on l’a écrite le lendemain d’une visite à l’hôpital. Gia et moi n’avons jamais autant pleuré qu’en faisant ce titre. Je l’ai voulu sobre, c’est un piano voix avec des cordes, c’est ce qu’il aimait écouter. Il était un grand fan d’Aznavour et de Brel, j’ai donc produit cette chanson d’une manière qu’il aurait appréciée.

Dans « Mauvais rêve », vous chantez : « J’sors un nouvel album, est-ce qu’il va toucher les gens ? » Vous vous posez la question après que vos deux précédents opus ont été certifiés disques de platine et double platine ?

Oui, parce que cet album est plus rock que les autres et que je m’y livre davantage. J’ai toujours une pression, dès que je fais quelque chose dans la musique ou dans la vie.

Pourquoi cette orientation plus rock ?

J’écoute énormément de rock depuis toujours, mais c’est vrai que j’en faisais moins, il y avait moins de guitares saturées dans mes autres albums. C’est revenu au fur et à mesure, naturellement. Je me suis remise à n’écouter quasiment que ça. Les influences sur ce disque, c’est l’ère emo, My Chemical Romance, Green Day… Les sons de guitare comme ça, ça me plaît, ça me parle, c’est ce que j’écoutais quand j’avais 11 ans et que j’écoute toujours.

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