« On est de grandes fans de séries », racontent les sœurs Camille et Julie Berthollet, qui revisitent des génériques du petit écran à travers la musique classique

Interview Les jeunes musiciennes ont sorti le 19 novembre leur sixième album, « Séries », une collection de reprises classiques de thèmes de série et de film

Clément Boutin
— 
Julie (à g.) et Camille Berthollet
Julie (à g.) et Camille Berthollet — Parlophone Records Limited
  • Camille et Julie Berthollet sont des Révélations de la musique classique. Elles jouent du violoncelle et du violon.
  • Les deux sœurs, âgées de 22 et 24 ans, ont sorti leur sixième album, Séries, le 19 novembre.
  • De Game of Thrones à The Crown, les musiques des séries populaires du petit écran sont reprises à travers des arrangements classiques.

En six ans, Camille et Julie Berthollet ont déjà réalisé six albums. Un rythme soutenu pour les deux sœurs violoncelliste et violoniste, âgées de 22 et 24 ans. Leur sixième disque, Séries, est sorti le 19 novembre. Les deux jeunes Révélations de la musique classique adaptent ici, en version symphonique ou chambriste, des génériques et musiques de séries (et de films). Avec deux surprises composées spécialement pour l’occasion : Flashback et Générique.

Comment vous est venue l’idée de réaliser un album de génériques revisités à travers la musique classique ?

Julie : On a toujours été des grandes fans de musiques de séries et de films. Dès qu’on a eu l’âge d’être autonomes, on allait au cinéma toutes les semaines et on restait jusqu’à la fin pour voir le générique. On souhaitait savoir qui avait enregistré et composé la musique. Concernant les séries, on en regardait beaucoup, mais le confinement a accentué cette pratique. On fixait sur leur bande originale et on se demandait comment elles étaient construites, arrangées, on se les envoyait entre nous… On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose, d’autant que les séries, aujourd’hui, c’est fédérateur, au même titre que le cinéma ou le sport.

Comment avez-vous sélectionné les musiques que vous interprétez ?

Camille : On jouait déjà le thème de Game of Thrones depuis quatre ans, lors de nos concerts. D’autres morceaux se sont ensuite ajoutés au fil des prestations. On a vu qu’on prenait du plaisir à les interpréter sur scène, et le public à les écouter aussi. Pour compléter la tracklist de l’album, on a tout simplement choisi des musiques qu’on aimait.

Les génériques de série et les chansons de film se prêtent-ils bien à la musique classique ? Ou sont-ils difficiles à adapter ?

Julie : C’est un peu le loto. Parfois, on a l’idée tout de suite et on sait comment on va arranger un thème. Pour d’autres, on essaie de chercher quelque chose qui nous convient tout en gardant l’essence de la chanson.

Camille : Par exemple, pour Game of Thrones, on savait déjà que l’on voulait jouer le thème du début et celui des dragons.

Julie : Pour Stranger Things, par contre, c’était plus compliqué, en particulier en termes de choix artistiques. On s’est demandé si on devait garder les claviers électriques ou si on devait aller vers quelque chose de plus classique. Le générique des Simpsons n’était quant à lui pas dur à adapter, car il est orchestral : il suffit de changer d’instruments. Mais il était difficile à enregistrer, car très rapide à jouer pour des violons. On a bien transpiré pendant l’enregistrement.

Quelles sont vos séries préférées ? Et vos thèmes musicaux de série favoris ?

Camille : The Leftovers, Dix pour cent, The Crown… On écoutait le générique de cette dernière série deux fois à chaque fois, tellement la progression des accords est incroyable.

Etant musiciennes, votre attachement à une série est-il parfois lié à une musique ou à un générique ?

Camille : Il y a des séries dont on a découvert la musique en les regardant, comme pour Dix pour cent, et d’autres vers lesquelles on est allées grâce à leurs thèmes musicaux. On a d’abord été conquises par la BO de The Leftovers, avant de regarder la série. Une musique peut faire toute la différence dans notre attachement à un programme.

Julie : Il faut que la série et la musique s’accordent. Si l’une des deux est moins bonne, on le sent je pense. Quand les deux fonctionnent bien, c’est fort, on s’en souvient. Le génie de la musique, c’est le fait d’associer une BO ou des thèmes à un personnage, puis de les entendre des dizaines de fois sans s’en lasser. C’est là qu’on se dit que ce sont de belles BO.

Votre album s’appelle Séries, mais vous avez ajouté trois reprises de film (La La Land, Intouchables et Diên Biên Phu). Pourquoi ?

Camille : Au départ, on s’était posé la question de savoir si on faisait un album de puriste, avec que des séries. Mais on repensait à certains films qui nous avaient énormément marquées. Et puis la musique de film, c’est l’ancêtre en quelque sorte de la musique de série. Le compositeur Ludovico Einaudi (Doctor Jivago, Intouchables, Nomadland…) a posé tellement les bases de la musique de film qu’on avait ultra envie de l’enregistrer.

Vous avez également créé deux musiques inspirées de scénarios de série. Comment l’inspiration vous est-elle venue ?

Julie : On a un background classique, donc on a tous les cours de théorie, d’harmonie, de contrepoint comme base quand on compose. Mais on écoute aussi beaucoup de pop. Les compositeurs Ludovico Einaudi et Max Richter m’ont le plus inspirée dans leur manière d’écrire de la musique, avec des choses très minimalistes, peu d’accords, mais où tout se joue dans les ambiances. Flashback m’est venue comme une évidence, elle représentait le scénario de l’année que j’avais passée. Pour Générique, on cherchait une chanson pour terminer l’album… La suite, ce serait de composer intégralement la musique d’une série ou d’un film.

Vous aviez dénoncé, en 2020, des actes de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le monde de la musique classique. Avez-vous l’impression que le milieu a évolué sur ces questions ?

Julie : En 2021, se rendre compte que la société a des problèmes de ce côté-là, je trouve que c’est tard. C’est extraordinaire que ça n’ait pas été réglé avant. On a une jeune génération qui avance dans la bonne direction. De notre côté, on fait aujourd’hui très attention à la manière dont on s’entoure, on a des équipes de confiance. C’est très important au quotidien. Notre combat est d’aller vers plus de diversité dans la musique classique et de la démocratiser un maximum.